Saint Justin, Dialog. cum Tryph
4. Alartyrium Polycarpi, 49 (Lightfoot, S. Ignatius and S. Polycarp
& I, p. 397, et la note 17 sur ce passage de la lettre de l'Eglise dé Smyrne).
un assistant élève la voix pour protester contre la condamnation : il est sur-le-champ envoyé aussi à la mort comme chrétien !. Un fidèle est rarement jugé seul : quand Justin, accusé de christianisme par le philosophe Crescens, comparait devant le préfet de Rome, on lui adjoint six compagnons. Le polémiste Celse montre, sous Marc Aurèle, les chrétiens pris de peur, et « se cachant parce qu'on les cherche partout pour les conduire au supplice ?. » En Gaule, où les chrétiens sont encore si peu nombreux à cette époque, quarante-huit sont mis à mort, dans la seule ville de Lyon, à la suite des fêtes d'août 177 5. Soit à la fin du second siècle, soit au commencement du troisième, l’élégant apologiste Minucius Félix fait allusion, comme à une chose de pratique courante, à des martyres de femmes et d’enfants 4. « Chaque jour, — écrit sous Septime Sévère, et probablement au commencement de son règne, Clément d'Alexandrie, — chaque jour nous voyons de nos yeux couler à torrents le sang des martyrs brûlés vifs, mis en croix ou décapités ÿ. »
Ces citations, que j'aurais pu aisément multiplier, montrent que les deux premiers siècles de persécution furent déjà très meurtriers. Elles font surtout sentir la situation précaire des chrétiens de ce temps. C'est ce que M. Renan a très bien ex-
rimé par ces mots : « De Néron à Commode, sauf de rares intervalles, on dirait que le chrétien vit toujours en ayant sous les yeux la perspective du
A. Saint Justin, II Apol., 2.
2, Origène, Contra Celsum, VIIX, 69.
3, De Rossi-Duchesne, Martyrologium hieron., p. Lxvi-Lx vue 4, Minucius Felix, Octavius, 31.
5 Clément d'Alexandrie, Stromales, II, (25.
supplice {. » M. Harnack, tout en concédant aux premières persécutions un trop petit nombre de martyrs, dit de même : « Sur chaque chrétien pendaït l'épée de Damoclès : il avait la sensation d’être toujours sous le glaive, même si celui-ci tombait rarement ?.» C'est à peu près la situation des « suspects » pendant le régime de la Terreur, à la merci d'un hasard qui les fait découvrir, d’une délation qui les traine devant le tribunal révolutionnaire. Mais il y a cette différence, que pour le « suspect » la condamnation était certaine, car le tribunal révolutionnaire ne lâchait pas sa proie; tandis que d'un mot, d'un geste, le chrétien pouvait s’assurer l’impunité! Aussi fallait-il un grand courage moral, parfois un véritable héroïsme, pour se faire chrétien ou pour le rester #, Voilà ce qu'il ne faut pas oublier,