‹ Dix-neuvième siècleChapitre 12 sur 63 · LL. Fe · texte numérisé non relu

LL. Fe

séminaire de l’Argentière, il passa aux Chartreux de Lyon où il fit sa théologie et prit, avec le semigallicanisme que l’on sait, un goût meilleur, celui de la méthode scolastique. Jeune prêtre, il enseigna l'Écriture Sainte, d'abord dans la maison même, puis à la faculté universitaire de théologie créée jadis par le cardinal Fesch et que l’on reconstituait alors (1838). Talent facile mais travailleur infati-. gable, il sortit de cet emploi assez bon hébraïsant pour pouvoir un jour, lors de son intronisation épis copale, tenir tête au grand Rabbin de Nîmes qui le complimentera dans la langue de l'Ancien Testament. Aussi bien nous reste-t-il de son enseignement à Lyon un monument qui a sa valeur : Les Poètes bibliques. Ouvre, non pas critique et savante au sens actuel, mais catholique avant tout, selon la promesse du titre et l'intention formelle de l’auteur. « Je les lance sur l’abime, disait-il de ses Poètes, comme des fleurs destinées, si Dieu le veut, à conduire d’autres navigateurs à l'exploration du monde ” où je les ai cueillies. » OEuvre un peu juvénile de forme, et non sans quelque rhétorique çà et là, mais agréable encore et utile dans ses limites et son degré voulu.

Tout autres sont les Conférences qu'il donna à Notre-Dame (1847-1848), un peu accablé, à vrai dire, par le lourd héritage du P. de Ravignan et le voisinage plus redoutable encore de Lacordaire. En l’appelant, Mgr Affre lui avait donné l'étrange conseil de revenir aux errements de Frayssinous (1).

fin, l’un son père, l’autre sa mère veuve. — Voir plus loin,’

page 106. ’ p. 90.

(1) Mgr Baunard : Un siècle de l'Église de France. Ed in-8°… :

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L'abbé Plantier ne le suivit que trop, semble-t-il, et l’on peut regretter que le littérateur, si brillant dans les Poëles bibliques, disparaisse outre mesure sous le philosophe chrétien. En trois stations, il étudia les £rreurs du ralionalisme, établit l'Autorité doctrinale de l'Église et combattit quelques objections inspirées par sa si{ualion présente dans le monde, par son incompatibilité prétendue avec les sociétés modernes. Tout cela valait et vaut encore par la doctrine et la dialectique ; mais il y manquait, jusqu’à un certain point, la grande flamme oratoire et ces dons extérieurs auxquels on n’empêchera jamais la foule d’être plus sensible que de raison. Le succès ne fut qu'honorable. En publiant ses conférences, l'abbé Plantier les comparait modestement à ces feux de pâtre qui, allumés sur la côte, ont pu quel- quefois acheminer vers le port un navire désemparé. Il ajoutait avec une grâce touchante : « Voilà tout ce que j'implore du Bon Maître. S’il veut que ce bienfait me reste inconnu, j'y consens avec amour. » De fait, c'est sur le siège de Nimes qu'ilacheva son mérite et donna, comme on dit, sa vraie mesure. Bien mieux que Fléchier son prédécesseur, le prêtre savant, distingué, devint un grand évêque et prit rang parmi les plus éminents de l'époque. Nommé en 1855, il rencontrait, au début, des préventions à la fois religieuses et politiques. Ultramontains et royalistes, les Nimois le jugeaient trop gallican, trop déclaré en faveur de l’Empire. De fait, il n'avait -acceplé le nouveau régime qu'avec réserve et sous bénéfice d'inventaire; quant à son gallicanisme, nous le verrons bientôt fondre comme cire au feu des événements.

Dès 1859, quatre ans à peine après le sacre de

a DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

Mgr Plantier, la « question romaine » était ouverte. Question romaine, vocable étrange et périlleux. Qu'on puisse, à un moment donné, remettre en doute le plus séculaire mais surtout le plus sacré de tous les pouvoirs : profond scandale. grave échec à la moralité universelle, grande menace d’ailleurs et pour tous. À ce compte, le sort des faibles ne sera-t-il pas toujours en question devant les forts? C'est le droit nouveau, disaient alors quelques Francais. Non, c'était le paganisme politique envahissant tout de nouveau le monde, et Bismarck allait bientôt en donner, à nos dépens, la formule simple et tranchante : « La force prime le droit. »

Ne refaisons pas, même en courant, l'histoire de la spoliation du Pape; aussi bien faudra-t-il la recommencer au moins deux fois, à propos de Mgr Dupanloup et de Mgr Pie. On le sait de reste, ces dix années ont couvert de gloire notre épiscopat, je me trompe, une part de notre épiscopat. « Pourquoi si peu? » écrivait douloureusement un évêque à son collègue de Poitiers. — Mais passons. Notre tâche est de rappeler, et beaucoup trop vite, que, dans ce petit nombre, Mgr Plantier ne le cède à personne pour le zèle, à un seul peut-être pour le talent.

Des premiers, il prévoyait l'orage, et le signalait par deux instructions pastorales, l'une sur la Puissance spirituelle de la Papauté, l'autre sur son Pouvoir temporel, historien et prophète du même coup, dans la conclusion de la seconde. « On ne louche jamais à ce rocher du Capitole sur lequel repose aujourd'hui le trône pontifical, sans y briser souvent son sceptre, toujours son glaive et l'honneur de son nom. » Oracle indéniable, sage d'ailleurs et mesuré dans

les termes. L'évêque ne nrésentait pas la conséquence temporelle de l'attentat comme toujours immédiate et foudroyante. Qui peut oublier cependant qu’elle le fut pour la dynastie impériale et pour nous ?

Les deux pastorales eurent l'honneur de déplaire, non pas du moins aux Nimois, qui virent là si leur pasteur était un complaisant du pouvoir. Engagé dans la lutte, il ne s'arrêta plus, marquant d’une protestation chaque pas de l’entreprise, du sacrilège. Avant la fin de cette année 1859, il commente l’allocution Maximo cum animi dolore; il réfute la brochure le Pape et le Congrès. Dans la seule année 1860, lettre à ses prêtres pour justifier l'Encyclique Nullis certe verbis, à propos de la sécession définitive des Romagnes ; — mémoire inédit au ministre Rouland, lequel pressait officiellement les évêques de conseiller à Pie IX une abdication bénévole ; — puis trois pastorales encore : sur l’attitude du clergé

national, sur son prétendu servage à l'égard des anciens partis, sur l'invasion piémontaise dans les Marches de l'Ombrie, le guet-apens de Castelfidardo. La plume de l'évêque ne se repose pas plus que ne s'endort sa conscience. , Or, elle ne s’endormira pas durant les années ? suivantes, alors que la « question romaine » paraît sommeiller et que plus d’une âme catholique se détend par lassitude. En 1862, le sénateur Bonjean, le futur otage de la Commune, magistrat honorable mais aveuglé par ses préjugés de palais, a travesti saint Bernard en adversaire de la royauté pontificale : Mgr Plantier le combat par deux fois. Cependant le gouvernement s’est acculé, par sa malheureuse politique italienne, à la nécessité d’égarer

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l'opinion, de pervertir le sens moral des peuples; la presse officielle et officieuse mène avec entrain cette besogne, et l'évêque dénonce les Perfidies de langage dont elle use et abuse dans la « question romaine » (1864). L'année suivante, il présente à ses diocésairns le Syllabus, mais sans le détourner ni l’affaiblir ; puis il reprend indirectement le même thème dans une belle instruction sur Pie IX, défenseur et vengeur de la vraie civilisation. En 1867, à la tribune, Rouher a déclaré ne regretter rien de ce qui s’est fait en Italie : Mgr Plantier s’en explique. avec le ministre des cultes, Baroche. Ce personnage a beau répondre que la lettre épiscopale n'existe pas pour lui; elle n'en est pas moins admirable de vigueur et de dignité. « Ah! si l'épiscopat savait ses. forces ! » avait récemment écrit à Mgr Plantier un éminent catholique (1). L'évêque de Nimes savait la sienne et en même temps son devoir. Rome est au: jourd'hui dominée par une statue équestre de Garibaldi. Si j'en étais le maïtre, je voudrais seulement graver à la base le portrait du « héros des deux mondes, » tel que Mgr Plantier l’a buriné dans sa pastorale sur le brigandage de 1859; ce serait faire du trophée un pilori. Ainsi l'évêque de Nîmes défendait-il jusqu’au bout ce qu'on voulait détruire. Celuilà du moins avait glorieusement délivré son âme.

Et où était son semi-gallicanisme de 1855? On le. vit à propos du Concile. Par avance, il souhaitait hautement la définition de l'infaillibilité pontificale, et s’il ne proposait pas, comme on l'a dit, de la faire par acclamation, du moins osait-il envisager cette

(1) Le comte Werner de Mérode, beau-frère de Montalembert.

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