M RS POLITIQUES
Ja force inconfusible, la longueur de courage, si on lose dire, l’obstination à la lutte sans espoir. Nobles qualités. On les admire en plus d’un autre, et nous les avons louées, par exemple, en Mgr Freppel. « Oui, mais il y a la manière »; ce mot final d'une pièce connue vient ici fort à propos (1). Entrons donc plus avant, s'il se peut, dans la manière de l’orateur
gentilhomme, c’est toucher respectueusement à sou
âme : en s’affirmant dans son œuvre, elle nous en
donne le droit.
Ame élevée au premier chef et de toutes facons ; âme chaude, vibrante, ouverte aux beaux enthou-
siasmes, capable de poésie souvent, de mélancolie
même çà et là; âme fière mais délicate, où l'énergie s'enveloppe volontiers de bonne grâce, d’une sorte de douceur élégante, qui certes ne l’amollit point. Là serait peut-être la note absolument distinctive, originale, encore sensible, ou du moins toute voisine, alors même que le sujet amène l'ironie ou commande la sévérité. Bien des discours tournent comme invinciblement au réquisitoire, à la Catilinaire. De quelle vigueur le comte de Mun proteste
contre la suppression des prières publiques à l’ou-
verture des sessions législatives (13 août 1884); — contre l'hostilité sournoise qui émiette peu à peu le
budget des cultes et détruit le Concordat pièce à.
pièce (10 décembre 1884, 10 mars 1885); — contre la « désaffectation » de l’église Sainte-Geneviève, à l'occasion des funérailles païennes de Victor Hugo (23 et 28 mai 1885); — contre les exploits meurtriers de la police forcant l'usine et la chapelle de Chateauvillain (13 août 1886); — contre la laïcisation de
(1) Le prince d'Aurec, comédie de Henri Lavedan.
l'enseignement primaire (26 octobre 1886)! Plus d’un persécuteur doit passer de cruels moments sous la verge ou l'épée du soldat : le ministre Goblet, par exemple, mais surtout Jules Ferry, lorsque, le 8 juin 1889, après quatre ans de silence, il reparaît à la tribune pour glorifier son œuvre scolaire et se donner du même coup je ne sais quelle pose de conciliateur et de pacificateur. Jamais homme ne sera plus superbement exécuté, accablé, aplati (1). Mais prenez-y garde : vous entendez l'indignation dans toute sa force, jamais l'emportement, l'âpreté, le sarcasme, le mépris, la haine. C’est la colère superbe du soldat en pleine mêlée, mais du soldat gentilhomme d’autrefois, terrible sur le champ de bataille, charmant partout ailleurs, généreux et chevaleresque dans le feu même du combat.
Voilà une idée, une ombre, de ce qu'est l’orateur catholique à la tribune ; ou plutôt de ce qu'il fut, puisque la vigueur physique a manqué trop vite à son talent. Le dernier tournoi parlementaire eut lieu en 1901, autour de la loi contre les associations religieuses, « la loi des suspects. » Le comte de Mun, qui l'appelle ainsi dans ses quatre lettres vigoureuses au ministre Waldeck Rousseau (2), put encore s'élever contre elle devant la Chambre, et ses deux discours, les derniers (21 janvier et 21 mars 1901), offrent, si je ne m'abuse, un type achevé de sa manière : ampleur de doctrine, clairvoyance, force logique, sérénité grave et courtoise, particulière-
(4) Voir, en particulier, la seconde moitié de la réponse. Discours, t, 1V, pages 190 et suivantes.
(2) La loi des suspects, lettres adressées à M. Waldeck- Rousseau, président du Conseil des ministres. — Plon, 4900, in-18.
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* ment méritoire en un sujet qui lui tenait si fort à cœur. C'est comme journaliste qu'il a, depuis, combattu la séparation de l'Église et de l'État, la loi d’apostasie officielle, dont celle des associations était le dernier prélude (1). Si Dieu l’a condamné au silence, la plume lui reste, éloquente comme la parole,
Et qui s’en étonnerait? La forme a changé, mais non point l'âme.
Or, nous ne lui rendrions qu’une justice trop incomplète, si nous ne rappelions que, à deux reprises, cette âme de soldat se montra courageusement, peutêtre héroïquement, docile et disciplinée. Pendant la lutte électorale de 1885, le comte de Mun croyait, avec plusieurs autres, l'heure venue d'organiser, en dehors et au-dessus de toutes les catégories politiques, un grand parti uniquement soucieux des droits de l'Eglise et des intérêts du peuple. On allait donc reprendre, en l'élargissant, l'œuvre élaborée, quarante ans plus tôt, par Montalembert. Le Souverain Pontife Léon XII fit savoir qu'il ne jugeait pas la chose opportune, et tout fut dit ; en trois lignes, l’auteur du projet annonca aux journaux son désistement pur et simple. — Sept ans plus tard, le même pape exhortait les catholiques de France à n'’user plus leurs forces contre la constitution actuelle, mais à les employer toutes contre les lois mauvaises, néfastes; à combattre, non plus la forme républicaine, mais seulement la Révolution. Pour plusieurs, ce fut matière à un grand sacrifice. Or, si jamais on blâme quelques-uns de s’y être prêlés de
(1) Contre la séparation. De la rup'ure à la condamnation. — Recueil d'articles publiés dans divers journaux (1904-1906). Poussielgue, in-18.
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