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matie, de cette diplomatie fort légitime, qui appuie Sur les espérances et les transforme presque en certitudes, pour leur donner corps et vigueur ? En tout cas, si le diplomate a écrit le titre, l'introduction et quelques autres passages, on s’apercoit vite que le militant ne lui à pas tout à fait cédé la plume; loin de là, on penserait volontiers que le titre est ce qu'il y a de plus pacifique dans l’ouvrage. Lisez le récit de la querelle, depuis le projet de Guizot en 1836, jusqu’au second de Villemain en 1844: vous admirerez l’art où l'écrivain passera maitre, celui de lier les textes et de les mettre loyalement en valeur; mais aussi retrouverez-vous, à propos de Cousin, par exemple, la main sûre et forte du polémiste. Cherchez avec lui qui des catholiques ou de l'Université a causé puis envenimé la querelle : il vous démontrera, toujours avec textes à l'appui, que ce n’est pas à nous d’en répondre ; il accusera hardiment la conspiration universitaire, conspiration défensive tout d'abord puis offensive, et s’il ne dit pas calomnieuse, le mot transparaît entre les lignes, tout le monde le lira. Faut-il écarter le sophisme qui fait le clergé incapable de donner une éducation nationale? C'est plaisir d'entendre l'abbé Dupanloup dire son fait au rapporteur du projet Villemain devant la seconde Chambre, à ce même Thiers avec lequel, en 1849, il sera du dernier bien, mais entre les deux dates une révolution aura passé. Ne vous méprenez donc pas sur ce pacifique. A la facon d'Henri IV, il négocie, l'épée au côté, parfois en main. Mais s'il a beau jeu contre le sophisme de tout à l'heure ; s’il établit sans peine que l’enseignement chrétien, parce qu'il ne veut pas se faire politique,
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est national et patriotique d'autant; c'est chose plus délicate et plus malaisée de réfuter ceux qui le rejettent comme inconciliable avec « le véritable esprit de la révolution française ». Là sans doute, on aura cru trouver sous la plume de l’abbé Dupanoup quelques traits de ce libéralisme inquiétant auquel, vingt ans plus tard, l'évêque d'Orléans donnera des gages. Orje dirai simplement qu'à l’époque où nous sommes (1845) et dans l’ouvrage qui nous occupe, ce grief n’a pas pour lui le bénéfice de l'évidence. Nulle part l’auteur de la Pacificalion religieuse ne semble accorder les mêmes droits à l’erreur et à la vérité. Placé, comme tous les catholiques d’alors, sur le terrain légal et pratique de l’application, de l'hypothèse, il invoque le droit commun, la liberté promise par la Charte. Ainsi faisaient et Montalembert, et Mgr Parisis, et L. Veuillot luimême. Rien n’obligeait alors de proclamer à son de trompe la pure thèse catholique, parce que rien ne la mettait en péril dans la pensée des croyants. Quant à « l'esprit de là révolution française », où en était en 1845 l'opinion modérée, honnête? Elle isolait encore quatre-vingt-neuf de quatre-vingttreize, et la première de ces dates lui rappelait surtout quelques réformes louables, acceptables tout au moins. C’est à cette opinion que l’auteur s’adresse ; pour se faire entendre d'elle, il lui parle son langage, et faudrait-il même s'étonner outre me- ‘ sure qu'il s’abusât comme elle sur ce point? Depuis soixante ans, bien des lumières se sont faites; les ouvrages de Mortimer-Ternaux et de Taine, mais surtout de cruelles analogies, nous ont amenés à mieux voir que quatre-vingt-neuf diffère de quatrevingt-treize précisément comme la fleur du fruit;
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> 7e IGNEUR que« l'esprit de la révolution française, » l'esprit « véritable et fondamental, encore bien qu'ignoré du : grand nombre de ses adeptes, ce fut le droit de … l'homme substitué au droit de Dieu, l'apostasie sociale, l'athéisme social, « la grande entreprise d'anticléricalisme et d'irréligion » qu’avouait naguère avec enthousiasme (novembre 1906) un ministre de la troisième république française. L'abbé Dupanloup était-il tenu de l’apprendre à des adversaires qui n'auraient pas voulu l'en croire? Mais encore lui-même le voyait-il aussi nettement qu'il le verrait aujourd'hui ?
En somme, à part un optimisme quelque peu illusoire, la Pacification religieuse ne dépare nullement les deux Lettres au duc de Broglie, et ces trois opuscules pris ensemble doivent compter parmi les meilleurs de l'écrivain (1). ] | On ne peut, selon moi, le convaincre d’avoir poussé … trop loin dans le troisième, l'esprit de transaction, . de diplomatie. L’a-t-il fait, quatre ans plus tard, à
. propos de la loi Falloux? Autant vaut demander si cette loi, incomplète enrigueur de droit et de logique, était pratiquement tout le possible. Question que j'ai touchée ailleurs (2), et sur laquelle je ne reviendrai pas. L'abbé Dupanloup croyait la loi relativement assez bonne : c'était son droit; il fit beaucoup pour la préparer : ce fut une de ses gloires. Plus que personne, il avait décidé, contraint presque, M. de Falloux à prendre des mains de Louis-Napoléon le
(1) L'optimisme éclate plus encore dans un écrit de 1847: . l'État de la question; mais dans un autre factum de la même année, Du nouveau projel de Loi (Salvandy), le mécompte est visible et le ton redevient belliqueux. - (2) Voir le t. IV de cet ouvrage, p. 228 et 333.
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portefeuille de l’Instruction publique. Membre de la commission extra-parlementaire où s'élabora le projet, il tint tête à Cousin, le défenseur acharné du monopole; par-dessus tout, il convainquit etséduisit Thiers. L'homme d'État, personnellement incrédule, était assez éclairé par les événements, pour vouloir l'instruction primaire toute chrétienne, voire même — c'était l'excès — toute cléricale; mais il restait assez aveugle pour laisser à l'instruction secondaire le triste privilège de la neutralité religieuse et aux Jésuites l'incapacité légale d'enseigner. Avecd aulres catholiques présents, l’abbé Dupanloup tempéra le zèle indigné du néophyte à l'encontre des maîtres d'école sans foi; seul il eut l'honneur de l’amener à tolérer, à défendre même, la liberté d'enseignement secondaire pour tous, les Jésuites y compris. On a cru pouvoir lui contester ce beau rôle et révoquer en doute les procès-verbaux de la commission (1); mais, faute d’une preuve, d'un commencement même de preuve, je ne me sens ni le droit de soupconner une falsification dans les pièces, ni le goût de chicaner la reconnaissance que doivent au prêtre illustre les catholiques et les Jésuites en particulier. Si, parmi les divisions dont je ne referai pas l’histoire, l’évêque d'Orléans les a mis dans la pénible nécessité de ne pas le suivre toujours, l'abbé Dupanloup n'en reste pas moins l'homme qui a le plus contribué à leur permettre de travailler pendant trente ans au bien de la jeunesse francaise. Le P. de Ravignan, le P. Roothaan en personne lui-en disaient alors leur profonde gratilude. Après cinquante ans, rien ne doit l’éteindre, puisque rien n’en supprimera jamais le motif.
(1) Eugène Veuillot : Louis Veuillot. ;
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Pendant son épiscopat, Mer Dupanloup intervint encore à trois reprises dans les questions d'enseignement public. Au début, il maintint fort justement, contre l'abbé Gaume et l'Univers, l'usage prudent des classiques païens dans la pédagogie chrétienne. Mais nous touchons ici à l'une des phases de sa longue querelle avec L. Veuillot, et nous nous sommes promis de n’en rien dire (4). Pour un tout autre motif, nous remettrons à la troisième partie de cette étude le souvenir de sa belle campagne contre le coup d'État ministériel qui préparait de loin la créalion des lycées de filles (4867). Elle appartient moins peut-être à l'éducateur émérite qu'au vigilant dénonciateur des entreprises de la libre pensée contre la foi. Rappelons donc seulement et d’un mot le dernier triomphe législatif de la liberté d'enseignement aujourd’hui en perdition, la loi de 1875, d'où naquirent nos universités catholiques. Député du Loiret, Mgr Dupanloup prit jusqu’à huit fois la parole, et c'est justice de lui attribuer la meilleure part dans cette conquête si- vite amoindrie d’ailleurs. Ainsi couronnait-il glorieusement son œuvre de 1849.
Mais avant de quitter ce terrain de ses victoires, il reste d'examiner en bref ce qu on pourrait nommer sa stratégie de maître chrétien, les six volumes où il a consigné, je n'oserai dire condensé, sa doctrine sur l'Éducalion en général, puis sur la Haute éducation intellectuelle. D'aucuns ont vu là son œuvre capitale, et de grand cœur je voudrais la louer sans restriction. Mais au risque de surprendre, d’indigner
(1) L'essentiel, du reste, a été dit a propos de Veuillot, et nous n'avons pu donner raison au grand journaliste. T. [V de nos fsquisses p. 333 et 33%.
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peut-être, il faut bien avoir le courage de s’avouer que l'exécution ne répond pas à l'excellence des principes, à la hauteur de l'inspiration première. Exécution beaucoup trop hâtive, cela saute aux yeux. Commencée en 1850, poursuivie à travers les préoccupations multiples de l’épiscopat, elle laisse trop voir une précipitation deux fois regrettable; la forme en souffre partout et, cà et là, le fond même. Le vénérable auteur ne s'est pas donné le temps d'être court; les redites sont infinies, le ton trop constamment oratoire. Nombre de chapitres ont l'allure abandonnée et flottante de la conférence, de l'improvisation. Les souvenirs personnels abondent, agréables parfois autant qu'instructifs, mais pourquoi si continuellement et si naïvement personnels? La pensée même eût gagné beaucoup à une élaboration plus lente, plus réfléchie. Dans ce long ouvrage, rien de bon comme les parties plutôt techniques, les parties de détail et de métier. S'agit-il des généralités, des principes? Là même où ce beau talent pouvait le mieux s’espacer el prendre l'essor, il montre, osons le dire, ses lacunes plus que ses ressources : trop peu philosophe d'ordinaire, vague et imprécis par endroits, emporté souvent par l'imagination oratoire, prenant pour lumière des lueurs. incomplètes qu'il accepte de confiance et poursuit d'enthousiasme. Ainsi, après s'être longuement travaillé à définir l'autorité, en donnera-t-il finalement une notion qui n’est pas la vraie (1); ainsi voudrait-
(4) De l'Éducation, t. IL, 1. I, chap. II. Trop confiant aux révélations, d'ailleurs précieuses, de l’étymologie, Mgr Dupanloup veut que laulorité soit, par essence, le droit de l’auleur. À coup sûr, l’auteur a sur son ouvrage un‘droit essentiel; mais ce droit n'est pas toujours l'autorité, laquelle ne