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trentexcellemmentl'Évêque dans cette part éminente de son rôle, qui consiste à juger de haut les mensonges en crédit (1).
(1) Le temps nous manque pour une étude bien intéressante, celle des relations publiques de Mgr Pie avec sonclergé. Nous en prendrions l’idée dans les entretiens synodaux, dans les homélies fidèlement renouvelées à chaque anniversaire de la consécration épiscopale. Tout s’y rencontre: épanchements douloureux, encouragements paternels, corrections charitables mais loyales. C’est l'instruction avec son ampleur; c'est le jugement avec sa fermeté; c'est la causerie avec son abandon; c’est l'élan du cœur avec tout ce qu'il peut donner parfois de grâce et même de poésie. Et quelles lecons de prudence en même temps que de zèle! Hauts et difficiles problèmes de conduite, détails familiers de tenue, voire même de costume ecclésiastique, tout se trouve touché d’une main délicate et sûre. J'imagine que beaucoup d'hommes du monde marcheraient d'étonnement en étonnement s'ils voulaient bien lire ces confidences et directions épiscopales. N'en doutons point d’ailleurs : moins remarquées peut-être à leur apparition, elles recevront du temps une valeur toujours croissante. L'histoire y viendra prendre sur le vif l’exacte physionomie du clergé français, et tout ensemble les traits immuables du gouvernement honnête, doux et fort de l’ Église. Oui, voilà bien l'Église, le clergé, tel qu'il était il y a un demi-siècle. Par- dessus tout, voilà l'Évêque, le voilà plus manifeste et pour ainsi dire plus complet que dans les parties moins intimes et plus retentissantes de son ministère : gardien très instruit, très vigilant et très jaloux de la législation ecclésiastique et des traditions locales; connaissant les prérogatives de son ordre et les défendant avec une fidélité généreuse, aussi incapable d’abdiquer par je ne sais quelle complaisance, que dévoué de cœur et d'âme à la suprématie du Vicaire de Jésus-Christ; mêlé aux choses humaines, comme l'Église même que le naturalisme s'efforce en vain d'en séparer, mais n'y.entrant qu'avec elle et pour elle, sans goût d’ingérence indiscrète, comme sans mollesse devant les appels du devoir; enseignant de plein droit, au nom de son autorité propre, mais heureux surtout de prêter sa voix aux enseignements du Pasteur universel, et de les faire passer à la foule par l'entremise des pasteurs secondaires. Ainsi, dans ces communications synodales en particulier, on suit des yeux la marche de la doctrine descendant du chef aux membres ; on touche de la main la chaîne de la hiérarchie enseignante:
Par une Encyclique du 9 décembre 1854, Pie IX avait condamné les premiers attentats du Piémont contre la propriété ecclésiastique. La première Synodale convainc de folie les conservateurs propriétaires qui trouvent à leur gré ces spoliations sacrilèges. Le Pape avait rabattu l’orgueil de la philosophie se targuant de suffire, autant et mieux que la religion, au bonheur de l’homme. L'Évêque la poursuit à son tour sur le terrain de la doctrine et des actes.
En doctrine, c’est le vieil éclectisme, essayant de faire peau neuve; c'est Cousin, s'interrompant de portraiturer les belles dames de la Fronde, pour se résumer, comme philosophe, dans son livre Du vrai, du beau et du bien. Ce livre, Mgr Pie le voudrait condamné à Rome; d’autres sollicitent l’indulgence, escomptant, au bénéfice de l’auteur, quelques vagues espérances de retour. Dieu aura récompensé, je n'en doute pas, leur intention charitable, mais je m'assure qu'il n’aura point gourmandé l'évêque de Poïitiers, comme jadis les deux Apôtres qui voulaient faire descendre le feu du ciel. Les indulgents plaidaient, et de leur point de vue, les intérêts éventuels d'une âme; lui regardait, par-dessus tout, le droit suprême de la vérité, mais encore le péril de beaueoup d’autres âmes trop peu attentives à l'hypocrisie des publications nouvelles. Dans la Synodale, en tout cas, il se doit de la dénoncer. On jure qu'on respecte le surnaturel, qu'on ne l’atteint pas, qu'on se renferme dans un tout autre domaine, celui de la philosophie pure. Or, qui ne voit là une négation implicite? Le surnaturel n’est pas tout, mais, s’il est quelque chose, il touche à tout, à tout ce qui intéresse la destinée de l’âme, s'entend; il se mêle à
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DIX-NEUVIÈME SIÈCLE tout, il domine tout, la philosophie comme le reste.
Est-il vrai d’ailleurs qu'on ne l’atteigne pas en philosophant à côté de lui? Non, car on le traite poliment de mysticisme. Et pourquoi? Parce que, entre Dieu et l’homme, il suppose un médiateur autre que la raison; parce qu'il fait de Dieu l’objet direct de l'amour; parce qu’il estime la sainteté réalisable dès ce monde. Voilà bien l'attaque ouverte, la négation formelle. Que parle-t-on de paix, de respect? Les respects mentent, la paix trahit. C'est la guerre qui continue entre Jésus-Christ et la déesse Raison.
Guerre en philosophie spéculative, guerre en morale pratique; après Cousin, Jules Simon et ses pareils. A leur gré, le devoir n’a d’autre base que la nature ; au moins en est-ce bien assez pour les âmes d'élite. Au vulgaire donc, le secours grossier des symboles, d'une morale révélée, religieuse ; à nous et à nos amis, le privilège de nous en passer, de nous en tenir à la nature, de récuser pour notre usage propre tout système de morale et de religion qui
rétendrait l'élever au-dessus d'elle-même. qui l’esti-- : €
merait impuissante à remplir par elle-même sa destinée. 0 morgue naïve de ces égalitaires, de ces humanitaires! D'ailleurs, outrage à la souveraineté de Dieu. Si, en fait, il propose le surnaturel à la liberté humaine, en droit, il l’impose à tous sans acception de personne. Outrage au sang de Jésus-Christ ; il a coulé pour tous, on n'est pas maître de le prendre ou de le laisser avec ce nonchaloir superbe. Mensonge à la condition vraie de l'homme déchu, blessé dans sa nature, impuissant, de fait, à rester homme s’il n'accepte la main de Dieu pour monter plus haut que l'homme. Et ne dites pas que vous vous préoc-