‹ Dix mois de ma vie 1875-1876Chapitre 16 sur 34 · MON RETOUR A RAGUSE · texte numérisé non relu

MON RETOUR A RAGUSE

Lors de mon départ de Dubrovnik (Raguse) au mois de décembre 1875, j'étais simplement Délégué du Comité International de Paris ; j'y revenais en mars 1876 en qualité d’Agent semi-officiel du COR ÉTRENCOE Impérial de Russie.

Mes nombreux amis et toute la population de Dubrovnik me saluèrent avec enthousiasme. En obtenant pour la cause de Bosnie-Herzégovine l’appui de deux Grandes Puissances j'avais commencé à réaliser les espôirs exprimés à l’heure de mon départ.

Mon retour comblait de joie mes deux anciens Àssistants Délégués ; en mon absence le Consul Général de Russie avait cessé de leur transmettre les dons reçus de toutes les provinces de l’Empire, il les envoyait au Comité de Cettigné.

Désormais les souscriptions me furent exclusivement adressées puisque j'étais membre d'honneur et représentant des Sociétés Slaves de Pétersbourg et de Moscou. Je repris le mode de répartition adopté au début.

Gondola et Novakovitch me remirent des rapports donnant le détail de leur activité durant les trois mois

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de mon absence : j’eus ainsi le moyen de me rendre compte de la situation des réfugiés et des mesures prises par la Délégation.

Le nombre des réfugiés s’accroissait sans cesse. Les nouveaux arrivants devaient être pourvus de couvertures de laine, de chemises, de manteaux et d’opankés (pantoufles turques) il fallait aussi leur fournir du pain et quelques autres vivres. Beaucoup se trouvaient épuisés par la faim et les fatigues subies pendant la fuite qui les avait soustraits aux massacres ou à d’indignes violences. Une nourriture spéciale, des médicaments étaient indispensables si l’on voulait leur conserver la vie. De grandes quantités de maïs furent achetées, des cuisines établies près des tentes et des bâtiments qui les abntaient. Les soims particuliers étaient donnés aux blessés ainsi qu'aux malades atteints de diverses épidémies, le typhus et la dysentrie faisaient de grands ravages.

Les Délégués prirent des mesures si judicieuses, Ms déployèrent tant de zèle que le nombre des décès et des cas de maladie diminua rapidement. L'état général des réfugiés s’améliora vite aussi bien moralement que physiquement. |

Sur un seul point, mes Assistants transgressèrent leurs instructions et furent critiqués. Dans un chapitre précédent j'ai dit que les prêtres Herzégoviniens venus avec les réfugiés avaient offert d'apprendre à lire aux

enfants et de les instruire des dogmes fondamentaux de

la religion Orthodoxe, ils ne réclamaient aucune rémunération et la paroisse de Raguse leur prêta quelques li-

vres. En partant pour Vienne j'avais laissé à mes assistants une somme, tirée de ma propre bourse, en vue de subvenir à ce genre de nécessité. En mon absence ils allèrent plus loin, établissant des écoles enfantines dont les maîtres étaient payés.

Comme toutes les dépenses étaient mentionnées dans les rapports adressés au Président du Comité et que ces rapports étaient publiés par les journaux étrangers, il se trouva des personnes jugeant que les fonds envoyés pour sauver de la faim les femmes et les enfants d'Herzégovine ne devaient pas être employés à d’autres dépenses que le pain ou les vêtements. Après avoir examiné soigneusement le cas je me déclarai prêt à assumer personnellement les dépenses que les donateurs n'approuveraient pas. Les Assistants Délégués firent valoir que leur but était de fournir aux enfants dont les parents avaient été massacrés, une instruction élémentaire qui les mettrait en état de gagner leur vie.

Deux voix s’élevèrent pour défendre les Délégués, deux voix Anglaises.

L'une était celle de la célèbre Miss Irby qui avait fondé une école de jeunes filles à Sarajevo et dont M. Gladstone disait : « Je suis fier d’avoir l'honneur et le privilège de connaître cette femme éminente ».

Elle m'écrivit et envoya des livres aux écoles de Dalmatie. |

L'autre était celle d'Edouard Freeman qui réunit des fonds destinés spécialement aux écoles des enfants réfugiés. Ces écoles lui semblaient l’aube de la civilisation en Herzégovine.

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