‹ dix lecons sur le martyreChapitre 86 sur 201 · Saint Cyprien, Ad Demetrianum · texte numérisé non relu

Saint Cyprien, Ad Demetrianum

occupés « tous les jours à condamner des fidèles et à confisquer leurs biens !. » Un martyr africain du même temps avait le sentiment très vif du grand nombre des chrétiens immolés pour la foi : au moment d’être décapité, Montan, adressant au peuple ses dernières recommandations, dit aux hérétiques ce

mot bien digne d’être retenu : « Que la multitude des martyrs vous apprenne où est la véritable Église?! »

Pour la dernière persécution, qui dura avec des accalmies et des reprises, selon les souverains et les contrées, de 303 à 313, mais qui n’eut point d'’interruption pour l'Europe orientale, l’Asie romaine et l'Égypte, nous avons la bonne fortune de posséder le récit d'ensemble écrit par un contemporain, qui fut aussi un témoin, Eusèbe de Césarée : bien que ce récit ne concerne que l'Orient, il suffit à faire mesurer l'énorme quantité de sang chrétien qui fut versée dans ces dix « années terribles. » Eusèbe donne même quelquefois des chiffres, qui sont trop rares pour fournir les éléments d’une statistique, mais qui montrent par des exemples très frappants la grandeur des massacres accomplis.

Non seulement, dit-il, les témoins du Christ se comptent alors par milliers ?, mais le langage humain ne saurait exprimer combien de martyrs ily eut dans les villes et dans les provinces 1. En mars 303, à

1.Sed et huic persecutioni quofidie instant praefecti in Urbe, ut si qui sibi oblati fuerint, animadvertantur, et bona eorum fisco vindicentur. Saint Cyprien, Ep. 80. — Une inscription rappelle un groupe de vingt-trois martyrs enterrés dans la crypte de Lucine, prés du tombeau de saint Corneille : Ses Cerealis et Sallustia cum XXI (De Rossi, Roma sotterranea, L.I, p. 276-279 et pl. IV. —2. Contestans eos ut vél de copia martyrum intelligerent Ecclesiae veritatem. Passio SS. Montani, Lucii, 44; dans Ruinart, p. 238. — Cette Passion est authentique, et tout à fait contemporaine; voir Franchi de’ Cavalieri, Studi e Tesli, 3, p. 7-14; Harnack, Chronologie der altchristiichen Lilleratur bis Eusebius, t. LI, p. 4741. — 3. Muplouc. Eusèbe, Hist. eccl., VII, 4 — Ibid.

Nicomédie, « une foule compacte ! » de chrétiens a la tête tranchée; d’autres sont brûlés; « une autre foule?, » selon l'expression du chroniqueur, est jetée à la mer. « Qui pourrait dire, continue Eusèbe, combien fut grand alors le nombre des martyrs dans toutes les provinces, mais particulièrement en Afrique, en Maurétanie, dans la Thébaïde et dans l'Egypte *?» Entrant dans le détail, il estime qu’en Egypte « dix mille hommes {, sans compter les femmes et les enfants, » périrent dans cette phase de la persécution. La Thébaïde vit des exécutions en masse : « Tantôt dix victimes, et davantage, quelquefois vingt, une autre fois non moins de trente, tantôt près de soixante, souvent même jusqu'à cent dans un seul jour, hommes, femmes et enfants... Moi-même, étant sur les lieux, j'ai vu périr en un même jour un grand nombre, les uns par le fer, les autres par le feu : les épées s'émoussaient, ne coupaient plus, se brisaient, et les bourreaux, succombant à la fatigue, étaient obligés

Page 1