NE
Ds dell
Cat t Cr AT er.
plément, de Auto Fe He — encore e.
un pseudonyme transparent — va chercher sur les hauteurs, non plus le rêve, mais l'oubli des hommes. 7
- Dans cette ascension, très poétiquement graduée, is * *
dépasse tour à tour le laboureur, le faucheur, lei à iT 3
pâtre, la fleur des cimes, le Pace de chamois, le a même. Au Be sommet, une vision l'at- £
Visible pour lui seul, un long cortège d'âmes - Tourbillonnait dans l air en éllipsés de flammes, Et formant un grand aigle au plumage vermeil,. Comme un feu “dans la nuit brillait dans le nn
me ii. d'action, de dévouement. Encore se quente, une dernière voix enseigne à Herman |’ négation intime, la vertu domestique, familiale, sa
des sommets, bien armé a la lutte, bien résoll pratiquer lui-même le sursum corda qu'il adr aux jeunes gens en leur dédiant son poème :.
Sa Plus haut dans le mépris des faux biens qu'on. Plus haut dans ces combats dont le ciel est l'enjs Plus haut dans vos amours! Montez, montez ene Sur cette échelle d’or qui va se perdre en Dieul!
Ÿ 64 (1) Corneille ne dit A vers, le vers célèbre : 4
Faites votre devoir et laissez faire aux dieux.
TR PRE TE EE SORT + DAT CINE AIT PERTE FE LAPRADE 289 s'achève la belle maturité de l'âme et, par suite, du talent. |
Que ne l’avait-il attendue, cette heure, pour écrire ses Poèmes évangéliques (1852)? (1) Au moins souhai- terais-je qu'il les eût remaniés dans l'édition définitive. Se mesurer avec l'Evangile, c'est grand cas. Lorsque ce recueil fut présenté pour une couronne académique, le protestant Guizot soutint qu'on ne peut pas sans témérité mettre eu vers le divin livre. Chose curieuse : ce fut Montalembert qui lui tint tête et emporta le vote favorable. Or, il me semble manifeste que l'ouvrage donne plutôt raison aux sérupules préventifs de Guizot. Non qu'il ne s’y trouve de fort beaux vers et même quelques pièces admirables (La Tempête, Larmes sur Jérusalem, Colère de Jésus, la Cilé de Dieu); mais les beautés appartiennent à la paraphrase, au commentaire; sauf un type unique (Résurrection de Lazare), tout ce qui est traduction fait tort à l'original. Tort littéraire et bien sensible, mais il y a plus. On souffre de certaines imaginations trop aventurées, trop peu respectueuses même : c’est manque de théologie et sentimentalité romanesque; ce n’est pas évangélique, loin de là. Où Laprade avait-il pu rencontrer dès 1847 cette idée, aujourd'hui courante, d'un Christ qui ne prend que peu à peu conscience de lui-même ? Au désert, après la tentation vaincue :
De la lumière vraie Il eut la vision
Et connut, sans terreur ni mouvement superbe,
Qu'en toute plénitude il possédait le Verbe. [(La Tentation.)|
(À) Ils parurent en 1852, et il en ést dont la composition remonte à 1837.
Va L Me #1 NTFS Fe ET E TIEE = 290 DIX- NEUVIÈME. SIÈCLE
Hypothèse choquante, expression malheureuse.
Jésus ne possède pas le Verbe, il l’est, et mieux vaudrait dire que le Verbe possède, pour l'avoir faite personnellement sienne, l'humanité de Jésus. — Pourquoi aussi lui prêter je ne sais quel doute au Calvaire? — Que, trois ans plus tôt, quittant Naza= reth et allant inaugurer sa vie publique, il passe par une sorte de château où il convertit Madeleine : soyons indulgents à cette fiction. Mais que, rencontrant une ferme, il ait un moment la tentation de s'arrêter et de chercher là le bonheur domestique, voilà qui répugne. Laissons pareille chimère à la plume sacrilège d’un Renan (1). Il est trop clair d’ailleurs, qu’il y a un abîme entre les deux âmes. En somme, je ne craindrais pas de l’affirmer : parmi toutes les œuvres de Laprade, c’est celle-là qui, vue d'ensemble, reste le plus loin des promesses de son … titre. Au moins s’encadre-t-elle entre deux pages" excellentes : l’Znvocation du début, les Actions de grâces pour finir (2). Dans ce dernier morceau, le» poète confesse humblement son insuffisance :
Sur cette œuvre, au matin, devant vous commencée, La prière, Ô mon Dieu, prosterna ma pensée.
Je m’agenouille encore, à l'approche du soir,
Sur ce livre imparfait qui ompenEon espoir.
RNA adine Ke 41
EF
Imparfait, oui, nous le savons, et malgse tout, profs table à son auteur :
Moi livre, en me plaçant l'Evangile à la main, M'a montré de la Croix l’infaillible chemin:
(1) Voir notre tome IT, p. 152.
(2) Les deux pièces furent écrites en 1851, à la veille de à | publication. Comparées à certains autres du même recueil, elles À
accusent nettement le progrès que nous avons déjà reconnu.
Cr 7) Ro
Quoi d'étrange? Eüt-on lé malheur de rendre médiocrement le divin Modèle, voire de le défigurer cà et là, on gagne toujours à le regarder longtemps sans mauvaise foi ni mauvais cœur. Il faut lire ces belles Actions de grâces, écouter l’ardente prière du poète pour la France, pour sa mère morte, pour sa jeune femme, pour son premier-né : voilà, cette fois, la vraie note chrétienne.
L'œuvre, période de maturité sans déclin (1858-1878). — Les voix du silence (1865). — L'entretien avec Corneille et l’amende honorable au Christ. — Les Poèmes civiques, Juvénal et Tyrtée. Satires contre le Second Empire, beautés et excès. Chants de guerre et de colère patriotique (4870). En tout, œuvre mêlée, inégale. — Les deux chefs-d’œuvre de Laprade : Pernetle, encore une idylle héroïque (1868); — Le Livre d'un père (1876). Laprade est, chez nous, le vrai poète de la famille. — Le Livre des adieux, testament de l’artiste et de l’homme. — Conclusion : le talent et l’âme.
Mais quoi! dès 1852, Laprade prenait-il congé de la poésie? — Il se l’enjoignait à lui-même, il y était résolu peut-être.
C’est l'heure de briser des mains de la raison La lyre, enivrement de ta jeune saison.
Tu connais trop la vie, Ô poète, tais-toi (1).
Il n’en fit rien, par bonheur, et nous le savions déjà puisque les /dylles héroïques sont de 1858. D'autres œuvres suivront, meilleures encore. Laprade a touché le sommet, il va s’y tenir vingt ans.
(1) Poèmés évangéliques, Actions de grâces.
PE PAT ITR SRE LOVE PERS RTE
po Te DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
Des Voix du silence (1865), relevons en courant le … titre, ingénieusement expliqué dans le prologue. On va entendre, malgré qu’on en ait, tout ce qu'on n'écoute plus guère à cette époque de vie positive et ravalée : nature, famille, vérités méconnues, noblesse de caractère, indépendance, fierté. Dans cette large unité morale se groupent et se tiennent quelques inspirations de haute valeur. Le dernier druide qui se tue avec ses trois fils en entendant siffler la première locomotive, c'est bien Laprade lui-même indigné de voir l’industrie enlaidir et profaner ses. chers paysages. Du moins reste-t-il encore assez de forêts et de montagnes, pour que le père y guide les ébats deses enfants, et enveloppe ainsi de familières idylles ce sens des beautés naturelles qui n'a fait. que croître en s'épurant. (La Tréve de Dieu, Silva nova). Aussi bien le touchent-elles désormais par leur rapport à la saine éducation de l’âme. L'âme, la générosité, la religion : voilà ses thèmes préférés. Un jour de novembre (1861), pour secouer un découragement qui l’oppresse, il s’est mis à feuilleter Corneille. Soudain le maître en personne lui apparaît et lui adresse une mercuriale enflammée.
Ta muse a des fiertés, tu n’as que des faiblesses... - Honte au mol histrion, au poète frivole, Dont toute la vertu se dissipe en parole, Qui s’exalte en son livre et qui s’abaisse ailleurs,
Et qui ne vaut pas mieux que ses vers les meilleurs!
La pièce est bien cornélienne d’allure, de ton, mais rattachée aussi aux plus chers souvenirs de famille. « Deux portraits, le père et la mère du poète, sont là, présidant à l'entretien et, quand le fantôme illustre
a disparu, tandis que la mère, souriant et priant,”
semble demander à souffrir encore pour ceux qu’elle aime, le père dit au cœur du fils : «C’est moi qui t'ai parlé ». — Le même souffle anime ce long Psaume de combat, sorte de composition alternée ou de dialogue implicite, où la volonté s’exalte en opposant une mâle réponse à chacune des épreuves que l’imagination évoque tour à tour. — Mettons au-dessus de tout le reste l’Amende honorable au Christ abandonné par la foule, bafoué par la prétendue science, dépouillé ou vendu par la politique, à la grande angoisse des pères et des mères qui tremblent pour la foi de leurs enfants. Cela est écrit en 1863, à l’époque de la Vie de Jésus et des « Annexions » piémontaises, à l'heure où l’on veut décidément aplatir le monde, en rasant le Calvaire, selon l’énergique expression de l’auteur. L’Amende honorable estun cri de guerre et d'espoir :
A genoux! et.veillons en armes Autour de l’auguste rocher.
Enfants, objets de mes-alarmes, Venez défendre avec vos larmes Ce Dieu qu'on veut nous arracher.
— Larmes et prières : belle défense et puissante au gré de la foi. Mais si l'enfant ne peut rien au delà, l’homme y doit ajouter quelque chose, l’action proportionnelle au talent recu, la parole en prose, en vers, la satire même, pourquoi pas? Aussi bien,
C’est la muse qu'il faut à ce monde vénal,
Et l'ère des Césars attend son Juvéna.
Peut-être il est venu (1)...
Il l'était de fait et, dans ces vers, il s’annoncait lui-
(1) Pro aris et focis,
PE ve SAMUD SV ER TN AN à
même. On put s'étonner de voir partir en guerre le. chantre idéaliste de la nature; on l'en eût défié nu peut-être, car voici qui semble bien répondre à un défi :
Donc j'ai trop fait gémir les roseaux et les vents. Eh bien, tirons un cri de l’âme des vivants (1).
Il n’y eut pas de peine; un double cri de colère et d'enthousiasme répondit à ses fanfares ou à son … coup de sifflet, Or, en attendant les fanfares belliqueuses, le coup de sifflet s'adressait au monde du second Empire : c'est le premier livre des Poèmes civiques, la part de la satire proprement dite. Avouons que tout n’est pas de valeur égale. À l’indignation « motivée la passion se joint par moments : passion politique, haine héréditaire à l'endroit des Bonaparte, libéralisme à la fois ardent et un peu vague, irritation contre les catholiques plus ou moins favo- 1 rables à Napoléon III (2). Plus tard les meiileurs Ÿ amis de Laprade en convinrent (3); lui-même, d’ail=. leurs, le confessait : « Je me sens trop nerveux pour être vraiment sage, et je reconnais que j'ai trop. souvent manqué de mesure. » (A Saint-René-Tail-
(1) Poèmes civiques. Pro aris el focis. ” É
(2) Encore cette irritation a-t-elle une sorte de caractère e rétrospectif qui est loin de l’excuser elle-même. En 1862, dans. la comédie intitulée Un Conseil de famille, l'école de” VUnivers est manifestement visée et maltraitée beaucoup plus que de raison. Or, depuis deux ans, l'Univers n'existait. plus, victime de la plus sainte des causes que défendait Laprade lui-méme. L'anachronisme aggravait ici l'injustice et, sans que le poète y prit garde, on pouvaitretourner contre lui le juste reproche qu'il faisait à Emile Augier, de s'acharner su les morts. (La chasse aux vaincus.)
(3) Pontmartin : Souvenirs d'un vieux critique, t. v, P. 44 — E. Biré : Viclor de Laprade... p. 284. AE