CHAPITRE Il
Z.AGREB
J'étais extrêmement satisfait de ma visite à Belgrade. Non seulement je pouvais compter sur l'appui affectueux du Métropolitain, mais j'avais l'impression que mon œuvre en faveur des réfugiés Bosno-Herzégoviniens gagnerait les sympathies du Gouvernement et du peuple de Serbie. Mon ami Kartzoff m'avait donné de très précieuses informations sur les divers courants politiques de la diplomatie russe et montré que les événements de Bosnie-Herzégovine n'étaient pas considérés sous le même angle en Europe ou dans les Balkans. C'était une vive satisfaction pour moi de voir toutes les personnalités compétentes attacher une grande importance au choix de Mgr Strossmayer comme vice-président de mon Comité.
Pourtant j'avais le double regret de ne pas le connaître et de n'avoir aucun contact avec les Croates. Dix ans plus tôt, j'avais envisagé favorablement une étroite amitié Serbo-Croate, mais à cette époque j'étais trop absorbé par l’idée de l'union de toutes les branches de la
race serbe orthodoxe pour l’élargir au point d'y faire entrer un peuple catholique de la monarchie des Habsbourg. Maintenant je comprenais que la destinée de la Bosnie et de l'Herzégovine ne pouvait s’accomplir sans le concours des Croates. Ils formaient eux aussi une partie de la population de ces contrées, ils avaient par conséquent le droit de coopérer avec nous à l’œuvre d’assistance aux réfugiés.
À l'hôtel où je séjournais à Belgrade j'avais rencontré un Serbe de la MWilitar-Grenze (Frontière militaire), que J avais connu en 1868 et qui, apprenant mon intention de me rendre à Zagreb, offrit de m’y accompagner. Nous quittâmes Belgrade sur un bateau à vapeur qui remontait la Sava, cette rivière formait la frontière d’abord entre la Serbie et l’Autriche-Hongnie, puis entre celles-ci et la Bosnie.
Je m'installai tranquillement sur le pont, contemplant les terres fertiles qui s'étendent sur les deux rives et prenant le plus vif intérêt aux récits de mon compagnon Yovanovitch.
Il était d'origine bosmiaque. Après la conquête turque, sa famille n'avait pas quitté le pays, les jeunes hommes continuaient à combattre les Turcs dans la partie montagneuse de [la contrée chaque fois qu'ils en avaient l'occasion. Eux et bien d’autres Bosniaques, au cours des XVI° et XVII° siècles saluèrent comme des libérateurs les armées des Habsbourg et s’y enrôlèrent volontairement. Mais lorsque l’ Autriche se vit obligée de rendre à la Turquie les parties de la Bosnie et de la Serbie qu'elle avait conquises, elle offrit aux Bosniaques, aux