‹ Dix-neuvième siècleChapitre 14 sur 63 · SCO TN LORIE ET PET MAÉ LE · texte numérisé non relu

SCO TN LORIE ET PET MAÉ LE

qu'on pourrait appeler d’apparat, n'était leur simplicité relative et manifestement voulue. Par exemple, il ne concoit pas l'oraison funèbre tout à fait à la manière de Bossuet; j'entends comme un entrelacement de vives peintures morales et de thèses largement déployées. S'il n'oublie pas les lecons d'une grande vie, encore semble-t-il avant tout préoccupé de la conter; moins orateur et moraliste qu'historien fidèle et jaloux de mettre son héros en pleine lumière. À vrai dire, ses deux coups d'essai rappellent plutôt la manière traditionnelle classique. En Jouant le P. Captier (3 juillet 1871) et Mgr Darboy quinze jours plus tard, il ne craint pas de s’attarder quelque peu sur la doctrine, et d’ailleurs les faits n'y perdent rien, non plus que l’entrain, parfois lyrique, du discours (1). Dans la suite, l'histoire prendra le dessus ; l'éloge funèbre deviendra une sorte de notice présentée sous forme de causerie animée. Tel est, plus que tous les autres, celui du Cardinal Guibert, archevêque de Paris (1886); tel encore, ou à peu près, celui du Cardinal Lavigerie, commencé à Carthage le 19 avril 1893, et terminé le 2 mai dans la cathédrale d’Alger ; tel enfin, le 22 novembre de la même année, celui du Maréchal de Mac-Mahon. En somme, comment balancer les deux éléments essentiels de l’oraison funèbre : la lecon chrétienne par où elle s'élève au-dessus de l'éloge profane, la biographie qui la distingue du pur sermon ? Question d’à-propos, mais aussi de préférence libre et de tour d'esprit. Si Mgr Perraud incline au genre historique, il y reste suffisamment théologien

(1) Ces deux oraisons funèbres se trouvent dans les Paroles de l'heure présente, p 242 et 302,

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et moraliste ; rien d’ailleurs ne l'empêche d'y être orateur, poète même. Qui ne reconnaitrait l'un et l’autre jusque dans l’austère éloge du Cardinal Guibert, quand on nous y montre ce grand vieillard accomplissant avec une lenteur grave le devoir suprêème de mourir, expirant suivant l'esprit et la lettre du Cérémonial des Évêques, s'acquittant «avec une suave majesté de tout le rituel de la mort ». L'éloquence, la poésie même illustrent encore cà et là ce fervorino historique et militaire qu'est l’éloge

de Mac-Mahon; elles éclatent dans la conclusion

brève où, sur la foi d’un mot échappé à son délire de la dernière heure, il nous apparaît escaladant le ciel

comme jadis Malakoff, et criant : « J'y suis, j'y:

reste. » Citerai-je encore les deux panégyriques de Jeanne d'Arc (1872, 1887) : — l’un très vivant, très surnaturel, très pratique, finissant par une paraphrase de ce beau mot de l'héroïne : « Travaillons et Dieu travaillera » ; — l’autre tout différent, faisant justice des interprétations naturalistes et démontrant le caractère divin de la mission ; sorte de conférence critique, mais au demeurant très oratoire ? En vérité, ceux qui blâment chez Mgr Perraud une certaine froideur académique, ou sont étrangement difficiles, ou peut-être ont plus fréquenté les quelques écrits du Prélat que ses discours.

Bien moins contestable que cette présomption de froideur est sa renommée d’indulgence aux personnes et de mesure dans les choses. Ouvrez pourtant les quatre volumes des œuvres proprement épiscopales. Dans ces dix ans (1874-1884), voici déjà, en attendant pire, des menaces, des luttes, des ruines, C’est, en 1878, le centenaire de Voltaire, coïncidant toujours avec celui du supplice de Jeanne

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d'Arc (30 mai), et se rencontrant cette année avec la fête de l'Ascension. Lisez les quatre dernières pages du discours prononcé à la cathédrale d’Autun (1); vous verrez tout ensemble et la force vengeresse de ce modéré et la chaleur de ce talent réputé froid. L'année d'après, la persécution apparaît dans les lois Ferry contre la liberté d'enseignement entraînant à leur suite les décrets d'expulsion contre les Congrégations religieuses. Tant que la question restera pendante, Mgr Perraud ne se départira point de son calme qui est aussi une force. Voyez plutôt sa Lettre à un homme du monde sur les projets de loi Ferry (26 mars 1879) (2, ; et cette autre à M. de Freycinet, sur les Décrets du 19 mars et les lois existantes (15 avril 1880) (3). Mais une fois les coups portés ; quand l'Évêque s’est fait expulser en personne à la tête des novices Oblats établis dans la ville, de quel ton il écrit aux exilés! Désormais l'âme est libre de se produire, et la tendresse éclate en même temps que la vigueur indignée. Ces deux notes si bien humaines vibrent encore, et presque avec la même intensité, dans le discours du 14 novembre pour la fête de la Dédicace. L'évèque met en regard la Consécration qui sanctifie nos églises et la profanation légale qui vient de les insulter par toute la France, Les chapelles des Réguliers ne sont-elles pas aussi des églises, et tout le peuple chrétien n'est-il pas intéressé à leur honneur (4)? Voilà qui

(14) Œuvres, t. IT, p.149.

(2) Œuvres, t. II.

(3) lbidem.

(4) I] me convient de noter, non sans une fierté reconnaissante, comment, au cours de cette première persécution, l’é-

minent prélat saisit ou amène l'occasion de se solidariser

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Prat servir d’ épilogue à % douloureuse histoire des « Décrets », tout comme le mandement de 1880, où la Providence est, si on l’ose dire, justifiée de permettre tant de scandales.

Et elle continuait de les permettre. Un peu plus tard, en 1881 et 1882, on laïcisait l'enseignement primaire, les crucifix étaient enlevés des classes et jetés au tombereau. Ce fut pour l'Évêque l’occasion d’une belle campagne défensive. Laïcité, neutralité : mots menteurs, voiles transparents de la négation antichrétienne, de l'irréligion moralement obligatoire ; — morale soi-disant civique et purement humaine : code dérisoire, sans base ni sanction ni force intime pour commander l'obéissance. Les parents chrétiens ont le droit d'exiger autre chose et le devoir de le garder contre un gouvernement qui met Dieu hors la toi. Quant à l’ouvrier, il crie justement aux docteurs et législateurs d’athéisme : « Tyrans cruels et hypocrites... vous m'avez trompé, vous m'avez tout pris (1). » Je résume ici en courant cinq ou six pièces magistrales, espacées entre 1881 et 1884.

Les circonstances d'exception avivent le talent en échauffant l'âme, et pourtant, si je ne me trompe, l’âme et le talent sont encore plus intéressants, mais surtout plus utiles à étudier dans le cours régulier du ministère; c'est là surtout qu'un grand : évêque s'impose comme maître et modèle en fait de littérature sacrée, aussi bien que de zèle pastoral. Les mandements annuels du Cardinal Perraud accu-

avec les Religieux, voire avec les Jésuites, Aïnsi, à la distribution des prix de Juilly (29 juillet 1879; t. Il, p. 466), et à celle des écoles chrétiennes d’Autun (16 août, p. 503).

* (1) La Laïcisation de l'enseignement, discours prononcé à Sainte-Clotilde, 30 janvier 1881, t. III, p. 332.

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sent et accomplissent un dessein très s suivi 4 SOLE haut la religion pratique de son peuple. La Justice, la Sagesse, le Courage, la T'empérance, les Bonnes Lectures, le Droit et le devoir de se défendre, de défendre la liberté religieuse, s'entend, en particulier le droit et le devoir d'assurer l’éducation chrétienne de la jeunesse : autant de sujets pris, avec bien d’autres, dans la pure veine de la morale chrétienne, et touchés d’une main ferme autant qu'élégante, paternelle et surnaturelle avant tout. Il va de soi que le clergé ait la première part dans la sollicitude épiscopale. Mgr Perraud ne se contente pas d'annoncer et de préparer les retraites ecclésiastiques; sa coutume est de les résumer après coup pour en assurer le fruit. Même attention à maintenir s et à promouvoir les études cléricales, la philosophie sérieuse, profonde, la méthode scolastique, seule valable, mais à condition de garder l'œil ouvert aux faits, à l'expérience, aux mouvements et procédés à actuels de la pensée (1), — la théologie avec saint HS Thomas pour guide, la science privilégiée du prêtre, non moins nécessaire à lui même qu'aux fidèles, à la noblesse et à la joie de son âme qu’à la valeur de son enseignement (2).

Plus on pratiquera l’illustre évêque, plus on s’étonnera de l'entendre présenter comme un fin lettré sans beaucoup d'âme. L’est-il dans la chaire de Saint-Lazare d’Autun ou dans celle de Paray-le-Monial, quand, par exemple, il glorifie l'Apostolat

(1) Instruction pastorale sur l'Etude de la philosophie (décembre 1879) hautement louée par Léon XIII et publiée à sa A demande. Œuvres, t. II.

(2) Instruction pastorale sur l'Etude de la théologie, 26 mai 1876. A la fin, un beau tableau de la soirée du prètre sérieux. D. I, p. 364- 366.

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