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Jandier, 1° décembre 1877.) — Il aurait pu ajouter que la perfection littéraire n'y gagnait rien, que l’'ardeur du ressentiment le faisait tomber cà et là
au-dessous de la dignité nécessaire au genre
même.
Malgré cés réserves, il reste que les satires de Laprade, à peu près comme celles de Juvénal,
Etincellent pourtant de sublimes beautés (1).
Comment d’ailleurs ne pas lui donner raison quand il flétrit la politique italienne de l'Empereur (Une statue à Machiavel), ou quand il dénonce la littérature se faisant instrument de règne?
Un jour viendra, ce jour rêvé par Sainte-Beuve,
Où les Muses d'Etat, nous tenant par la main, Enrégimenteront chez nous l’esprit humain...
Noble temps, et sur qui mon vers ne saurait mordre, Où la plume demande au sabre son mot d'ordre;
Où les canons rayés vomissent des pamphlets,
Où l’on fait souffleter son Dieu par ses valets (2) !
Cette satire des Muses d'État n'est pas la meilleure du recueil; elle fut la plus retentissante. L'auteur y perdit sa chaire à la Faculté de Lyon, et, dès ce jour, aux yeux de Sainte-Beuve, il cessa d'avoir du talent. C’est qu'il avait touché juste. Ne devait-on pas trouver plus tard dans les papiers des Tuileries certaine note confidentielle où le critique, dès 1856, invitait Napoléon III à « coordonner la littérature avec tout l'ensemble des constitutions de l'Em-
pire (3)? »
(1) Boileau : Art poétique, chant II.
(2) Allusion aux brochures alors fameuses inspirées de haut pour accoutumer l'opinion aux annexions piémontaises.
(3) Cité par E. Biré, p. 237.