AVANT-PROPOS AUS
core. Nous n'éludierons qu'un poète, Victor de Laprade; et certes. qui pourrait dresser l'inventaire exact de nos richesses en ce genre devrait enregistrer d'autres noms, saluer d’autres muses, muses modestes, muses de province, mais qui valent ou dépassent = nombre de leurs sœurs parisiennes. — Ce serait le boulanger de Nimes, Jean Reboul, dont on ne cite plus qu'une élégie, assez ordinaire du reste, oubliant
ses œuvres, imparfailes cà el là mais nobles et fortes.
Lù viendraient encore le pou de Rennes, Edouard
Durquéty, moins pâle qu'on n'aime à le dire, partout religieux et pur; — le poète de Marseille, Joseph Autran, chrétien dans l’ensemble et malgré quelques légèretés d'accent; — le poèle de Nantes, Emile Grimaud, catholique et vendéen d'esprit comme de cœur; — le . pole de Rochefort, M. Georges Gourdon, un peu … court de souffle, et d'abord, lui aussi, un peu juvénile . -(Les Villageoises), mais dont le talent, plutôt gra-
cieux, s'élève el s'affermit quand il s'agit du Sang de Me
France versé à loutes les époques, sous lous les cieux …èt pour toutes les nobles causes. — On souffre de laisser dans le vestibule tant de fiqures quimériteraient les honneurs de la galerie; on en a même quelque honte, alors que, pour faire imaginer au moins un peu les égarements de la poésie moderne, il a fallu donner place à la physionomie répugnante d'un Baudelaire et à la grimace folle d'un Mallarmé.
D'ailleurs l'historien que je n'ai jamais prétendu + être, lecritiqueplus libreque moi de s'espacer, n'échap- peraient pas eux-mêmes au risque de commeltre quelques injustices matérielles: Combien les réputalions
x AVANT-PROPOS
sont chose étrange et capricieuse ! Comment marquer le degré précis où un poète devient digne de survivre? Comment garantir la survivance au plus digne, s'il a surtout, devant l'opinion courante, le tort d'être religieux et chaste? J'en sais de lels qui n'obtiendront jamais qu'une publicité mesquine ; j'en sais d'autres, et nullement méprisables, qui ne trouveront jamais un éditeur. Il faut se résigner à l’inévitable, el vorci pour nous en consoler peut-être. L'art étant une si noble créature de Dieu, on ne voil quère pourquot il périrait avec le monde, pourquoi il n'y aurait pas, à la sanction près, une sorle de Jugement dernier pour les écrits comme pour les actes, pour les talents comme pour les consciences. Ne convient-il pas que, même
dans cet ordre de choses, les erreurs soient finalement
confondues et les torts redressés?
Le lecteur m'excusera, je l'espère, de donner pour avant-propos à ce dernier volume une liste de mes omissions forcées. M’'en reprochera-t-il encore une? Se plaindra-t-il de ne pas trouver, ici même ou sur la
fin, une manière d'épiloque à l'ouvrage entier, un ta-
bleau abrégé « du mouvement littéraire » pendant le dix-neuvième siècle? Je prendrais la liberté de répondre : à quoi bon? Ce tableau existe déjà, en trois ou quatre fragments que chacun est maîlre de revoir et d'assembler (1). Que servirait d'en donner le raccourci, la miniature? Y pourrions-nous ajouter quelques traits neufs? 3 Un seul peut-être, et consolant. S'il n'est pas mort,
(4) Voir t. 1, p. 35 et suiv.; — t. IT, p. 1 et suiv.; — t. Il, p.let suiv.; — t&. IV, p. 155 et suiv. ;
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