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Une chose, “a ailleurs, inquiète el rte Laprade plus que la côurtisanerie des gens de lettres, plus que le vandalisme démolisseur qui transforme Pan pour en faire
Un lupanar ouvert aux vices des deux mondes (4),
plus même que la politique, semble-t-il : c’est l’abaissement des caractères, l'indépendance abdiquée, l'enthousiasme bafoué, l'idéal éteint, le plaisir » et le calcul devenant le tout de la vie. Passe encore pour ce conservateur modéré qui enseigne bonnement à son fils l'art de surnager aux révolutions en. les servant toutes (l'Honnête Homme); mais la jeu= nesse qui n’a plus ni ressort ni flamme! Qu'ils sont loin, les contemporains du poète, les étudiants de - 1830, assez naïfs pour chercher à se faire une doctrine, une foi quelconque, un enthousiasme; les meilleurs encore chrétiens et, s'ils rencontraient dans leurs promenades une croix abattue, heureux de la porter eux-mêmes sur quelque sommet pour l'y dresser de leurs mains! 1e
Écoliers, jeunes fous, c'étaient là nos orgies, A
Et maintenant !..... Les jeunes s'amusent ou s'en-: |
nuient ou ricanent ; ils ont ; ?
L'intérêt pour principe et pour dieu le succès. 3
Voilà les sages, les chefs, les oracles de la société future, et le père tremble en songeant à l'avenir de. ses enfants. (Jeunes fous el jeunes sages.) NS ..
Cette admirable pièce est-elle encore de la 4
(1) Aux démolisseurs. é 44
tire? Oui et non, selon qu'il vous plaira. Ici, comme dans une autre des meilleures (Pro aris et focis), la raillerie et l'invective s'interrompent à deux reprises pour laisser passer un élan superbe du cœur, Ainsi la contexture des deux morceaux prouverait à elle seule ce que Laprade nous dit ailleurs avec insistance : que, s’il a pris le fouet en main, ce n’est point par goût de la chose, mais par un amour indigné pour toutes les nobles formes de l'idéal. Dans ce Juvénal d'occasion, vous entendez, non pas un mécontent qui soulage ses rancunes, mais un professeur, un prédicateur, si vous voulez, de noblesse morale, d'énergie. Le sermon est entraînant, il est fort pratique aussi, car cette énergie qu'on nous prêche, on la veut employée tout d’abord contre nous-mêmes.
Il faut s'être vaincu pour se rendre invincible. Maître de toi, tu n’es l’esclave de personne... Qui se possède à fond possède l'univers (1),
De là viendra le courage à mépriser l'opinion, le nombre, les triomphes du mal, à sauver le monde malgré lui.
N'espoir ne peur ! Il est d’une vertu parfaite
De livrer le combat quand sûre est la défaite,
D'’aller son droit chemin contre l'onde et le ven : C’est ainsi que l’on sert un peuple... en le bravant (2).
Laprade se retrouve et se meut à l'aise dans ces grands lieux communs, d’ailleurs éternellement jeunes et que nul, au dix-neuvième siècle, n’a rendus plus éloquents. Satirique par devoir, il se lasse (1) Esto vir.
(2) N’espoir ne peur.
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vite d’étaler le mal, sentant peut-être, sans le dire, que le meilleur moyen de le combattre, c’est encore … de mettre en pleine lumière « le vrai, le beau, le juste, le saint » (1). Et il y retourne avec amour.
C’est trop d'un jour entier perdu dans la satire. Ne tressons plus en fouet les cordes de la lyre. Reviens, chaste idéal qui m'inspiras mes chants ! J'ignore à tout jamais les sots et les méchants. 4 J'ai repris mon voyage avec les bons génies. : È Mon oreille et mon cœur vont droit aux harmonies, Et mon œuvre appartient, quel que soit l’avenir, A ce qu’il faut aimer, à ce qu’il faut bénir (2).
En écrivant ces lignes sincères, il ne prévoyait. pas la guerre de 1870, l'invasion, Elles le forcèrent à descendre une seconde fois de ses hauteurs se- S% reines. Il lança contre le roi Guillaume une Philip-… pique excessive par endroits — l’aurait-elle été contre Bismarck? — (Au roi Guillaume); il accabla les. Bons Allemands d'épigrammes acérées dont le bruit retentit jusqu'à Berlin et y souleva des colères ; ile enflamma les soldats bretons-vendéens qui le lurent avec enthousiasme dans leurs bivouacs. (Auæ soldats et aux poètes bretons.) Il prédit la revanche, le relèvement national. (A la France, à la terre de. France. ) Les Satires lui avaient fait une piste
serait sifflé.
Nous avons suivi jusqu'au bout les Pa viques. OEuvre mêlée, inégale : les beautés y 36ÈES
(1) Ce sont les quatre derniers mots écrits par less (2) Adieux à la satire.
dent, mais les défauts y ont leur place ; quelquefois la verve s’emporte et compromet la tenue de l’écrivain. Après tout, si Dieu donne raison à nos espoirs, si la France redevient elle-même et que l’on fasse encore des manuels scolaires à l’usage du citoyen futur, ce ne sera que justice d'y insérer quelques fragments de cette ardente poésie. Après le catéchisme, combien de choses vaudraient autant pour Ja formation de l'homme, du français?
— Revenons un peu en arrière, à Pernelte, l'épopée rustique éclose en 1868, entre les deux grandes campagnes du militant.
Peut-on marier heureusement le grandiose au familier, l’héroïsme à la simplicité de la vie champêtre ? Quel langage prêter à des paysans ou à des bourgeois campagnards, qu'il ne faut ni ravaler ni surfaire ? Problèmes d’art et de goût, mieux résolus dans Pernette que dans Marie (1), à peine effleurés dans ce déplorable Jocelyn. Encore nous intéresserons-nous beaucoup plus à la fable, au drame. Il se joue en 4814, dans un coin du Forez. Six personnages le soutiennent : Pernette, l'héroïne, la fille du riche paysan Jacques ; Pierre, le héros, le laboureur modèle, et sa mère Madeleine, la veuve qui s’est appauvrie en le rachetant trois fois de la conscription ; le médecin du bourg, en qui Laprade a joui de photographier son propre père; le Curé enfin, qui ne peut manquer d'avoir place dans ce petit monde plein de foi. Malgré l'inégalité des fortunes, Pierre et Pernette sont promis l’un à l’autre et le poème s'ouvre par leurs fiançailles. Mais une nouvelle assombrit la fête : grande victoire de l'Empe-
(1) Le poème de Brizeux.
due plus saisissante par la tragédie qui gronde alen-
reur, ce qui veutdire trop clairement, nouvelle Levée! d'hommes. Bientôt Pierre est ee pour la qua- *e trième fois. Que faire? On débat le cas; le prêtre seul plaide l’obéissance quand même; il a contre 4 lui le docteur et Jacques, le futur beau-père, le … vieux soldat de l’an Il. Pierre se range au second parti, et le voilà réfractaire, tenant la montagne avec d’autres fugitifs. Là, Pernette va leur porter un = message, et nous assistons à une nouvelle idylle ren-
tour. Cependant Napoléon succombe, l'as
conscience, nouveäu conseil. En vain le docteur | S lui-même opine pour qu'on accueille les alliés : comme des libérateurs ; Pierre y résiste, appuyé par le soldat de l’an II : on fera le coup de feu contre l'étranger. Les réfractaires de la veille chassent donc du bourg le détachement qui l'occupe ; l'ennemi re-" vient en force, il est une seconde fois battu. Frappé en plein triomphe, Pierre devient l'époux de Pernette, mais seulement pour mourir. Elle même sur vit, etlonguement, dans son fier veuvage ; elle reste la providence du pays, l'oracle des anciens sou ER airs, jusqu'au jour où onl'ensevelit à côté de Pierre, ainsi qu’elle l’a réglé dès longtemps. Laprade 6 connue, dit-il; enfant, il a goûté le charme de.
sonne. La vérité est qu’il a donné à Pernette, vie lie, les traits et l'âme de sa propre aïeule mal nelle, veuve d'un à martyr de la Terreur,