Itinerarium ex unico codice Salisburgenst; toid., p
5. Ibid., p. 180; l’'Epitome de locis SS. martyrum dit même 800.
6. Un siécle après la paix de l'Eglise, la tradition chrétienne, formée &e souvenirs encore précis, sur la persécution de Dioclétien a été résumée ainsi par Sulpice Sévère (Chron., II, 32) : « Aucune gucrre n'avait encore autant épuisé le monde, el il n’y eut jamais d'aussi grand triomphe que le nôtre, après que dix ans de massacres nous
laissèrent invaincus. »
travaux forcés, sans être mis à mort, z2artyres |
sine sanguine, la multitude de ces témoins du Christ paraîtra vraiment innombrable. Je n’en dirai rien aujourd’hui : nous aurons l’occasion de les retrouver, quand nous devrons étudier les souffrances des martyrs. Si grande était la place tenue dans les premiers siècles par les prisonniers, les exilés et les forçats, que toute l'Église, en Orient et en Occident, priait pour eux. Un débris de cette tradition liturgique est venu jusqu'à nous. Le rituel milanais contient encore une prière pro fratribus in carceribus, in vinculis, in metallis, in exsilio constitutis ?. C'est un souvenir du temps des persécutions.
J'ai volontairement écarté de cet exposé tout texte légendaire ou douteux, bien que les textes de cette espèce conservent quelquefois la mémoire de traditions réelles. Je ne me suis servi que de documents d'une sincérité et d’une sécurité incontestables. Si je ne me trompe, ils auront suffi à montrer que la thèse du grand nombre des martyrs est l’exacte traduction de la vérité historique.
4. Ansaldi, De marlyribus sine sanguine. Venise, 4757. 2. Gité par De Rossi, Bull. di archeologia cristiana, 1858, p. 92
La recherche des conditions sociales auxquelles appartinrent les martyrs équivaut à l'étude de la pénétration du christianisme dans les diverses classes de la société.
Les vraisemblances eussent voulu que, comme d’autres religions, le christianisme se cantonnât au lieu de sa naissance, soit pour y rester toujours, soit pour gagner du terrain peu à peu et de proche en proche; qu'il demeurât au moins sous les mêmes cieux, parmi les mêmes races, entre gens de même couleur, de même langage, de mêmes traditions, de même mentalité. L'histoire nous a montré qu'il n’en fut point ainsi, et que le christianisme se répandit presque simultanément sur les points les plus divers du monde antique. Les mêmes vraisemblances eussent été qu'il s’insinuêt, à la manière des partis politiques, parmi les personnes de semblable condition sociale, souffrant de maux pareils, ayant mêmes jalousies, mêmes convoitises, mêmes revendications, mêmes désirs de changement. Nombreux sont encore ceux qui pensent que les choses se passèrent de la
sorte. On se figure la foi nouvelle gagnant d'abord les petites gens, et ne gravissant que très tard, par
une ascension lente et difficile, les parties supérieures
de la société. Avec cette tendance que nous avons tous à porter dans l'étude de temps reculés des préoccupations toutes modernes, on s’imagine que le christianisme primitif était une religion démocratique, et que c’est par une sorte d’infidélité à ses origines et de déviation de ses principes qu'il chercha des adhérents parmi les puissants, les riches, ceux que des raisons diverses intéressaient au maintien d'une société régulière et bien ordonnée. Rien n'est plus contraire à la vérité des faits. A peine né, le christianisme avait renversé les barrières de races, de langue et de culture. De même, il recruta dès la première heure des disciples et des martyrs à tous les étages de la société, par un prodige de pénétration sociale qui n'est pas moins remarquable que celui de son expansion géographique. Cela est visible dès le temps des apôtres, dont la prédication s’adressait à tous sans distinction, et fut comprise et acceptée par des convertis de tous les états.
Les apôtres étaient d’humble condition, de métier manuel : il eût paru naturel que leurs sympathies allassent d’abord à ceux qui avaient leurs habitudes, qui parlaient leur langage et leur ressemblaient par les occupations. Vous vous tromperiez cependant en supposant qu'ils ne cherchèrent et en tout cas ne
trouvèrent leurs premiers disciples que parmi les
gens sans éducation et sans fortune. Le court essai
de communisme tenté par les chrétiens de Jérusa-
lem ! prouverait déjà le contraire, car une associa- 4. Act. apost., 1v, 34; v, 1-40.
tion où ceux qui possédaient mettaient dans la caisse commune le prix de leurs champs et de leurs maisons, afin que nul de leurs frères ne souffrît de la pauwreté, ne comptait pas dans ses rangs seulement des prolétaires. La vérité est que s’il y avait, chez les Juifs comme partout, des riches et des pauvres, et, comme partout aussi, l’orgueil de la richesse, la souffrance ou même l’humiliation de la pauvreté, cependant on y trouvait moins qu'ailleurs de grandes distances sociales, le travail manuel étant, par une exception presque unique, demeuré chez eux en honneur, et la préoccupation commune des choses religieuses rapprochant sans distinction tous les adorateurs de Jéhovah. De là vient qu’un simple ouvrier, un charpentier, un pêcheur ou un tisserand se faisait écouter dans la synagogue, pourvu qu'il fût capable de commenter les Ecritures, qu'il sût parler de Dieu et des espérances d'Israël. Le sentiment de fraternité, qui était le lien nécessaire d’une race vaincue et dispersée, et remédiait à l'isolement où les Juifs vivaient au milieu du peuple païen, achevait de niveler leurs rangs. Ainsi s'explique | comment, malgré l'humilité de leur origine, les premiers missionnaires de l'Évangile, Juifs de nation, et s'adressant d’abord à ceux de leur race, parlaient sans embarras à des hommes de toute condition, et n'étaient point obligés de chercher leurs auditeurs seulement dans les parties les plus basses de la société.
Cette explication, cependant, ne saurait rendre compte de tous les épisodes de la prédication apostolique. Celle-ci commença par suivre les étapes que
lui préparaient, pour ainsi dire, les colonies juives
établies dans toutes les grandes villes. Les mission- |
naires partis de Judée allaient, comme nous voyons saint Paul, s'asseoir au foyer de leurs compatriotes : ils fréquentaient les quartiers ouvriers, dans lesquels habitaient ceux-ci : ils prêchaient dans leurs synagogues, tantôt bien accueillis par eux, tantôt au contraire repoussés avec violence. Aussi, jugeant par le dehors, les Romains ne virent-ils d’abord dans le mouvement chrétien qu’une affaire entre Juifs, querelle de mots ou d'idées, schisme intérieur dont les magistrats n'ont point à connaître, tant qu'il ne trouble pas la tranquillité publique ‘. Cependant ils ne tardèrent pas à s’apercevoir que sous cette apparence superficielle s’opérait un travail autrement profond, qui dépassait les limites de la conscience juive et le milieu social des juiveries dela dispersion. Le côté universel du christianisme se dégagea tout de suite, atteignant les âmes les plus diverses. Ni l'égalité qui régnait entre Juifs, ni la fraternité qui unissait les représentants d’une même race, ni les sympathies nouées entre petites gens, n’expliquent les conquêtes que la foi nouvelle, par l'organe d’un ancien pêcheur comme saint Pierre, d’un tisserand comme saint Paul, fit dans les classes élevées du monde païen. Le premier converti de saint Pierre dont on sache le nom est un officier de l’armée romaine ?. Quand Paul et Barnabé parcourent l’île de Chypre, le proconsul Sergius Paulus «les fait venir, désirant entendre de leur bouche la parole de Dieu* ; » bientôt « il admire et il croit #. » A Thessa-
1. Act. apost., Xvuui, 14, 43; XXIV, 4-29 ; XXV, 48, 49. 2. Act. apost., x.