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Quant à la parole épiscopale, si sa fonction et sa gloire propres sont d'enseigner avec précision, ampleur et force le pur Christianisme, la foi, la règle des mœurs, de revendiquer la liberté des chrétiens, de les prémunir contre la séduction, de les pousser au bien en toute patience et doctrine ; Mgr Perraud a noblement rempli cette tâche, la plus belle qui soit au monde. Il y a dépensé toutes les ressources d'une intelligence étendue et ferme, grave, discrète, pondérée, mais sans préjudice pour l'énergie, la souplesse, la chaleur vraie du sentiment. Que veuton de plus d'un pasteur d’âmes ? Et pourquoi lui reprocherait-on des habitudes de mesure, de correction, d'élégance, qui ne laissent en rien voir l'artifice, l'ambition, l'amusement, qui n'ôtent rien à la simplicité, à la probité du style, à l'expansion populaire et paternelle du cœur? L’éloquence de bonne marque n’a-t-elle pas ses nuances comme ses degrés, et pour être orateur, surtout dans une chaire épiscopale, faut-il de nécessité être impétueux, sur-
prenant, brusque d’allure et même quelque peu
fébrile? Je ne le crois pas.
Près de finir, le Cardinal évêque d'Autun vit l'État se séparer de l'Eglise. Il mourut au moment où l'on inventoriait le mobilier de sa cathédrale ; quelques mois plus tard, il aurait dû aller mourir hors de son palais. Du moins refusa-t-on à ses restes la tombe qu'il leur avait fait préparer « dans sa chère chapelle de Paray-le-Monial ». Qu'importe? L'empétun saint Léger, et, dans une certaine mesure, à nous-
mêmes (2 octobre 1878), etc., etc. — La perle en ce genre me parait être le discours du 22 juillet 1877, prononcé à la messe
militaire du 29e de ligne : homélie ingénieuse et d’ailleurs :
tout apostolique, sur le Centurion, dont Notre-Seigneur a loué la foi.
chait-on d'avoir « adoré passionnément le Cœur
tout à la fois divin et humain d'où la miséricorde s’est épanchée sur le monde » (1)? Ces mots, que l’Académie française de 1907 a écoutés sans murmurer, évoquent un souvenir moins heureux. Lorsque M. de Buffon prit séance parmi les Quarante, il n'osa ou ne daigna prononcer même le nom de son prédécesseur Mgr Languet de Gergy. C'était le temps où régnait Vollaire, où le Jansénisme faisait rage contre les Cordicoles et les Alacoquistes. Le moyen
de louer, voire de rappeler seulement, le premier … historien de la Bienheureuse Marguerite Marie et des origines de la dévotion au Sacré-Cœur? Buffon,
je le sais, n'était point Cardinal; mais, à tout
prendre, il y a progrès.
(1) Son Eminence le Cardinal Mathieu : Discours de réception à l'Académie.
Quand on étudie un personnage célèbre, il y a Fa deux manières d’être incomplet. L'une va ur ra 1670 dénaturer : Dieu m'en préserve! L'autre s’en tient à ; marquer de préférence quelques traits choisis et à. laisser le reste dans un demi-jour qui ne saurait “hatt Fr abuser personne, car on ne cache pas ce reste, on ÿ l'indique sans y appuyer. Ainsi ferai-je. C’est mon. 5à droit, plus d'une fois rappelé au cours de ce travail, et j'en réclame plus que jamais le bénéfice. Laissons a . donc aux historiens de l'Église contemporaine et aux biographes de Mgr Dupanloup la tâche de ra conter sa longue lutte, j'allais dire son long duel avec Louis Veuillot, mais surtout ses efforts pour écarter la définition de l’infaillibilité pontificale. Après ce que j'ai écrit de Montalembert et de Louis Veuillot lui-même, personne, j'en suis sür, ne Eee rendra celte réticence pour une adhésion; per-
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sonne, je l'espère du moins, n'y pourra voir une facon détournée d’aggraver le blâme par je ne sais quelle affectation de mystère. Ma pensée est simple etilne m'en coûle pas de la dire en bref. Que le prêtre ait, dès 1844, jugé sincèrement la polémique de l'Univers préjudiciable à la sainte cause; que l'évêque, en 1869 et 1870, ait redouté la définition comme un épouvantail et un obstacle pour certaines âmes : je n'ai ni envie, ni motif d'y contredire. Que, parti de là, il soit allé loin, très loin, dans l’opposition, voire même dans l'offensive : il y suffisait de la chaleur croissante du combat, de l’ardeur impétueuse et dominatrice qui fut le point saillant, le point vulnérable du caractère. Faiblesse humaine. Par un accident malheureux, le zèle même y peut donner prise, et la piété, la plus incontestable piété, n'en sauve pas toujours. C’est une vérité élémentaire qu'elle n’est pas nécessairement infaillible, qu'il lui reste à se défendre des illusions (1). Je n’en dirai pas davantage.
Omettons de même le rôle purement politique de l’évêque après nos désastres de 1870. Non que j'y
(1) Dans le Journal intime de Mgr Dupanloup, publié en extraits par M. l'abbé Branchereau (Téqui, 1902,, les preuves abondent de cette piété par ailleurs si connue. Mais rien d'instructif et de touchant comme les quelques lignes jetées là aux premiers jours du Concile. « Avant tout, désormais, il faut la paix, la prière, la vie intérieure. Jamais je n'ai plus eu besoin de l’esprit de Dieu, de la confiance en Dieu, de l'amour de Dieu. Si l’on ne faisait pas ce qu’on fait par pur amour de Dieu et de l'Eglise, ce serait impossible, etc. » (Rome, 11 décembre 1869, p. 308.) Ni Mgr Pie, ni Mgr Plantier n’eussent écrit autre chose pour leur propre compte. Ainsi l'âme pieuse voit nettement ce qu'il faut faire, et elle veut le faire, et Dieu seul pourrait dire avec quel mélange de lumière divine et d'ombre humaine elle croit le faire jus- . qu'au bout,
trouve rien à reprendre, mais le rôle tient de près à ua problème historique dont la solution m'échappe. Pourquoi la France, lorsqu'elle semblait toucher au port, a-t-elle été repoussée à l’abime? Qui doit en répondre devant l'histoire? Ici les versions se croisent et les hypothèses et les récriminations. Heureux sommes-nous de n'avoir pas à nous jeter dans ce chaos, plus heureux de n'être aucunement obligé à rappeler une troisième fois les divisions entre catholiques. Etudions donc, en Mgr Dupanloup, ce qui lui a mérité, sans conteste, admiration et gratitude, ses services éminents, ses titres litté-
raires un peu moins éminents, peut-être, mais, à
tout prendre, considérables ; voyons ce que lui a dû l'Église et surtout ce qu’elle peut lui devoir encore. La nature de ces études ne nous engage à rien au delà.
On sait sa vie (1). Félix Dupanloup naît en Savoie
(1) Elle a été amplement contée par l'abbé Lagrange, mort évêque de Chartres, admirateur passionné, quelquefois même | collaborateur littéraire de l’illustre évêque. Accusé d’avoir écrit avec son cœur, le biographe répondait fort justement que cela n'empêche pas d'écrire avec sa conscience. Mais la conscience, nous l'avons dit, n'échappe pas toujours à l'illusion. Aussi inclinerions-nous à chercher la note juste entre l'enthousiasme continu de Mgr Lagrange et Les àpres réclamations du chanoine Maynard (Mgr Dupanloup el M. Lagrange son historien, in-8&). Quant à la collaboration dont je parlais tout à l'heure, voici ce que me disait à moimême, en 1817, M. l'abbé Renaudin, supérieur du pelit séminaire de Sainte-Croix, à Orléans : « On ne saura jamuis combien, dans l’œuvre de Mgr Dupanloup, il y a de pages appartenant à l'abbé Lagrange. » Et le digne prètre me contait que souvent, quand Monseigneur avait un travail sur le chantier, il en donnait le thème à son commensal, travaillait en concurrence avec lui, puis confrontait les deux rédactions et adoptait la meilleure. Cette collaboration si intime n'a pu du reste avoir lieu que pendant les dernières années, et, si je la note, c'est qu'elle me semble honorer, avec le talent de
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(1802). S'il est en partie frustré des joies de la famille, au moins a-t-il une mère qu'il entourera jusqu'à la fin de vénération et de tendresse. Parisien dès l'âge de cinq ans, il devient la gloire du petit séminaire, en attendant de le gouverner un jour. Sa. vocation se dessine; son talent, sa piété, sa vive jeunesse ui font, dans l'élite du clergé d'alors, des relations précieuses autant qu'honorables : les Borderies, les Frayssinous, les Quélen, l’abbé duc de Rohan. Prêtre en 1895, il est onze ans vicaire, à la Madeleine d'abord, puis à Saint-Roch. De là, il passe au petit séminaire qu'il dirige pendant huit ans (1837-1845) et qu'il élève à une véritable splendeur. Ecarté de ce poste en raison d'une mésintelligence avec Mgr Affre, il est chanoine de la métropole, grand vicaire de Mgr Sibour, directeur en vogue et méritant de l’être. Mis en vue par tant de travaux et de ministères, notamment par l’assistance donnée à Talleyrand in extremis (1838) (1), mais plus encore par son influence dans la commission extraparlementaire où s’élabore la loi Falloux (1849), il est manifestement désigné pour la mitre. Evêque en 1849, il travaille comme un simple missionnaire à la conversion de la bourgeoisie orléanaise et mène les affaires diocésaines avec son activité coutumière, d'ailleurs mélé à toutes les luttes catholiques et y jouant un fort grand rôle. Député, puis sénateur au commencement de la troisième république, il meurt
l’abbé Lagrange, le désintéressement du prélat qui pouvait bien certainement se passer d'aide.
(1) On a émis des doutes sur la sincérité de cette conversion. De fait, les circonstances en furent singulières, et l’on eût souhaité mieux après une telle vie. L'abbé Dupanloup a-t-il donc été plus ou moins dupe de sa générosité, de son zèle ? Au moins cela n'est-il pas absolument prouvé.
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