‹ Dix mois de ma vie 1875-1876Chapitre 12 sur 34 · SAINT-PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

SAINT-PÉTERSBOURG

Mon départ de Vienne eut lieu le 19 janvier 1876, après une courte entrevue avec M. Novikoff.

« Je partage entièrement les vues exposées dans votre Mémorandum, me dit-il, je l'envoie à notre Ministre des Affaires Etrangères par la valise diplomatique dont vous serez porteur. Une seule recommandation : parlez à Pétersbourg exactement dans le sens de ce mémoire, ne vous laissez pas entraîner par le courant slavophile excessif qui, je le crains, grossit en Russie ».

Quel contratse présentait ce retour avec la manière dont J'avais quitté mon pays dix ans plus tôt. Après une carnère diplomatique courte mais remarquablement brillante qui m'avait lié avec plusieurs hommes d'Etat influents, m'avait fait connaitre personnellement de l’Empereur, les adversaires de la nouvelle politique étrangère que j'avais recommandée, et que Sa Majesté avait approuvée en principe, déchaînèrent une véritable tempête contre moi. Accusé de subir des influences étrangères, d'entretenir des relations amicales avec les me-

neurs révolutionnaires de diverses contrées, avec ceux de Russie en particulier, je dus quitter le Ministère des Affaires Etrangères au moment précis où une mission importante allait m'être confiée. Seule la bienveillance personnelle de l'Empereur me permit de partir pour l’Etranger « afin de compéter mes études » au lieu d’être relégué dans une de mes terres (1).

Cela s'était passé en 1866 et voici qu’en 1876 je revenais en qualité de Courrier d’ Ambassade, avec la valise diplomatique contenant parmi d’autres documents mon propre mémorandum dont les idées générales étaient les mêmes que celles qui avaient amené mon exil, quoique l’objet en fût différent.

Lorsque j'avais quitté la Russie il m'avait paru sage de prier mes amis et mes parents de ne pas m’accompagner à la gare pour me dire adieu. À mon retour, au contraire, des slavophiles, des partisans de mon œuvre en faveur des Yougoslaves, vinrent me saluer à plusieurs stations entre la frontière et la Capitale. Les journaux russes que je lus pendant le trajet étaient remplis d’articles et de lettres à l'éditeur à propos de mon arrivée en Russie, de mes plans pour libérer la Bosnie-Herzégovine, pour aider tous les peuples Orthodoxes et Slaves à recouvrer leur mdépendance. Ces exagérations de la Presse qui amplifiaient mon action d’une manière absurde, me choquèrent et m'effrayèrent; elles ne pou-

(1) Les événements auxquels je fais ici une brève allusion ont été racontés en détail dans une autre de mes œuvres. Une : Idylle politique sur la Terrasse de Monplaisir.

vaient qu'être mal interprêtées et engendrer la méfiance.

J'ignorais alors que la presse russe, soumise à d'étroites restrictions en matière de politique étrangère, jouissait d’une liberté presque complète lorsqu'il s’agissait du sort des sujets Orthodoxes de la Turquie, ce qui était alors nommé « La question Orientale ». L'agitation générale du peuple Russe avait même gagné quelques cercles du Gouvernement et de la Cour, ce qui expliquait aussi l'audace de la presse.

En arrivant à Saint-Pétersbourg, je fus ete lie par une véritables foule de Slavophiles et d’amis personnels me souhaitant la bienvenue. Je réussis à écourter la réception, déclarant que mon premier devoir était de porter immédiatement la valise de l’ Ambassade de Vienne au Ministère des Affaires Etrangères.

À peine l’avais-je remise entre les mains d’un Secrétaire de la Chancellerie Diplomatique, qu'on me fit passer du salon où j'avais été recu, dans une autre pièce et à ma vive surprise je me trouvai face à face avec le Chancelier de l’Empire.

Il y avait dix ans que je n’avais pas vu le Prince Gortchakoff maintenant au zénith de sa puissance et de sa gloire. La facon vigoureuse dont il avait repoussé les malencontreuses tentatives de Napoléon IIT de s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Empire Russe lui avait valu une popularité encore accrue par l’apparente justification de son attitude dans les guerres Austro-Prussienne et Franco-Allemande. L'opinion publique russe était ravie de voir l'Autriche traîtresse punie par une amie fidèle telle que la Prusse ; quoique conservant ses

sympathies à la France, elle croyait que la chute de Napoléon était une punition méritée de son injustifiable hostilité diplomatique envers la Russie en 1863. Il est vrai que dans la société russe et même dans la Presse des critiques se faisaient entendre sur l’appui constant que Gortchakoff accordait à la Prusse, ce qui permettait à Bismarck de créer un Empire Prusso-Germanique sans aucun avantage pour la Russie. Toutefois notre Chancelier put montrer que sa politique ne favorisait pas aveuglément la Prusse lorsqu’au printemps 1875, il conseilla à Alexandre II d'écrire à Guillaume [°° pour lui demander d'interdire à son Gouvernement une nouvelle attaque contre la France que celui-ci préparait. Cette démarche avait été faite au moment ou la Reine Victoria écrivait à l'Empereur Guillaume exactement dans le même sens.

Tout en niant leurs intentions guerrières Guillaume et Bismarck exprimèrent leur désir d’avoir l’occasion de prouver par des actes la gratitude et l’affection qu'ils éprouvaient à l'égard de la Russie. Gortchakoff en conclut qu’il était supérieur à Bismarck et le dominait.

Au physique ces dix années n'avaient guère altéré l'apparence de mon ancien Chef, mais toute sa force de volonté lui était nécessaire pour dissimuler sous une exquise courtoisie et l’aimable attention accordée à ses visiteurs la conscience de sa supériorité intellectuelle. Il n'eut pas l’air de se souvenir qu'il m'avait vu autrefois ; en quelques mots prononcés lentement il me félicita de mon arrivée en Russie après « avoir accompli une œuvre remarquable en Dalmatie ».

Lorsqu'il m'eût dit que le gouvernement Autrichien était satisfait de ma conduite, je l’écoutait avec un étonnement incrédule, puis 1l changea de ton :

« L'Empereur a entendu parler de vous, je crois même qu 1l vous a vu 1l y a quelques années ? »

Il pausa semblant attendre une réponse. Comme je restais silencieux le chancelier reprit : |

« Je vais voir Sa Majesté ce soir et lui annoncerai votre arrivée. (Il était en costume de Cour et portait ses principales décorations). Il faut que je vous quitte, mais je vous demanderai d’avoir avec vous une véritable conférence sur la question de Bosnie-Herzégovine ».

Cet entretien avait duré dix minutes à peine, nous étions restés debout, le Chancelier plongeant ses yeux dans les miens, lisant presque ma pensée ; 1l fut seul à parler, je me contentai de saluer en signe d’obéissance.

Le lendemain de bonne heure un messager du Chancelier me transmettait l’ordre d’être à 10 h. 30 du matin à la porte du Palais d'Hiver. Un fonctionnaire de la Cour m'attendait ; il me conduisit dans un salon que l'Empereur allait traverser, me dit-il.

Presqu’immédiatement Sa Majesté entra, fit un gracieux signe de tête et s'arrêta ; 1] me regarda avec attention comme s’il cherchait à se rendre compte de la manière dont j'avais supporté mon désappointement de 1866. Mais ma présence évoquait dans son âme bien d’autres souvenirs de cette époque... son expression s’adoucit et il dit d’un ton bienveillant :

« Votre première mission n’a pu s’accomplir; vous

saurez, je n'en doute pas, mener à bien votre mission actuelle ».

Ïl me regarda de nouveau avec un aimable sourire et reprit sa marche,

Le soir de ce même jour, 22 janvier, je reçus une convocation officielle de me trouver dans les bureaux du Chancelier le 24 à 11 heures.

Que l'Empereur n'ait pas oublié nos conversations privées de Péterhof, son intention de me confier une première“mission, c'était encourageant. Néanmoins l’expérlence m avait appris que les objections de ses conseillers pouvaient mettre obstacle à ses projets, paralyser sa volonté. Quel serait le sort de ma mission « actuelle » que serait-elle au juste ?

Seulement cette fois le bon vouloir de l'Empereur à mon égard s’'appuierait sur l'opinion publique : le peuple Russe tout entier voyait en moi l’incarnation de sa volonté suprême : libérer les Slaves et les Orthodoxes. Les influences qui s'étaient opposées à mon action en 1866 seraient-elles une fois encore victorieuses ? notre diplomatie devenue Occidentale jouerait-elle le même rôle passif que dix ans plus tôt ?

Le 24 janvier le Chancelier, qui était en même temps Ministre des Affaires Etrangères, me reçut en présence de l’ancien ministre adjoint et de N. K. Guuiers, son nouvel adjoint ce qui donnait à l’entrevue le caractère d’une conférence officielle.

Le Prince Gortchakoff ouvrit la séance en ces termes :

« Votre mémorardum à notre ambassadeur à Vien-

ne sur la question Herzégovinienne expose des vues modérées et pratiques. Formulés en ces termes les désirs des Herzégoviniens peuvent être l’objet d’une sérieuse considération ».

Et il continua :

« Il faut noter la haute importance de l'acte diplomatique par lequel les trois Grandes Puissances Occidentales se sont jointes aux trois Empires en vue d'assurer la tranquillité et la prospérité de l’Herzégovine et de la Bosnie ».

Du fait même que le projet de réforme présenté à Constantinople sera appuyé par les six Puissances et accepté par la Sublime Porte les deux provinces révoltées seront placées dans les conditions différentes de celles du reste de l’Empire ottoman. Tandis que dans les autres possessions du Sultan les réformes ne dépendront que du gouvernement Turc, en Bosnie-Herzégovine leur exécution sera surveillée et contrôlée par les représentants des Grandes Puissances ».

« Il est très important que les insurgés ne fassent aucune opposition à la volonté de l’Europe unie ; il est absolument nécessaire qu’ils déposent les armes aussitôt que la bonne volonté de la Porte se sera manifestée par des actes et que les réformes indiquées auront commencé à être appliquées ».

Le Chancelier se fit plus pressant.

« Faites comprendre aux Herzégoviniens l’importance des réformes proposées, quel danger il y aurait pour eux à méconnaître le bienveillant intérêt que leur portent les Grandes Nations; amenez les insurgés à ac-

cepter les décisions des Puissances. Investi de cette mission vous reviendrez vers vos compatriotes avec une plus grande autorité pour les conseiller et vos efforts seront secondés par les représentants locaux du Gouvernement Impérial ». |

Les deux hauts diplomates présents appuyèrent l’appel du Chancelier de quelques phrases éloquentes, m'encourageant à accepter la mission qu'il m'offrait. En écoutant ces discours je notais quelques particularités intéressantes. D'abord j'apprenais ce dont Novikoff ne m'avait pas informé. C’est que le résultat de la Conférence de Vienne avait été de la part des Puissances une demande de réformes particulières en Bosnie-Herzégovine que la Porte avait acceptées et promis d'appliquer ; ensuite que le Chancelier et ses adjoints, oubliant que Jj'étais sujet Russe, me croyaient Herzégovinien; enfin qu'ils ignoraient le rôle joué par le Prince de Monténégro et M. Yonine dans les événements d'Herzégovine.

Je me vis donc obligé de déclarer au Prince Chancelier que la condition préliminaire qu'exigeraient sans aucun doute les Herzégoviniens avant de poser les armes, serait l'évacuation de leur pays ; le retrait des troupes turques étant la seule garantie réelle contre de nouveaux massacres. |] me répondit qu'il ne serait pas opportun d'imposer cela à la Porte au moment où tant d’autres concessions lui étaient demandées ; mais que plus tard il serait possible de compléter les réformes en retirant les troupes recrutées hors de la province et que l'administration pourrait être confiée à un Herzégovinien.

Songeant à l'influence que le Prince Nicolas, soutenu par M. Yonine, exerçait en Herzégovine, je crus de mon devoir d'adresser cette requête au Chancelier :

« Il est bien entendu que les Herzégoviniens ne seront tenus responsables que de leurs propres résolutions.

— Je vous affirme, répondit-il avec force, que le Gouvernement Impérial usera de toute son influence pour écarter les ingérences étrangères qui nuiraient à l'œuvre de pacification ».

Très impressionné par les déclarations du Chanceher, je crus nécessaire de résumer la situation telle qu'elle ressortait de notre entretien, je dis :

« Je ne vois aucune incompatibilité entre les résolution des Puissances et les désirs des insurgés ; une seule et même formule peut les exprimer : Administration provinciale particulière ».

En prenant congé de mon illustre interlocuteur, je reçus de lui l’autorisation formelle de répéter aux Herzégoviniens toute la conversation qui venait d’avoir lieu.

À la suite de cette Conférence, je recus de nombreuses visites de Slavophiles marquants, membres du haut clergé de Saint-Pétersbourg et de la bureaucratie, personnalités en vue des différents cercles mondains de la Capitale ; en même temps J'étais accablé d’invitations à diner et à passer la soirée dans les maisons les plus aristocratiques ou les plus à la mode.

Extrêmement surpris de ma soudaine notoriété, je compris vite qu'elle était due à l’immense popularité en Russie de la cause slave dont je me trouvais être le re-

présentant. Tout le monde désirait connaître l’homme, jusque là ignoré du grand public, qui avait osé entreprendre une tâche que tant de Russes auraient été heureux d'assurer s'ils n'avaient craint de se heurter aux difficultés suscitées par la police et la bureaucratie. Cette curiosité naturelle s’augmentait encore du fait que le Gouvernement, loin de blâmer cette initiative, favorisait celui qui l’avait prise.

Le Chancelier de l'Empire l'avait convié à une conférence ; le bruit courait même qu'il l’avait présenté à l'Empereur.

À vrai dire je fus réjoui et flatté de voir mon action unanimement approuvée, mais heureusement dès le début de mon entreprise j'avais redouté les louanges exagérées qui automatiquement déchaïnent les critiques et l’hostilité.

Mon but immédiat, mon désir ardent était de sauver les femmes et les enfants Bosno-Herzégoviniens ; cette attention excessive accordée à ma personne ne nuiraitelle pas à leur cause ? Les faits ne risquaient-ils pas d'être déformés dans cette capitale où tant d'ennemis de la cause slave opposés à la mission de la Russie guettaient l’occasion d’influencer, de tromper la Cour et le Gouvernement.

Je pris donc les mesures nécessaires pour défendre ma cause et ma personne ; je refusai absolument d’accorder des interviews aux journalistes, fermai ma porte à la majorité des visiteurs et n’acceptai qu'un très petit nombre d'invitations.

Naturellement je fus heureux d’aller dîner chez Île

Président de la « Société Slave de Bienfaisance » le Conseiller privé Korniloff. 1Ï avait mvité des Slavophiles occupant de hautes positions à la Cour et dans le Gouvernement, des historiens et des linguistes slaves éminents pour rencontrer « un représentant des Slaves menacés . dans leur foi et leur nationalité ». L’mtérêt qu'excitaient les souffrances de ces frères de race était si intense qu'à peine assis à table je fus assailli par une véritable grêle de questions jusqu’au moment où un convive fit remarquer, que je n’avais pu réussir à prendre une seule cuillerée de potage.

Cet homme charitable, M. Kireïeff, frère de Mme Novikoff, fut applaudi et plusieurs mvités s’excusèrent d’une curiosité que je devais comprendre. Il fut convenu qu'on ne me poserait qu'une seule question entre chaque plat. Cet arrangement donna des résultats assez médiocres. Tous les questionneurs désiraient être renseignés sur l’insurrection Herzégovinienne, les massacres Furcs, la condition des femmes et des enfants ; l'oppression habituelle des Yougoslaves en Turquie ; l'état de l’opinion publique des pays d'Occident à l'égard de la lutte actuelle ; les chances de libération, etc. J’essayais de faire des réponses concises à ces diverses interrogations, mais J étais généralement interrompu avant d’avoir fini par un de mes voisins qui m'engageait à manger du plat qui m'était offert.

Ce ne fut qu’une fois sorti de table, assis au milieu du salon que je pus donner des informations complètes et profiter des observations intéressantes qui étaient faites. Les plus remarquables venaient de mon voisin de

droite, un homme âgé d'aspect imposant. II parlait d’un ton simple avec une ardeur contenue.

« Le peuple Russe est profondément ému du sort tragique des Bosno-Herzégoviniens ; il n'oublie pas la situation des autres races Orthodoxes des Balkans, surtout celle des Grecs auxquels les Russes doivent leur religion ; mais à cette heure tous les Orthodoxes doivent unir leurs efforts pour sauver leurs vaillants coréligionnaires dont la vie est en péril. L'initiative de notre hôte de ce soir a révélé un principe bienfaisant la sympathie agissante des Slaves non Orthodoxes pour leurs frères de race ; elle s’est montrée autrement que par les écrits et les dons des T'chèques et des Croates, son expression la plus haute est la collaboration des Clergés Croate Catholique et Serbe Orthodoxe. Un Evêque Catholique a accepté d'être vice-président du comité dont le président est un ÀArchevêque Orthodoxe. Ce fait, sans exemple dans l'histoire, aura une bienfaisante influence sur les relations futures des deux peuples. Puis ce Comité est international, des personnalités distinguées de différentes nations occidentales, désireuses de soulager les misères des réfugiés, en font partie. Cela nous fait espérer ques les Grandes Puissances comprendront dans quelle situation se trouve la Russie en face de cette crise. Nous ne sommes poussés par aucun motif d'intérêt égoiste, seu] nous guide le sentiment de nos devoirs à l’égard

d’un peuple du même sang et de la même religion ».

° n Ps des à vt: mP Il se tourna vers moi et ajouta :

Vous vous êtes imposé une noble mission ; que le

succès vous accompagne jusqu'à ce quelle soit accomplie entièrement ».

L'assistance entière l’applaudit et me félicita de mériter une telle louange.

Celui qui venait de parler était M. Pobedonosteff,

procureur du Saint-Synode à qui étaient délégués les

pouvoirs de l'Empereur sur l’Eglise Orthodoxe de Russie. Cet homme austère, aux manières sans prétention, était un des conseillers intimes d'Alexandre II et avait en grande partie dirigé l’éducation d'Alexandre III. Tous ceux qui étaient présents comprirent ce que signifait la chaude approbation qu’il venait de me donner.

Quelques jours après ce diner eut lieu une assemblée générale de la Société Slave de Bienfaisance au cours de laquelle je donnai un compte rendu des travaux du Comité International d’assistance aux femmes et aux enfants de Bosnie et d'Herzégovine.

En dehors des membres de la Société de Bienfaisance, de nombreux personnages appartenant à la Cour, au Gouvernement, à l’ Armée avaient demandé à être invités ; une des plus vastes salles de réunion de Pétersbourg était insuffisante à contenir la foule des auditeurs.

À cette époque, les réunions politiques étaient strictement interdites et les discours publics n'étaient prononcés qu'aux cérémonies officielles, généralement par des fonctionnaires. Cette réunion était considérée comme la séance privée d'une société charitable sans aucun caractère politique, mais inévitablement elle devait entraîner une discussion touchant aux problèmes de la politique internationale. Fidèle à mon programme initial, je me

maintins sans dévier sur un terrain non politique. Il n’en fut pas de même des autres orateurs ; quelques-uns ne craignirent pas de faire des allusions à une grande guerre qui libérerait tous les chrétiens du joug mahométan. Néanmoins la réunion se termina pacifiquement et correctement par un vote unanime de remerciement « à ce- Jui qui avait fait ce que tous les Russes désiraient voir faire ».

Je fus élu membre d'honneur de la Société Slave et mon discours imprimé à cent mille exemplaires fut distribué gratuitement.

Jamais rien de pareil ne s'était vu en Russie jusqu'ici. La presse fit remarquer que l’audace de mon initiative était ce qui causait la plus forte impression sur le peuple.

Le lendemain de cette réunion je partis pour Moscou d’où m'étaient adressés chaque jour des appels pressants.

« Venez nous dire comment nous pouvons aider les Slaves cruellement opprimés !

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