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les causes de troubles en Bosnie-Herzégovine et chercher les moyens d'y rétablir la paix.
Ce qui surprit Novikoff fut de voir les représentants de toutes les Grandes Puissances citer avec éloge et sans les contredire les faits et les chiffres de mes rapports, à mesure que les discussions prenaient la forme d’une Conférence. Andrassy y trouvait la justification des mesures prises par les Autorités Austro-Hongroises ; le Prince Reuss louait ma modération et Sir A. Buchanan disait :
« Evidemment il n’essaie pas d'augmenter l'agitation et s'efforce sincèrement de pacifñer les provinces révoltées ».
Questionné sur ce qu'il pensait Novikoff répondit que son avis était conforme à celui de ses collègues. Il finit par me dire que tous les plénipotentiaires, y compris Vogué et Robilant, désiraient vivement causer avec moi, mais qu'il me demandait de ne considérer à cette heure que les intérêts de la Russie.
« Voulez-vous rédiger un Mémoire exposant votre opinion raisonnée sur la question de Bosnie-Herzégovine et les moyens que vous jugez propres à la résoudre, sans mettre la paix en danger. [rois jours vous suffiront je pense à accomplir cette tâche, seulement je vous demanderai de ne voir aucun ambassadeur ou homme polituque pendant ce laps de temps. À votre retour de Pétersbourg vous serez absolument libre de vos actions ».
Je terminerai mon mémorandum dans l’après-midi du second jour; je le porterai moi-même à l’ Ambassade avec une courte note offrant à l'Ambassadeur de partir pour Pétersbourg dès que j'aurais recu ses ordres.
Novikoff mit trois jours à lire et à annoter mon mémoire.
Fidèle à ma promesse je ne vis aucun homme politique étranger mais J'allai à l'Eglise Russe visiter le Chapelain de l’ Ambassade l’Archiprêtre Rayevsky, un ecclésiastique éminent.
Dans l’Europe occidentale, les Chapelains des Ambassades Russes étaient en général fort modestes et restaient strictement attachés à leur ministère religieux. Toujoürs prêts à aider moralement ceux qui avaient recours à eux, ils s’abstenaient de toute propagande, ne cherchaient pas à faire des prosélytes. Le temps seul, ou une occasion favorable, permettait de découvrir leur mérite réel et de l’apprécier à sa juste valeur. Le Révérend Père Rayevsky se serait effacé ainsi, mais la puissance naturelle de son esprit et de son caractère, sa profonde érudition, sa culture raffinée lui avaient créé une situation exceptionnelle, même dans un centre du Catholicisme romain aussi important que Vienne l'était alors. Je le connaissais depuis des années ayant beaucoup causé avec lui avant d'entreprendre mes voyages dans les Balkans et l’ Asie Mineure et aussi après mon retour. Actuellement il était l’un des hommes les mieux renseignés sur la vie religieuse, politique et sociale des peuples de la région Danubienne et des Balkans. |
T'ous les chefs des nationalités Slaves et Orthodoxes, tous les Russes slavophiles se réunissaient régulièrement dans sa maison de Vienne.
Sans Jamais cacher qu'il croyait à la justice et au succès final de la cause slave, il ne participait à aucune
agitation politique, même par une simple approbation et exerçait une influence modératrice sur de nombreux slavophiles trop exaltés.
Cette fois je rencontrai chez lui un autre grand Panslaviste, du moins en théorie : Dobriansky un des chefs des Petits Russiens habitant la Hongrie du Nord-Est. Sous le régime absolu et centralisé de l'Autriche sa carrière administrative avait été bnilante ; l’Archiduc Albrecht, le membre le plus influent, le plus populaire de la dynastie l’honorait de sa confiance. Dobriansky était partisan d’un Empire des Habsbourg absolu dans lequel toutes les nationalités, toutes les religions auraient des droits égaux. Né de parents Orthodoxes qui avaient été obligés de devenir Uniates, il fit baptiser ses enfants dans l’église Orthodoxe et son exemple fut suivi par de nombreux petits Russiens qu'on avait contraints d’abandonner leur religion nationale. Après l'introduction du Dualisme, il devint membre du parlement Hongrois, mais comprit rapidement qu’on ne pouvait lutter par la parole contre le violent courant de Magyarisation. Fixé à Vienne il devint le rédacteur en chef d’un journal allemand hebdomadaire « Le Parlementaire » dont il fit non seulement un organe Austro-Hongrois, mais celui de tous les Slaves. IT n’était pas germanophobe, répudiant la haine de race et se montrait l'adversaire résolu des guerres et des révolutions. Son but suprême était d’obtenir pour tous les peuples l'existence culturelle qui conserve les nationalités. Les articles qu’il écrivait dans le Parlementaire jetaient une vive lumière sur l’histoire de l’ancienne « Slavonie » entre l’Elbe et la Vistule, avant
qu'elle n'ait été ruinée par les invasions Teutonnes. Quoiqu’ayant parcouru moi-même ces vieilles terres wendes, parfois à pied quelques années auparavant, c’est Dobriansky qui me fit comprendre l'importance de la civilisation des Wendes et l'influence qu’elle exerça sur l'Europe Orientale et Centrale.