‹ Dix-neuvième siècleChapitre 24 sur 63 · LE · texte numérisé non relu

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de l’auteur et devant se retrouver, plus saillante encore, s'il est possible, dans tous les écrits D vont suivre.

Trois mois après la Protestalion, le complot révolutionnaire se déclare; un factum alors célèbre, le Pape et le Congrès, réduit déjà le domaine pontifical à Rome et aux jardins du Vatican. « Cette brochure, c’est l'enfer », dit l'évêque à ses familiers, et, dans la seule journée de Noël, il improvise une première Letlre à un catholique (1). En la terminant, il somme l’auteur anonyme de lever son masque, ayant, par ailleurs, pleine conscience d'atteindre, sous ce masque, le prince Jérôme Napoléon. Un mois après, c'est le visage même du souverain qui se montre. Napoléon II laisse protester par l'Italie toutes ses paroles antérieures; il conseille assez piteusementau Souverain Pontife l'abandon volontaire des Romagnes. De là, une seconde lettre de l'évêque, bien moins vive et polémique, mais grave, triste et d'autant plus accablante pour l’impérial avocat du fait accompli (2). Ainsi le militant sait se contenir, garder le tact et le respect, alors même qu'on les lui rend moins faciles.

Triste condition d'un prince bon par nature, mais engagé dans une voie déplorable et mettant la France à la remorque d’une ambition étrangère qui lui doit tout. Il commence de tourner contre lui les catholiques, si complaisants jusqu’à cette heure. Il laisse ses ministres frapper d'une sorte d’ostracisme les quelques prélats assez courageux pour plaider

(1) Première lettre à un catholique sur la br porte le Pape el le Congrès (décembre 1859).

(2) Seconde lettre à un catholique, sur le Lénentr dont les Elals pontificaux sont menacés (janvier 1860).

son honneur personnel et l'intérêt même de sa dynastie (1), avec les droits supérieurs qu’il n’a pas le courage de défendre. Il laisse les officieux subalternes préparer des triomphes à ces mêmes évêques en leur cherchant des querelles misérables. Le Siècle — c'était alors comme le moniteur officiel de la libre pensée vulgaire — s'avise d’opposer à Mgr Dupanloup deux de ses prédécesseurs, gens éclairés, vertueux, sages, qui sous le premier empire, ont fait bon marché du Pouvoir temporel. Le prélat n'hésite pas; pour l'honneur même de l'épiscopat, il met à nu ces deux personnalités, ces deux nullités d’esprit et de caractère. Mais voilà qu'on leur découvre des héritiers et que l'affaire devient affaire de famille. Attaqué en diffamation, Mgr Dupanloup comparait en personne au prétoireet, après une de ces improvisations où il était passé maître, il en sort plus que jamais populaire (mars 1860).

Et pourtant rien n'arrêtait le cours des choses. En septembre, la petite armée pontificale était accablée à Castelfidardo ; les Marches et l’Ombrie s’ajoutaient ainsi comme deux fleurons à lacouronnepiémontaise. Dans une éloquente oraison funèbre (9 octobre), Mgr Dupanloup plaignit les vainqueurs et glorifia les vaincus, héros et martyrs de l'honneur autant que :

(1) Les fonctionnaires locaux eurent ordre d'interrompre avec l'évêché les relations de politesse ordinaire. Cette excommunication civile atteignait Nos Seigneurs de Poitiers, de Moulins, de Nîmes, d'Orléans. Pour ce dernier, elle fut levée au bout de deux ans d’une facon assez étrange. À Rome, où Pie IX avait réuni grand nombre d'évêques de tous pays, Mgr Dupanloup fit écarter de leur adresse collective au Pape quelques paroles sévères pour la France. On s’avisa de l’en remercier ; on affecta de le donner comme réconcilié avec l'Empire. De fait, il ne se réconciliait pas plus en 1862, qu'il ne s'était brouillé en 1859. La suite le fit bien voir.

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de la foi. L'honneur et la foi! Si le mot ne rendait un son trop profane, on dirait voilà ses deux muses. Voilà du moins les deux sources d’où l'inspiration jaillit intarissable.

Mais il faut renoncer à le suivre, à dénombrer même tous ses écrits. Saluons du moins au passage les plus éclatants. La Lettre à M. de la Guéronnière en réponse à sa brochure, Rome, la France et l'Italie, (4861) est peut-être le chef-d'œuvre du polémiste. Aux qualités ordinaires de dialectique, de force, d'entrain, de vie, d’ironie fière et courtoise, elle joint un mérite de composition, de proportion, d'unité qui la met hors de pair. Libre à l'évêque de marquer sa répugnance pour le métier de brochurier, de journaliste. Il parle sincèrement, qui en doute ? N'y a-t-il pas là une ombre de dérogation à la dignité épiscopale ? Dérogation nécessaire, il est vrai, les circonstances étant données, et je ne puis me défendre de croire que sa nature s’y résigne sans trop de peine : elle est si bien douée pour ce rôle ! Du reste, le fond égale ici la forme. Dans cette lettre à la Guéronnière, l'unité italienne. apparaît « mère très prochaine et très menacante de l'unité allemande » : — était-ce assez vrai ? Mais cette unité même, comment se fait-elle ? Voici, contre les agissements du Piémont, la première esquisse d’un réquisitoire qui va se continuer et s'enrichir dans l'Encyclique et la Convention du 15 septembre (1864), dans l'A fhéisme et le péril social (1866). Réquisitoire accablant par la précision des griefs, par l'énumération complète, implacable. Journaliste de tempéramentet malgré lui tout ensemble, l'évêque d'Orléans n'eüt pas été moins redoutable dans les fonctions d'avocat général. Au reste, c’est de l’histoire pure, de

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J'histoire condensée, concentrée, avec une force d’accumulation capable de. soulever des montagnes, montagnes d'oubli et d'indolence. Ne faisons pas de politique, de prophétie encore moins, Dieu a ses se-

crets, il peut permettre bien des choses. J’ignore donc profondément l'avenir de l'Italie unifiée, mais je sais l'histoire de ses origines et que ni la probité ni la gloire n’ont veillé sur son berceau. En rigueur et dans l'absolu, le temps peut régulariser, légitimer des situations faites par le crime. L'ancienne Rome est née d'un fratricide, et, après des siècles, Dieu lui a donné l'empire du monde, « comme un présent de vil prix », dit Bossuet. Mais rien n’efface le crime originel; rien n’en absout les auteurs, les complices : qu'y peuvent les mensonges officiels et devenus, pour un temps, classiques, les statues, les apothéoses? À tout jamais, devant l'histoire honnête, les Cavour, les Cialdini, les Palmerston seront tout autre chose que d'honnèêtes gens. Or, cette histoire vraie, qui, tôt ou tard, ale dernier mot, l’évêque d'Orléans l’a résumée et burinée en quelques pages qui sont mieux que son chef-d'œuvre personnel, car elles peuvent compter parmi les plus étincelantes de la littérature contemporaine. Qui les relira, s’il n'a point le malheur d’être sectaire, ne pourra se défendre de vibrer-à l'unisson de l'écrivain. Dans la

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