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L'œuvre pastorale, quatre aspects : — I. La lutte doctrinale en faveur du surnaturel. Les trois Instruclions synodales sur les principales erreurs du temps présent. — Il. La « Question Romaine. » — L’évêque militant, docteur et juge. — Il]. Les désastres de la France. Consolations et forces cherchées dans l’enseignement du surnaturel. — IV. Lutte pour l'intégrité absolue de la doctrine. — Les dissensions entre catholiques. — Mgr Pie au Concile du Vatican : grand rôle, mesure et patience.
Parlant de sa formation providentielle, nous avons dit par avance l'esprit général et comme la note dominante de son ministère : l’enseignement, l’enseignement du surnaturel. Or, le détail serait infini. On a parlé du « fleuve de doctrine » que l'Évêque de Poitiers a déversé pendant trente ans sur l'Église de France (1). Heureux qui en descendrait à loisir le cours entier ! Il faut nous réduire à noter hâtivement quelques aspects, j'allais dire à photographier quelques sites.
Ne suivons donc pas le jeune prélat dans ses débuts tout apostoliques, dans ses efforts pour ramener à Dieu la bourgeoisie poitevine, tout comme faisait, à la même heure, pour la bourgeoisie orléanaise, Mgr Dupanloup. La situation religieuse était belle alors et toute brillante d'espérance; elle devait bientôt s'assombrir. Le coup d'État ayant comprimé le socialisme, les velléités chrétiennes de plusieurs s’en allaient avec la crainte. L'Empire naissant ayant cru bien faire de détourner l'activité nationale vers le
(1) Le mot est de Mgr Baunard, dans la Vie de la vénérable Mère Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur.
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commerce et l'industrie, on se ruait de toutes parts à la fortune, au luxe, au plaisir. La religion n'était plus guère, à certains yeux, qu’un instrument de règne, une garantie de sécurité matérielle (1). On se rendormait dans cet ordre tout extérieur, dans cette fausse paix si funeste, depuis quarante ans, à l’âme de la France (2). Le naturalisme, un moment déconcerté, redevenait la loi pratique de la vie. En même temps, le rationalisme éclectique, père légitime des théories antisociales vaincues hier dans les faits, se croyait quitte pour renier son lignage et envelopper d’élégante hypocrisie sa vieille négation du surnaturel. Les corps savants recommencaient à lui sourire; l’Académie couronnait ex æquo la Connaissance de Dieu par le P. Gratry et le Devoir par Jules Simon, code tout purement philosophique de « ces vertus dont l'enfer est plein (3). » Ainsi donc on en était encore, ou l'on revenait à ce déplorable système de bascule, à ce libéralisme doctrinal qui n’est que scepticisme et impuissance, toujours injurieux au vrai, toujours profitable au faux. Pauvre société enveloppée dans ses volontaires contradictions, « Ja plume en main pour enseigner toujours les mêmes principes, l'arme au bras pour en exterminer les conséquences (4). » Qui l’éclairera, sinon les évéques? Et comment l'éclairer, que par l'incessante affirmation du surnaturel précis, complet, obligatoire, du règne de Dieu sur les âmes par Jésus-Christ?
.(L) Mgr Pie, t. I, p. 607.
(ZT IT; p 467.
(3) Cette citation de Bossuet valut à Mgr Pie, de la part de quelques honnêtes catholiques, une leçon de modération et de tolérance, En réponse, ils eurent bientôt une leçon de catéchisme qui leur ôta l'envie d’insister. (T. II, p. 371.)
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Tout ramène donc l'Évêque docteur à ce point central et décisif. Par exemple, que la définition dogmatique de l’Immaculée Conception soit un triomphe pour la piété, un gage de salut pour le monde, il le dit en un magnifique langage; mais il n'oublie pas d’y montrer la solennelle affirmation de la déchéance originelle, de cette vérité que le naluralisme a nécessairement en horreur (1). Chaque Saint dont il entreprend l'éloge nous apporte une lecon analogue. Theudosie, la martyre amiénoise, est le type de la femme chrétienne, seule éclairée, seule raisonnable, parce qu’elle garde l’idée du surnaturel effacée du cœur de l’homme (2). Les vertus de Germaine Cousin marquent « le triomphe de la vraie sagesse et de la vraie science étudiées aux pieds du Crucifix, » tout comme nos crimes et nos malheurs, celui de la fausse science et de la fausse philosophie (3). Et Benoît Joseph Labre, le pèlerin du dix-huitième siècle, le vagabond qui, un jour ou l’autre, a bien pu être éclaboussé sur quelque grand chemin par le carrosse de Voltaire, qu'aura-t-il fait en ce monde, qu’opposer à l'orgueil naturaliste le vivant défi de la dignité surnaturelle (4)? Il suffit. Avec un don merveilleux d’appropriation et dàpropos, Mgr Pie ramène partout la doctrine maïtresse. Je dis mal : elle est partout, mais tout le monde ne sait pas l'y voir avec ce coup d'œil.
Exposer le surnaturel : tâche très noble, très
(1) Homélie du 8 décembre 1854, Lettre pastorale pour le Carême de 1855,
(2) Eloge de sainte Theudosie, Amiens, 13 octobre 1853, RUES UT È @) Eloge de sainte Germaine Cousin. Pibrac, 23 juillet 1854, AN p-1097 :
(4) Panégyrique… Arras, 18 juillet 1860, t. III, p. 641.
Ho et Fr
LE CARDINAL PIE 119 douce, déjà récompensée, pourrait-on dire, par la double joie de voir cette lumière et de la répandre. Quant à discuter et à combattre, d’où nous en viendrait le goût? Possesseurs du vrai, nous attendons plus volontiers qu’on nous attaque dans cette possession paisible et forte. Moins que personne, l'évêque est tenté d'escrime aventureuse ; juge de la foi, on le conçoit mieux sur les hauteurs, d’où il surveille et dirige, que dans la plaine et parmi les poussières de la mêlée. J'en demande pardon aux libre-penseurs, journalistes, brochuriers, faiseurs de livres : il y a quelque effort, quelque mérite, à quitter, pour leur donner audience, les régions sereines où l'on converse avec les génies de l'antiquité ecclésiastique et avec l’esprit même de Dieu. Au moins en conviendra-t-on sans peine : un pasteur d'âmes qui se connaît ne risque pas sans motifs graves et sa tranquillité personnelle, et « cette re- - nommée de tolérance, de conciliation, cette réputation d’esprit pratique et expérimenté, que les oracles de l'opinion, Les oracles du goût et des convenances, les princes de la science et de la politique, ne refuseraient peut-être pas de lui faire (1). » Pourquoi Mgr Pie la risqua-t-il? C'est qu'il craignit « l’ana-
thème lancé contre les lâches prophètes, coupables :
de crier la paix là où n’était pas la paix (2). »
Ainsi s’en expliquait-il devant ses prêtres, au début de sa Première /nstruction synodale sur les principales erreurs du temps présent (1855). Deux autres devaient suivre (3). Les trois réunies mon-
(1) Mgr Pie, t, IT, p. 342.
(2) Ibidem.
(3) La seconde, dès 1856; la troisième, répartie entre les |
deux retraites pastorales de 162 et 1863.
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