De Rossi, Inscr. christ. urbis Romae, t. IF, p
7. De même les inscriptions découvertes en Afrique indiquent assez
prend mieux encore comment a sombré dans l'oubli la multitude des obscurs « dont Dieu seul sait les noms, » quorum nomina Deus scit, pour employer une vieille formule chrétienne.
Le seul écrivain antique qui ait porté un jugement d'ensemble sur le nombre des martyrs est Origène. A les prendre à la lettre, les expressions dont se sert
le docteur alexandrin supposent que ce nombre n'était pas très élevé. « Ceux, dit-il, qui furent mis à mort pour la foi chrétienne ont été peu nombreux, et sont faciles à compter, car Dieu ne voulait pas que toute la race des chrétiens fût anéantie'. » On aurait tort de tirer de ces paroles des conclusions trop absolues. L'ouvrage dans lequel elles se lisent est le livre d'Origène contre Celse, écrit sous le règne du tolérant empereur Philippe, vers 249 ?. Il est antérieur à la première des grandes persécutions par édit, celle de Dèce, qui commença précisément l’année suivante. Origène ne parle donc que des premières persécutions, où l’on ne poursuivait pas d'oflice les chrétiens, où ils n'étaient jugés qu'après une accusation régulière, individuelle, et où le nombre des martyrs fut certainement moindre que sous le régime de la proscription générale. Et encore faut-il se souvenir que les expressions employées par Origène n’ont probablement qu'un sens relatif. Dans un autre passage du même livre, il dit
souvent des martyrs qui ne sont point nommés dans les martyrologes ou les documents dont ils procèdent; Duchesne, Les Sources du martyrologe hiéronymien, p. 36-317. Voir encore Delehaye, Les Origines du culle des martyrs, 1912, p. 301 et 453.
1. "Oiyot xarà yarcobs xat apédpa edas Punto drèp thc Xptotiuvov Beooebeias rebvriuaot, xw)Vovros Oeoù rù miv Éxro)eunbAvar «dry Ébvos. Origène, Contra Celsum, III, 8. — 2, Neumann, Der Rômische Staat und die allgemeine Kirche bis auf Diocletian, p. 232, 265-278.
que les chrétiens sont très peu nombreux (révvu &kiyor) | comparés à la population totale de l'Empire romain! Et cependant, à plusieurs reprises, il insiste ailleurs sur leur grand nombre ?. [1 semble bien aussi, dans le passage sur les martyrs, dire que ceux-ci sont peu nombreux par rapport à l'ensemble des chrétiens, et cela est de toute évidence, car s’il en eût été autrement, tout le peuple chrétien aurait couru risque de disparaître, et c’est, ajoute Origène, ce que Dieu ne voulait pas.
Conclure des paroles d'Origène, comme le fait M. Harnack, que dans la première période de l’histoire des persécutions il y eut peu de martyrs me paraît une erreur. « Un regard jeté à l’aide des ouvrages de Tertullien sur Carthage et l'Afrique du nord — écrit le savant critique allemand — montre qu'avant l’année 180 il n’y eut dans ces régions aucun martyr, et que depuis lors jusqu'à la mort de Tertullien (après 220) elles n'en comptèrent, même en joignant la Numidie et les Maurétanies, guère plus de deux douzaines %, » Tertullien dit en effet qu'avant 180 « le glaive n'avait pas été tiré » contre les chrétiens de l'Afrique romaine, où l’on sait que l’évangélisation était encore de fraîche date { : entre 180 et l’époque où l'on n'entend plus parler de Tertullien (car la date précise de sa mort est inconnue) nous ne possédons que deux Passions de martyrs africains, celle des chrétiens de Scillium et celle de