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af (4) A Angoulême, où le Cardinal venait de mourir subite- ment le 18 mai 1880. >
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e . nd 2 it +, 106 DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
Sa formation, ses débuts. — L'abbé Lecomte et Mgr Clauzel de Montals. — Comment tout préparait en lui le champion, le docteur du surnaturel. — Aspect et formes caractéristiques de son enseignement, — Par où il est assuré de vivre.
Sa vie a été racontée par un maître (1). N'essayons même pas de la résumer; rappelons seulement par quelles voies Dieu l'achemina vers son grand rôle.
L'homme qui, dans notre France contemporaine, devait honorer si fort l'épiscopat, la pourpre même, frayer, sans gêne comme sans prétention, avec les sommités d ici-bas, porter en tout l'allure grande et simple d'un prince, était né à Pontgouin près Chartres, dans une échoppe d’artisan (26 septembre 1815). Son père mourut vite. Sa mère lui restait,
: pauvre, endettée, mais femme de sens, de courage et de foi. Un moment réduite à entrer en service, elle fut, plus tard et jusqu'à la fin, commensale de ce fils ainé dont elle avait héroïquement secondé la vocation très précoce. Quand on l'eut désigné pour l’épiscopat, des officieux s’'inquiétèrent de ce que pourrait bien être dans un palais l’ancienne servante, la veuve d'un cordonnier de village. « Elle y sera la mère de l’évêque », répondit-il. De fait, elle y vécut vingt-sept ans et ne donna lieu à personne de l'y trouver déplacée. Morte, on lui mettra au cou un
(1) Mgr Baunard : Histoire du Cardinal Pie, évéque de Poitiers. Oudin, 1886, 2 in-8e,
. =5e8 une croix rapportée pour elle ee rien par le comte de Chambord. Elle aura son oraison funèbre, un petit chef-d'œuvre de simplicité grave et touchante (1). N’était-il pas juste qu’un rayon de la gloire filiale tombât sur l’humble femme qui l'avait par avance payée si cher?
Louis-Édouard Pie eut, à ses débuts, un autre bonheur : deux hommes diversement éminents le marquèrent de leur empreinte, le premier surtout, Ce fut l'abbé Lecomte, un de ces prêtres absolument hors de pair, mais maintenus au second rang par la Providence et par leur humilité personnelle, car celui-là devait refuser trois fois l’épiscopat. Il connut
et distingua Édouard dès l’enfance. Plus tard, curé dela cathédrale de Chartres et tandis que le jeune homme étudiait encore à Saint-Sulpice,’ il l’obtint d'avance pour vicaire, mais ne le garda que cinq ans (1839-1844). Sans le lui enlever tout à fait, un autre protecteur le réclamait d'autorité, le chef même du diocèse, un prélat gentilhomme, ardent champion de la liberté d'enseignement, redoutable polémiste, lettré de bonne marque et de goût sévère : Mgr Clauzel de Montals. A trente ans, le vicaire de la cathédrale entra dans l'administration diocésaine, et, malgré quelques susceptibilités inévitables, l'opinion locale ne trouva pas cet honneur prématuré. En
zèle, par sa doctrine déjà étendue et solide, par son
talent oratoire, par son esprit et l'agrément de son commerce, par cette élégance innée qui étonne et ravit quand on se rappelle d'où il sort.
(1) Mgr Pie : Œuvres, t. IX, p. 518.
cinq ans, le jeune prêtre l'avait conquise par son
A l'évêché, l'abbé Pie apprit, avec la science du gouvernement, l’ardeur aux grandes luttes catholiques ; il put sans doute achever d'y polir la noble simplicité de ses manières; peut-être même prit-il là, au contact de l’ancien aumônier de la Dauphine (4), un attachement, désormais inviolable, à la vieille tradition monarchique. Mais si l'abbé Lecomte n'était plus son supérieur, il restait son vrai maître et le père de son âme. Eut-il à le préserver du gallicanisme, très anodin et très inconséquent du reste, que professait, à ses heures, le bon et impétueux prélat? La chose est peu probable, car dès le séminaire, on avait entendu le jeune homme soutenir contre ses professeurs l’infaillibilité pontificale. En tout cas, il le défendit victorieusement contre l'ivresse du succès ; il ne cessa de le pousser dans les voies les plus purement orthodoxes et les plus hautement sacerdotales. Évêque nommé, Mgr Pie sollicita encore ses conseils, et, quand mourra le saint prêtre (1850), son disciple écrira : « Il a été toujours pour moi un être à part... Je n'ai jamais connu un pareil cœur, ni une pareille intelligence. J'ai un peu vu les hommes qu on appelle éminents ; il les dépassait tous par quelque endroit (2). »
Cet homme de Dieu avait compris dès l’abord le grand avenir de l'abbé Pie, Le voyant promu de si bonne heure à l'emploi de vicaire général, il disait : « On va nous Fenlever d'ici à quatre ou cinq ans, pour en faire un évêque. » Pressentiment ou prophétie : avant les cinq ans révolus, ce fut réalité (3).
(1) La duchesse d'Angoulême, fille de Louis XVI.
(2) Lettre à M. Lecomte, frère du défunt, citée par Mgr Baunard, t. I, p. 329.
(3) On conte que, de son côté, Mgr Clauzel de Montals lui
voir par trois évêques
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Depuis Pins admiré à Chartres, déjà connu au dehors par quelques prédications éclatantes (1), le second de Mgr Clauzel de Montals n'avait que trentequatre ans lorsqu'il fut désigné à l’attention du pouà la fois. Malgré ses résistances, M. de Falloux, ministre des cultes, le nomma d'autorité; Pie IX, encore en exil, lui donna, en même temps qu’à l'abbé Dupanloup, l'institution canonique, et cet acte pontifical qui, au regard de la juridiction, le faisait vraiment évêque, l'abbé Pie l'apprit tout d'abord par un billet fraternel de son futur collègue d'Orléans. Rencontre touchante, ou piquante, de ces deux hommes supérieurs qui ne devaient point suivre en tout les mêmes voies. Le 8 décembre 1849, sous les auspices de Marie Immaculée, le jeune prélat entrait solennellement dans sa ville épiscopale.
Qu'y apportait-il? Que lui avait donné sa formation providentielle? Le marquer nettement, c’est, par avance, résumer sa vie, en prédire la belle et forte unité. Qui lira ses discours de jeunesse aura tôt vu que l’évêque était dans le prêtre et le prêtre dans le séminariste, on oserait presque dire, le séminariste dans l'enfant.
Tout d’abord, il savait sa religion. Je m'explique. De bonne heure, il l'avait assez bien sue pour entendre qu'une existence entière ne suffit pas à l’approfondir. De là, cet opiniâtre et amoureux labeur par lequel il ira la pénétrant chaque jour davantage. Évêque, il sera de ceux qui n'ont jamais aurait dit un jour sur un ton de gronderie paternelle : « L'abbé Pie ! l'abbé Pie! Vous serez évêque, mon ami. Je ne veux pas d’un grand vicaire qui ait plus d'esprit que moi. »
(1) Notamment le panégyrique de Jeanne d’Arc, à Orléans
(8 mai 1844) et celui de saint Louis, à Blois (1841) puis à Versailles (1848).