Ibid., 14. e
lonique, Paul convertit « beaucoup de femmes nobles !. » À Bérée, un grand nombre de femmes du même rang sont amenées par lui à la foi ?. A Corinthe, il gagne au christianisme le trésorier de la ville 5, A Athènes, Paul prêche sur la colline de l’Aréopage; des Athéniens se font ses disciples, et parmi eux un membre de ce tribunal supérieur #. A Éphèse, Paul lie amitié avec des représentants de la plus haute bourgeoisie, qui étaient ou avaient été asiarques $, c'est-à-dire grands-prêtres de la province d'Asie, D'un bond l'Évangile a franchi l'horizon juif, et atteint les sommets de la société antique. Ce qu’on sait de l’histoire des apôtres, et ce qui nous est resté de leur correspondance, montre tous les éléments ethniques, juifs et gentils, et tous les éléments sociaux, riches et pauvres, déjà réunis et comme en fusion dans les premières Églises chrétiennes.
Ce sont ces éléments sociaux qu'il nous faut aujourd'hui considérer en détail, et étudier l’un après l'autre.
Commençons par les petits, ceux dont le Christ a donné l’évangélisation comme une des preuves les plus palpables de sa divinité, comme un miracle
Act. apost., XVII, 4.
Ibid., 12.
Saint Paul, Rom.,xvi, 23 Act. apost., XVII, 34.
Act. apost., xIX, 31.
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d'ordre moral équivalent aux plus grands miracles de l’ordre physique : pauperes evangelizantur ‘. Ils étaient de deux sortes : les esclaves et les humbles de condition libre.
Les esclaves formaient une partie considérable de la population du monde antique et particulièrement du monde romain. On ne saurait, faute de documents statistiques, dire dans quelle proportion ils y entraient. Mais tout prouve que leur nombre était très grand. [1 dépassait immensément celui des serviteurs modernes, puisque, en plus des services domestiques, que le luxe et la mollesse avaient multipliés hors de toute mesure, les esclaves remplissaient la plupart des emplois industriels. Il ne faut pas perdre de vue que l’esclave n'était pas un domestique. C'était un capital productif, une sorte de valeur mobilière, d'où l’on tirait des revenus, au moyen d'un surmenage qui n'avait d'autres limites que la conscience ou l'intérêt du maître. Dans l'inventaire des grandes fortunes, les esclaves figuraient quelquefois pour la plus grosse part. Une seule personne en possédait plusieurs centaines ou plusieurs milliers ?. On peut s'imaginer, même en l'absence d'un chiffre précis, la multitude d’esclaves que contenaient les campagnes, où ils tenaient lieu de travailleurs agricoles, et les villes dans lesquelles ils représentaient à la fois la totalité des serviteurs et la plus grande partie des ouvriers.
C'était là une population fort bigarrée, qui se recrutait un peu par la naissance, mais beaucoup
4. Saint Luc, vir, 22, & Voir mon livre sur Les esclaves chrétiens, 4° éd., p. 8.
plus par l'importation, et se composait de gens de tous pays, souvent de prisonniers de guerre achetés en gros sur les marchés de la frontière, et revendus en détail dans les cités de l'intérieur. Ce peuple de déracinés apportait avec soi les vices du sol natal : il en perdait vite les bonnes coutumes et les vertus, dans cette promiscuité de la servitude qui, selon le vieil Homère, enlève à l’homme la moitié de sa valeur. Dans le monde païen, où la Pitié possédait un autel à Athènes, mais des adorateurs à peu près nulle part, personne ne s'intéressait à ces misérables. Il y avait des maîtres humains, à côté de beaucoup d’autres qui ne l'étaient pas: il y avait même quelques philosophes qui estimaient l’esclavage contraire au droit naturel ! ; mais il ne seräit venu à l'esprit d’aucun d'eux d'exercer près des esclaves un ministère d'encouragement et de consolation. Ceux-ci auraient continué à vivre dans ie plus complet abandon moral, si le christianisme n'avait paru.
À peine a-t-il commencé à se répandre, qu'il y a des esclaves chrétiens. Ils sont déjà nombreux dans les Églises fondées par saint Paul. Plusieurs de ses épitres contiennent des instructions qui leur sont destinées, et des conseils appropriés à leur condition. Il travaille surtout, ce que nul n’avait fait encore, à remplacer chez eux la crainte servile par le sentiment du devoir. Il leur apprend à ennoblir l’obéissance, en faisant d'elle un acte de soumission réfléchie
4. On peut voir dans Wallon, Histoire de l'esclavage dans l'anti: quité, t. II,ch.ur, combien timides et peu marquées furent ces protestations des philosophes. Voir aussi, dans mes Études d'histoire et d'archéologie, le chapitre intitulé : la Philosophie antique et l'es- <lavage.
à la volonté de Dieu‘. I leur inculque le sens de l'honneur chrétien, quand il leur recommande de faire respecter de leurs maîtres païens, par l'exemple de leurs vertus, le nom et la doctrine du Seigneur, Il s'efforce en même temps d'améliorer leur condition, en commandant aux chrétiens qui possèdent des esclaves de traiter ceux-ci comme des frères $. Et surtout il donne aux uns et aux autres la grande leçon de l'égalité chrétienne, en déclarant qu'ils sont frères réellement, égaux devant Dieu, membres d'un même corps qui est le Christ.
On comprend l'écho que de telles paroles éveillèrent chez ces êtres souffrants et méprisés. C'est en masse qu'ils accoururent à l'appel de l’Église. Dans ce milieu si nouveau pour eux ils apprenaient, dit Origène, « à prendre une âme d'hommes libres ÿ. » Cela revient à dire que, n'ayant point les moyens d’affranchir les esclaves, l'Église travaillait à les libérer des vices inhérents à leur condition, à dérouiller ou à décrasser leurs âmes, en leur assurant, dans la société spirituelle des chrétiens, l'égalité que leur refusait la société civile, eten les faisant jouir des bienfaits de la fraternité évangélique. Cette égalité, cette fraternité n'étaient pas seulement proclamées ou promises : autant que le permet l'humaine faiblesse, on les réalisait en pratique. Les esclaves chrétiens participatent aux mêmes sacrements que les fidèles de condition libre, ils avaient place comme eux dans les assemblées du culte, ils se mariaient
4. Saint Paul, Ephes., vi, 5-8; Coloss., m1, 22; Tüt., nt, 9. ®. I Timoth., vi, 1.