XXIV PRÉFACE
et surtout ils aimaient à faire passer leurs prières par la purifiante médiation des martyrs auprès de Dieu, et se recommandaient, eux et leurs défunts, à cette puissante intercession. Dès les premiers siècles les sépulcres des martyrs deviennent le centre de pieux et fréquents pélerinages, et leurs reliques sont l’objet d’un culte très suivi. Il s’en exhale comme un suave parfum de prière, prière simple, ardente, qui témoigne d'une foi vive à la purification des âmes dans l'autre vie et à l'efficacité de l’intercession des saints. Devant certaines tombes brûlent des lampes pleines d’une huile parfumée; d’autres sont ornées de peintures et de mosaïques; dans les chambres funéraires agrandies la foule se réunit pour entendre le panégyrique des martyrs et vénérer leurs reliques.
L'Église, dès cette époque, leur rendait donc des honneurs liturgiques. Aussi prenait-elle soin de ne pas laisser prodiguer l’épithète de « martyr, » et, avant d'inscrire quelqu'un sur ses catalogues, elle s’appliquait à examiner et à vérifier ses titres.
Pour empêcher la diffusion du christianisme ou pour l’étouffer dans le sang, la persécution revêtit toutes les formes. Explosion de fureur sanguinaire sous Néron et Domitien, timide et cauteleuse sous Trajan, ne prenant que ce qui
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tomba dans ses filets, elle devient méthodique sous Septime Sévère, et semble se désintéresser de la masse des chrétiens pour ne poursuivre que les convertisseurs et les nouveaux convertis. Elle obéit à un calcul froid de la part de Dèce, conservateur fanatique de l’ancien ordre social, qui veut tuer les âmes plus que les corps, qui essaie de l’intimidation sur les foules et voue à l’extermination quiconque ne présentera pas l'attestation qu'il a pris part, à certains jours, aux vieux cultes nationaux. Impuissante contre les masses populaires, elle frappe à la tête sous Valérien, s'attaque aux chefs spirituels, évêques et prêtres, aux gens de haute condition, sénateurs et nobles, menace l’existence corporative de l’Église, détruit l’assiette des communautés en confisquant les biens des associations légales, en interdisant les réunions liturgiques et l'usage des cimetières. Enfin sous Galère, Dioclétien et Maximin Daiïa, elle tente un dernier assaut.
Exaspérée par les progrès du christianisme, elle frappe en aveugle et extermine en masse; elle épure l’armée et les administrations, rase les églises, brûle les livres sacrés, dépouille les chré- tiens deleurs charges etdignités,proscrit les membres du clergé et fait couler des torrents de sang. Pour un temps, tout autre intérêt national s’efface pour ne laisser place qu’à la guerre à l’Église. b.