‹ dix lecons sur le martyreChapitre 91 sur 201 · Saint Ignace, Ad Polyc · texte numérisé non relu

Saint Ignace, Ad Polyc

4, Voir, dans mon livre sur les Esclaves chrétiens, le chapitre inti-

tulé : L’'apostolat domestique (4° éd., p. 300-320).

Celse le leur reproche avec amertume‘. Mais on vit plus encore : des esclaves monter au premier rang de la hiérarchie ecclésiastique. Si vraiment Hermas, l’auteur du célèbre livre du Pasteur, fut, comme il le raconte, esclave de naissance, son frère Pie *, qui occupait vers le milieu du second siècle la chaire de saint Pierre, était aussi d’origine servile. Cela est certain de Calliste, qui avait été l’esclave d’un banquier avant de devenir, aucommencement du troisième siècle, archidiacre de Rome, puis de succéder au pape Zéphyrin 5. Un triomphe encore plus éclatant de l'égalité chrétienne, et en même temps la marque la plus glorieuse de l'empire que l'Église avait acquis sur des âmes autrefois abandonnées, ce fut de faire d'esclaves devenus chrétiens des martyrs. Quand des hommes, des femmes accoutumés à obéir à tous les ordres et même à tous les caprices de leurs maîtres, ayant vécu dans la crainte continuelle des châtiments, refusaient de renier le Christ, et acceptaient les plus cruels supplices plutôt que d’abjurer la religion qu'ils avaient jugée vraie!,il y avait là une affirmation de liberté morale, qui jetait quelquefois les païens dans la stupeur. Une jeune fille esclave a été dénoncée comme chrétienne. « Quel est ton nom? lui demande le juge. — A quoi bon rechercher mon nom ? jesuis chrétienne. — Celui-ci est-il ton maître? — Îlest le maître de mon corps seul, mais le maître de mon âme est Dieu. — Comment n'adores-tu pas les dieux qu'adore ton maître? — Je suis chrétienne, je n’adore pas des idoles muettes, mais j'adorele Dieu

4. Origène, Contra Celsum, XII, 44, 55. — 9. Canon de Muratori. — 3. Philosophumena, IX, 21. — 4. Non seulement les supplices ordonnés par les juges, mais aussi les châtiments domestiques les plus arbilraires : quod ab dominis se servi cruciatibus adfici quibus statuerint malunt... quam fidem rumpere christianam. Arnobe, Adv. nat., I], 5.

vivant et vrai, le Dieu éternel. » De telles réponses mettaient en déroute toute la morale antique. Le fragment d’interrogatoire que je viens de citer est tiré des Actes de sainte Ariadne, une martyre de Phrygie'; mais l’esclave Blandine, à Lyon?, l’esclave Evelpistus, à Rome 5, l’esclave Potamienne, à Alexandrie*, l’esclave Félicité, à Carthage, l’esclave Sabine, à Smyÿrnef, l’esclave Vital, à Bologne?, lesclave Porphyre, à Césarée8, et bien d’autres, en termes différents, mais avec un sentiment non moins . vif de leur liberté, surent de même tenir tête aux persécuteurs. « Qui es-tu? demande le préfet de Rome à Evelpistus. — Esclave de César, mais chrétien, ayant reçu du Christ la liberté, et, par sa grâce, ayant la même espérance que ceux-ci°. » Ceux qui parlaient de la sorte pouvaient porter encore la livrée de la servitude : il y a longtemps qu'ils n'étaient plus esclaves.

Le martyr dont on vient d'entendre la réponse se dit « esclave de César. » Les Césariens, c’est-à-dire les esclaves ou les affranchis de l’empereur, formaient une classe à part dans le monde de la servitude. Les rangs les plus divers se rencontraient parmi eux : les uns étaient occupés, comme dans les maisons des particuliers, aux plus bas emplois du service inté-

4. Pio Franchi de’ Cavalieri, Note agiografiche, dans Studi e Testi,

- Lettre des chrétiens de Lyon et de Vienne, dans Eusèbe, Hisé, eccl., V, 1.

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