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paiens avaient recours à d’autres épreuves dont l’ignominie marquera à jamais d’un honteux stigmate cette société en décomposition morale. ;
Et pourtant l’on n'aurait pas encore rendu justice aux martyrs, si l’on se bornaïit à s’émouvoir sur leurs tortures corporelles. Il est d’autres souffrances, morales celles-lè, qui ne méritent pas moins d’attendrissement et de compassion, et qui servaient souvent de préparation aux tortures physiques.
Combien d’entre eux, en effet, pour embrasser la foi du Christ, devaient d’abord faire le sacrifice de leurs affections, de leur carrière, de leur fortune! Combien d’autres étaient frappés de la confiscation de leurs biens avant d’être exilés ou mis à mort! Dans quelle sombre misère:
beaucoup de riches chrétiens, échappés à la persécution, n’étaient-ils pas réduits à vivre! Et, torture plus cruelle encore, que de fois n’avaient-ils pas à opter entre l’apostasie ou la ruine totale de leur famille, femmes et enfants! Car l’épreuve qui paraît avoir été la plus délicate et la plus cuisante de toutes, c'était leur tendresse naturelle pour leurs parents selon la chair, et les assauts que leur livraient ces êtres chéris pour les décider à vouloir vivre et à ne pas les quitter. Plus d’une fois déjà, en ces
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temps calamiteux, on vit des généraux épurer l’armée et priver les officiers chrétiens de leur dignité ou les soumettre à la dégradation et à une sorte de mort civile.
La vie religieuse était à tout instant mêlée à la vie civile; il n’était pas de fonctionnaire public, sénateur, général d'armée, édile, duumvir, qui ne fût appelé fréquemment à rendre hommage aux idoles à l’occasion des cérémonies publiques. De là de grandes tortures pour la conscience et de grands périls pour la sécurité personnelle. Ce n’était donc qu'avec d’infinies précautions, grâce à des transactions tacites ou à l’aide de principes reflexes, que les chrétiens en charge réussissaient à s’abstenir des actes condamnés par leur religion tout en participant aux fonctions de la vie publique; et ainsi en fut-il jusqu'au jour où Dioclétien, avant d’être persécuteur, leur permit l’accès aux charges en les dispensant de tout ce qui pouvait blesser leurs consciences.
On devine combien, au milieu de ces épreuves morales qui tombaient surtout sur les riches, il devait se rencontrer de situations inextricables et l’on s'explique qu'il y eut souvent des chutes et des apostasies. On comprend aussi pourquoi, en règle générale, il y eut parmi les martyrs plus d'hommes que de femmes, celles-
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ci étant beaucoup moins exposées par leur position; et pourquoi aussi, parmi les martyrs de noble condition, il y eut plus de femmes que d'hommes, ces derniers rencontrant beaucoup plus d'obstacles pour se convertir et pour persévérer à l'heure de la persécution. L
Par une assistance extraordinaire.et visible de la grâce divine, ceux qui allaient jusqu’à la condamnation, hommes et femmes, vieillards et enfants, accueillaient toujours avec calme la sentence de mort, ils rendaient hautement grâces à Dieu de leur bonheur et marchaiïent allègrement au dernier supplice.
Et pourtant quels supplices! L’imagination se trouble à la seule pensée de ces horribles tourments. Quelquefois la colère aveugle et spontanée du peuple se déchaïnait contre les saintes victimes et les faisait périr par le fer ou le feu. D'ordinaire c’étaient les magistrats qui leur infligeaient les derniers supplices avec une froide colère; ils les condamnaïent, sans autre règle que leur caprice ou leur fureur, à périr sur la croix, châtiment suprême, le plus cruel et le plus ignominieux, qui était d’abord réservé aux esclaves et aux misérables; ou par la décapitation, le feu, l’eau glacée, l’écartellement, la strangulation, l'huile bouillante, la
chaudière de bitume, le plomb fondu, la chaux b
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vive, le gril, le lit de fer rouge, la noyade; sou- ‘vent enfin par l'exposition aux bêtes féroces, afin d'offrir, dans les grandes fêtes publiques, : un spectacle réjouissant à la foule avide de sang
humain. |
Ceux qui échappaient à la mort étaient con-.
damnés au bannissement, à la déportation, aux travaux forcés. Cette dernière peine était parfois | pire que la mort. Aux supplices de la réclusion perpétuelle dans le fond des mines, d’un travail excessif et de privations inouies, la haine des païens trouvait encore moyen d’ajouter d’autres tortures, en coupant le jarret des condamnés, en les mutilant ou en leur erevant un œil. +
On ne lira pas sans une poignante émotion l'exposé des souffrances infligées aux confesseurs du Christ. Get exposé, qui a déjà arraché des larmes à ses auditeurs, est d'autant plus éloquent que l’auteur, laissant de côté les pièces légendaires ou simplement contestées, n’en emprunte les traits qu'à des documents d’une :
incontestable authenticité.
Ces héroïques victimes avaient toujours à leur service, comme suprême ressource, l'appel à César. Pas une seule fois elles n’usèrent de ce droit, soit qu’elles n’eussent aucune confiance | dans la justice des empereurs, soit plutôt.
qu'elles préférassent rendre témoignage à Jésus-
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Christ. Jusqu'au milieu de ces tourments démoniaques, dans les ténèbres des carrières, les chrétiens savaient se reconnaître, se grouper et reconstituer de petites églises, adoucissant les horreurs de leur bagne par la lecture commune des saintes Écritures, parfois même par la réception de l’Eucharistie. Leur vertu était si haute et s1 pure, le spectacle en était si pénétrant qu’il donna souvent lieu à des conversions inattendues, et que les geôliers ou les soldats, vaincus par tant de sainteté, se précipitaient aux genoux des martyrs, leur demandaient le baptême et périssaient avec eux sous le glaive du bourreau. :
‘A la faveur des lois les chrétiens rendaient aux restes mortels de leurs frères immolés pour . le Christ tous les honneurs dus à leur vertu. Il arrivait bien que les persécuteurs s’opposaient à leur sépulture, soit par un sentiment de rage bestiale, soit par superstition, soit encore pour supprimer l’encouragement que le culte qui leur était rendu apportait à la doctrine nouvelle. Mais il ne manquait pas de généreux chrétiens qui s’exposaient à la mort pour recueillir ces restes précieux, pour les ensevelir honorablement et les garder comme un trésor inestimable. Ils ambitionnaient l'honneur de faire enterrer leurs propres parents près de ces tombes vénérables,