AVANT-PROPOS % XI
Hi
fi |
/ d sécheresse! quelle froide dévotion, et peut-être quelle scolastique ! disent ceux qui ne les ont jamais
QUELQUES GRANDS ÉVÉQUES
« Un Père de l'Eglise, un Docteur de l'Eglise, quels noms ! quelle tristesse dans leurs écrits ! quelle
Jus. Mais plutôt quel étonnement. s'ils voyaient
Pr
dans leurs ouvrages plus de tour et de délicatesse, plus de politesse et d'esprit, plus de richesse d'expression et plus de force de raisonnement, des traits plus vifs et des grâces plus naturelles qu'on
n’en remarque dans la plupart des livres de ce temps
qui sont lus avec goût, qui donnent du nom et de la vanité à leurs auteurs! »
Ainsi parlait La Bruyère, au déclin d’un sièclereligieux et grave (1). Ces paroles auraient-elles aujourd'hui moins d'à-propos? Les mandements
d'un évêque ! Pour le croyant tiède ou quelque peu
(1) Des Esprits forts.
Vs 1
TE RU RES AC : | . 2 4 e { < 5 2 Al
frivole, cela n'exhale-t-il point tout d’abord je ne sais quel relent de sacristie, de cierges éteints el d'encens évaporé ?
Ce serait pourtant un bien beau livre que l'histoire littéraire de l’'épiscopat français au dix-neuvième siècle, depuis 1830 surtout. Je n’entreprends ni de l'écrire ni d’en donner au moins le précis complet; j'oublierais trop le but pratique de ces études, leurs modestes proportions, leur nature même.
La littérature catholique de cette époque, notam= ment la littérature épiscopale, est trop vaste et trop riche pour survivre tout entière dans la mémoire u des générations actuelles. Reste de leur en conserver la fleur, et moins encore pour leur agrément, que pour la force et la fierté de leur foi. rs
Voilà qui nous consolera de laisser dans l'ombre bien des figures intéressantes, ou de nous borner à une miniature, faute de temps et.de place pour un. portrait d’ailleurs mérité; de n'arrêter un peu longuement la vue que sur les prélats les plus éminents par l’action, par la pensée, par le style tout ensemble, sur ceux qui nous ont légué le plus ample trésor littéraire, apostolique, doctrinal. -: 418)
Parmi ceux-là même, dans cette élite de l'élite, « nous mettrons au premierranglesplusirréprochables serviteurs de l'Eglise, ses interprètes les plus cons- … tamment fidèles, les plus infaillibles, oserions-nous dire, autant du moins qu'on peut l'être quand on n'a pas, avec la mission de confirmer tousses frères, a
la promesse d’une assistance divine. N'est-ce point justice d'orienter ainsi nos préférences ? Et qui en pourrait prendre quelque ombrage, si, comme nous osons l’espérer, Dieu nous aide à ne nous départir jamais de l'équité, du respect ? er
RC PEN RE M, d ACTE LU USE ” TT,
QUELQUES GRANDS ÉVÉQUES Fo
MGr Parisis. — Sa vocation de polémiste. — Ses brochures (Examens, Cas de conscience) pour la liberté de l'Eglise, de l’enseignement. — Largeur pratique et orthodoxie scrupuleuse. — Grande autorité. — Sa réserve discrète à l'égard de la loi Falloux. — Son effacement relatif sur la fin. — Ses qualités littéraires bien appropriées à son rôle.
Parmi les prélats qu'il faut nous résigner à ne pas étudier de près, il y aurait des prédicateurs distingués, le cardinal Giraud (Cambrai) par exemple, Mgr Cœur (Troyes), et un autre dont le genre tranche vivement sur la sobre élégance des deux premiers : Mgr Berteaud (Tulle), cet « évêque d'autrefois », comme on l’a nommé, l’orateur-poète, chantre passionné de l'Incarnation du Verbe, parfois abrupt,
. étrange, souvent sublime, toujours enthousiaste et
- entraînant. Il y aurait des conférenciers de mérite :
Mgr Besson (Nimes) ou Mgr Bougaud (Laval) que
nous retrouverons ailleurs comme hagiographe. — On ne serait que juste de citer, à titre d'écrivains, Mgr Landriot (Reims) enveloppant de formes très suffisamment littéraires une vaste érudition patristique ; — le cardinal Lavigerie (Alger, Carthage), connu surtout par ses grandes œuvres, mais fortcapable de parler et d'écrire en fin lettré ; — Mgr Darboy (Paris), l’homme de la correction ferme, brillante, un peu froide, et qui, s'il faut tout dire, laisse parfois le
prêtre s’effacer outre mesure derrière le philosophe
et le moraliste humain. D’autres noms viendraient
encore; mais il nous faut courir.
- € Fe OR PL A
Saluons du moins en passant quelques personnalités de haute valeur et pour lesquelles ce sera bien peu de ce bref hommage.
Tout Francais qui se pique de lire sait:il encore aujourd’hui qu'entre 1843 et 1850, pendant ces laborieuses et fécondes années où les catholiques bataillaient contre le monopole universitaire, Pierre-Louis Parisis (Langres) (1) fut l’oracle des plus intrépides, «le premier des évêques » du temps (2)? Il se peut que son nom même ne dise plus rien à beaucoup d'incroyants modernes. Ainsi ne le cherchez pas dans la Grande Encyclopédie du dix-neuvième siècle : il y manque, tout comme celui du cardinal Pie. Qu'est-ce qu'un grand évêque pour ce
monde-là? Mais voici le plus étrange. Nous avons”
écrit, nous chrétiens, nombre de biographies épis=n
copales, et qui, peut-être, ne s'imposaient pas toutes comme nécessaires. Où est celle du grand polémiste, du grand casuiste, du grand et sage leader ecclésiastique d'alors? Je n’en sais qu'un
fragment, excellent d’ailleurs (3) : le reste re
t-il venir !
Car si la notoriété doit se mesurer à l’action et & aux services, qui mérite une plus ample étude que ce modeste prêtre orléanais, ancien professeur de sémi= naire et surpris un jour (1834), dans sa cure de Gien, par une promotion qui, vingt ans après, l'étonnera
encore (4)? Tout entier à son étroit diocèse, il pros
(1) 11 mourut évêque d'Arras (1866).
(2) Le mot est de M. Foisset, mais adopté par d'outils |
M. Thureau-Dangin par exemple : L'Eglise el l'Etat sous la.
monarchie de Juillet, in-18, p. 183.
(3) L'abbé L, Follioley : Montalembert et Mgr Parisis, d'après
des documents inédits.
(4) « … Aujourd'hui encore, il m'est impossible de m ‘expli-
[re
teste bien, en 1841, contre le premier projet Villemain funeste à l'indépendance des petits séminaires ; mais il proteste à la manière d'alors, par une de ces
doléances confidentielles bonnes à dormir dans les
cartons du ministère ou à périr dans la cheminée du cabinet royal. En 1843, tout change. Il a vu Rome, il a visité à Liège Mgr Van Bommel, célèbre, sous la
domination hollandaise, par ses luttes en faveur de
l’enseignement catholique. Le voilà résolu à descendre, lui aussi, dans l'arène de la publicité. Mgr Affre l'en dissuade, mais Veuillot l'y encourage, mais surtout sa conscience l'y détermine. « Quelque chose, écrira-t-il, m'y poussait invinciblement. » Impulsion toute providentielle et surnaturelle : on peut croire l'humble et pieux prélat quand il déclare ne
s'être engagé dans cette voie qu'après de longs
combats contre l'esprit quilepressait et d’incroyables souffrances intérieures (1); ou quand, repassant sa vie près de finir, il dit avec une sincérité pénétrante : « Voici la vérité, que je livre à l'appréciation de chacun et que je dépose humblement aux pieds du Juge suprême. Je n'ai jamais commencé un seul de mes ouvrages sans y avoir été poussé intérieurement par une force souveraine que j'ai toujours regardée comme la voix de Dieu. » Non qu'il prétende « à une inspiration même indirecte »; mais il expose comment, cette voix ayant parlé, les idées venaient, s'élucidaient, s'agencçaient quasi d’elles-mêmes, ne lui accordant ni repos ni trêve; puis, une fois la pu-
quer comment on a pu penser à moi et me préférer à tant d'autres prêtres qui m'étaient incomparablement supérieurs… » (Soixante ans d'expérience. Notes autobiographiques commencées en 1856.)
(1) Lettre à Montalembert,,6 octobre 1846.
blication faite, le laissant calme, indifférent, presque oublieux de ce qu'il venait d'écrire (1). C’était bien l'homme du devoir, l’homme d’une haute mission.
Il la remplit sans défaillance ni lassitude ; les brochures succédèrent aux brochures, suivant pied à pied les ennemis de la liberté religieuse. Pour le seul projet Villemain (1844-1845), nous avons au. moins huit factums de titres variés, mais d’inspiration commune (2). Mgr Parisis y examine le projet lui-même, les rapports du duc de Broglie au Luxembourg et de Thiers aa Palais-Bourbon; il justifie le rôle militant du clergé, le « concert » des évêques, où les légistes régaliens voient une conspiration, et le bon sens religieux un droit naturel et surnaturel tout ensemble. A l'usage des catholiques, des évêques même que le bruit effraie, il marque les avantages, les conditions pratiques du silence et de la publicité. Par ailleurs, il démasque les tendances oppressives trop naïvement étalées par Dupin dans son Manuel de droit ecclésiastique; il dénonce les continuels empiétements de l'Etat sur l'Eglise; il établit qu'entre un Etat .rationaliste et la Religion révélée, l'accord n’est possible que dans une liberté très franche et très large. +
Car voici bien l’un de ses mérites singuliers. Ces militant est un sage également capable d’entraîner et de conduire; cet homme de doctrine et de prin-
‘cipes a le sens vrai du temps et des choses; intraitable sur les droits de l'Eglise et tout ensemble assez pratique pour la convier à se réclamer hardiment du
(1) Soixante ans d'expérience. Il appelle ainsi une sorte de testament intime écrit pour lui-même et terminé en 1865, quelques mois avant sa mort, 4
(2) Quatre, sur les huit, ont le titre d'Examens.
droit commun. Par la parole et l'exemple, il a montré qu'un évêque ne déroge pas à se faire journaliste et brochurier. Dans ses célèbres Cas de conscience (1847), il fait voir que les catholiques peuvent, sans déchoir, accepter, comme autant de faits, el exploiter au bénéfice de leur cause, la liberté des cultes, de l’enseignement, de la presse et les autres institutions modernes, si opposées qu'elles paraissent à la royauté légitime du vrai. N’était-ce point là dégager et consacrer les résultats utiles de la campagne de l'Avenir, interpréter avec une orthodoxie généreuse mais ferme, et l'Encyclique Mirari vos et, par avance, le Syllabus ? Mgr Parisis vivait encore lorsque parut ce document (1864). Alors il s'interrogea devant Dieu. « N’ai-je jamais exagéré pour le besoin de ma cause certaines concessions? Cette liberté civile des cultes, qui, pour un chrétien et plus encore pour un évêque, ne peut jamais être qu’une nécessilé de
circonstance et un moindre mal, n’ai-je pas eu l'air de la louer comme un bien? Ce n'a jamais été mon
intention; mais en relisant mes publications d'alors j'ai craint qu'on ne pût lesoupçonner... » Là-dessus, ne pouvant se convaincre d'inexactitude formelle, d’ailleurs jaloux. de tranquilliser sa conscience et d’écarter jusqu'à l'ombre d'un scandale, il rétractait tout ce qui, dans ses écrits antérieurs, ne serait pas absolument conforme aux derniers enseignements de l'Église (1). On voit sa délicatesse d'âme, avec ce tempérament de force et de mesure auquel il devait sa singulière autorité.
De fait, entre 1841 et 1850, parmi les contradic-
(1) Soixanle ans d'expérience, cité dans Follioley, op. cil. p. 311, 318.
Es:
tions inévitables, elle n'avait cessé de grandir. À cette heure, la plus belle de l'histoire religieuse du siècle, il fut bien « le véritable général des catholiques » (1), donnant le branle à ses vénérables col-
lègues, éclairant, soutenant les deux grands cham-
pions laïques de la cause : Louis Veuillot et Montalembert, affligé de leurs premières mésintelligences que, par la suite, il verrait aller à l'extrême. On devine la peine qu'il en ressentit, mais aussi le côté où le porterontses préférences. Unévêque et surtoutun évêque de cette trempe, nes’inféode pas à un journal. Entre Mgr Parisis et l'Univers, il y avait eu çà et là des dissidences, des froissements. Qu'importe? Cette feuille restait, aux yeux du prélat, l'organe le plus redoutable du plus pur catholicisme. Par deux fois, il la verra en péril, et il interviendra avec une décision souveraine, disant bien haut que la suppression, désirée de quelques-uns, serait un malheur public (2), attestant qu'il défend, non pas en avocat, mais en évêque, « une grande institution catho-
lique », la presse religieuse et militante, que l’on.
frapperait en frappant ce journal. Aussi bien, n’étaitce pas son humeur d'abandonner les opprimés. Les Jésuites en avaient su quelque chose en 1845, lors des interpellations Thiers et de la mission Rossi. Mgr Parisis les avait publiquement adjurés de se défendre, de ne consentir spontanément aucun sacri-
fice de leur droit qui était, à son gré, celui de
l'Église. « Plutôt cent ans de guerre, écrivait-il, que la paix à ce prix. » En 1850, lorsqu'on disculait la
(1) L. Veuillot : Mélanges. troisième série, t. I, p. 235.
(2) En 1850, lorsque le journal fut interdit aux prêtres de Paris par Mgr Sibour; en 1856 à propos du pamphlet l'Univers jugé par lui-même. Voir le tome IV de ces Esquisses, p. 330.
loi Falloux, il déclara noblement que le clergé séculier n'accepterait jamais la liberté d'enseignement pour lui seul, à l'exclusion des religieux. Son habileté politique n'allait pas jusqu’à livrer des otages, des victimes.
Du moins cette discussion fit-elle voir qu’il savait transiger quand il n'avait à sacrifier que lui-même. Évêque et député, il lui incombait deux fois de $e prononcer officiellement sur la loi. Or, il l’estimait défectueuse, périlleuse, blämable dans la rigueur des principes, comme reconnaissant des droits égaux à l'erreur et à la vérité. D'autre part, « sa conscience pratique » — le mot est de L. Veuillot — la lui montrait comme le maximum actuel du possible. Que faire donc? « Si le projet, dit-il à la Chambre, nous est présenté comme une faveur, je le repousse; s’il nous est présenté comme une occasion de dévouement, je l'accepte. » En conséquence, il travailla, non sans fruit, à l'améliorer sur quelques points ; mais, l'heure du scrutin venue, il préféra s'abstenir, tout en demandant à ses amis un vote affirmatif, Contradiction apparente qu'il expliquait ainsi luimême. À ses yeux, la loi marquait un progrès, une défaite partielle du monopole. D'autre part, son suffrage officiel eût risqué de paraître un blâme indirect à l'adresse de plusieurs autres prélats fort nettement opposés. En outre, comme il l'avait dit lui-même à Mgr Pie, la loi Falloux, c'était, en somme, « l'État enseignant mis au-dessus de l'Église enseignante » (1). À ce compte, il jugeait nécessaire « de n’y pas attacher le nom du seul évêque, c’est-
(4) Cité par Mgr Baunard : Hisloire du cardinal Pie, t. 1, DJ
à-dire du seul membre de l'Église enseignante, qui fût dans l’Assemblée » (1). Mais n'allait-il pas froisser du même coup les zélateurs du projet, comme Montalembert, et les adversaires, comme Veuillot? « Cette attitude lui nuisit des deux côtés du parti catholique ; ily perdit sa popularité. Ille vit et resta ferme dans sa voie (2). » Fermeté méritoire, honneur de son caractère et de son esprit. Depuis dix ans bientôt, Mgr Parisis avait commandé l’admiration à deux titres : homme pratique et homme de principes, joignant ausens vrai de l'actuel et du possible une intraitable jalousie des droits du vrai qui ne change pas. Si sa conduite en 1850 devait marquer le terme de ce grand et double rôle, elle en était la consécration dernière et le couronnement très glorieux. Quelle fin plus belle que le sacrifice connu et accepté pour concilier tous les devoirs?
Ne suivons pas Mgr Parisis dans l'ombre toute relative où s'enveloppe son second épiscopat, celui d'Arras. Neuf années de lutte éclatante l'ont fait assez vénérable et assez grand. Que s’il faut condescendre à parler de sa valeur littéraire, disons seule-
ment qu'il eut bien le style de son rôle, pur de toute.
prétention, sobre d'ornements, mais précis, clair, vigoureux, incisif et mesuré comme sa pensée même.
Or, une des premières lois de l'art d'écrire n'est-elle
pas la juste proportion de la parole aux objets? On apprendrait de lui, non seulement bien des vérités plus que jamais pratiques, mais encore la littérature qui sied à la discussion publique des intérêts les plus graves, ceux de la religion. Lui-même, d'ail-
(1) Mgr Parisis : Soixante ans d'expérience.
(2) Eugène Veuillot : Louis Veuillot, t. IT, p. 366.
ER TR EN TOUTE A Ra ON TN CS ET PQ 1e DT Ne PC ee ES ARE TT ER PCR ”
QUELQUES GRANDS ÉVÈQUES al
mais simple, je dirais, si je l’osais, candide. « On trouve généralement mes écrits calmes, clairs, d'un - style pur et d'une démonstration rigoureuse... Ils me firent, pendant cinq ou six ans, une position influente que j'ai perdue. » — Nous savons pour- : quoi. — « J’ai pu goûter alors, aussi complètement que possible, cet encens de la renommée que plusieurs ambitionnent; et tout en craignant devant Dieu d'y avoir été trop sensible, je déclare en sa présence, que cette satisfaction est vaine, qu'elle est incapable de remplir le cœur, qu'elle n’a rien de comparable aux délices de la conscience après une confession bien faite (1). » Et voilà, dans les traits saillants de sa physionomie, l’'éminent prélat dont nous attendons encore la e biographie complète, dont je ne sache pas qu'on ait ; recueilli les œuvres éparses, dont quelques faiseurs É d'encyclopédies ne savent pas même le nom.
Mér Genger, l'un des grands écrivains du siècle, — le premier lieutenant de Lamennais et sa bonne grâce vivante (1824-1832). — Soumission à l'Eglise. — Gerbet à Juiliy, à Thieux. — Nombreux écrits dispersés. — Deux opuscules de maitre: Considéralions sur le dogme générateur de la piélé catholique (1829); — Vues sur le dogme catholique de la pénilence (1836).— Dix ans à Rome (1839-1848). Esquisse de Rome chrétienne. — Gerbet grand vicaire d'Amiens, — évêque de Perpignan (1854-1865).
Si Mgr Gerbet à l'honneur de ne leur être pas
Ce ET PO VERTE TS POSE VS
doit tout d'abord à ses mérites littéraires. — « L'un de nos meilleurs écrivains, » disait de lui Sainte- Beuve, et il le voyait porté au fauteuil académique parles suffrages conjurés de la religion, de la poésie, de la philosophie, de Montalembert, de Lamartine, de Cousin (1). — « Peut-être le premier prosateur de ce temps, avait déjà dit L. Veuillot, et que, pour mon compte, je préfère à M. de Chateaubriand » (2). Voilà des éloges.
D'autre part, comment ignorer Lamennais? Mais comment évoquer cette grande et lamentabie figure, sans placer tout auprès le noble, gracieux et doux visage de l'homme qui s'était si complètement donné au maître, qui le servait si bien en le complétant, qui, plus que beaucoup d’autres sans doute, aurait eu chance de le sauver ?
Philippe Gerbet appartenait par sa famille à la bonne bourgeoisie comtoise (3). Né à Poligny (5 février 1798), il avait fréquenté le petit collège local, puis commencé à Besancon les études ecclésiastiques, pour les achever à Paris. Prêtre en 1822, il alla bientôt seconder, à l'aumônerie du collège Ilenri IV, son ami de la veille et qui ne devait pas cesser de l'être, M. de Salinis (4). Le premier aumônier fréquentait beaucoup chez Lamennais ; le second ne tarda pas à l'y suivre et tomba vite sousle
(1) Causeries du lundi, 1852, t. VI, p. 378.
(2) A Hippolyte. Violeau, 18 mai 1846. Correspondance t. VIII, p. 103. Mélanges, troisième série, t. I, p. 241.
(3) Sa vie a été écrite en trois volumes par l’abbé de Ladoue, mort évêque de Nevers. — Cf. Henri Eremond : La pensée chrétienne; Gerbel (in-18). Je cite ce dernier ouvrage sans accepter indistinctement toutes les idées ou interprétations de l’auteur.
(4) Plus tard, supérieur de Juilly, — évêque d'Amiens, — u:ort archevêque d'Auch.
charme ; dès lors l’école mennaisienne était virtuellement fondée (1824). Elle eut bientôt une revue, le Mémorial catholique; l'année suivante, elle établit son quarlier général dans cette gentilhommière bretonne dont le monde allait apprendre le nom. Au Mémorial, l'abbé Gerbet donna de ses talents une première et très brillante idée; à la Chesnaie, il fut en tout le second du maître, l’ainé de la famille. En attendant les tempêtes, le maître avait déjà ses vives inégalités d'humeur. Alors Gerbet se faisait aimable pour deux; dans ce milieu ardent, chevaleresque, dans cette atmosphère enflammée, orageuse sur la fin, il sera loujours la mesure, la douceur, la grâce engageante, le sourire et comme l’arc-en-ciel.
Non qu'il n’eût pris fort à cœur la philosophie du lieu, le traditionnalisme de l’Æssai sur l'indifférence, Lui-même le développa, en 1826, dans son livre Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapporls avec les bases de la théologie. Combattu par un Jésuite éminent, le P. de Rozaven, Lamennais le pressa d'abord de répondre, puis, tout au contraire, de garder le silence pour ne pas mettre le Jésuite en relief. Gerbet se tut. Du moins n’entrait-il pas dans son caractère de ne pardonner jamais à l'Ordre entier la courtoise mais pressante polémique d’un de ses membres. Aussi bien lui-même devait-il s'honorer plus tard, en répudiant, à la voix de l'Eglise, les illusions philosophiques de l’école, du jeune temps.
Temps plein de vie et de charme, à vrai dire; école admirable en son ensemble et séduisante au premier chef; deux fois glorieuse, et pour avoir lancé dans presque toutes les directions le mouvement catholique du siècle, et surtout pour avoir
Te
obéi en masse à l'autorité qui la redressa un jour et la contint. On a pu écrire en 1836: « Ces dernières années ont vu un fait bien rare dans les annales de l'Eglise. En s’exilant loin d'elle, M. de Lamennais n'a été accompagné par aucun de ceux qui avaient partagé ses travaux. Tous se sont rangés à la droite du Vicaire de Dieu, et ils n’ont suivi que de leurs regards tristes celui qui s’engageait à gauche dans une route qui conduit on ne peut dire où. Est-ce là comme une scène du jugement dernier? Nous devons garder, nous gardons avec amour une espérance meilleure. Dieu voit, dans le passé, des mérites qui montent vers lui comme une prière, et la mémoire de Dieu est miséricordieuse. Rien ne nous est aussi consolant que cette pensée ; rien, si ce n’est le désir, que Dieu lit aussi dans le fond de notre âme, de donner, s'il le fallait, tout notre sang pour obtenir à Tertullien tombé la grâce d’une seule larme. » Elle est de Gerbet, cette noble page (1). Qu'elle nous suffise à clore ce bref rappel d’événements, déjà rencontrés ailleurs (2). Depuis quelques
années, voici qu'on les presse et les tourmente à .
nouveau, pour en faire sortir, quoi donc? — une réhabilitation, sinon une apothéose, de l'illustre et malheureux déchu? — un regain d'impopularité pour les adversaires de son libéralisme final? Le second résultat est toujours facile; on n'atteindra jamais le premier.
Au reste, sur la question des légitimes rapports
de la religion et de la politique, de l'Eglise et de
(1) Université catholique. La suite de ces réflexions sur la chute de Lamennais se lit dans l'abbé H. Bremond, p. 92 et suivantes.
(2) Esquisse sur Lamennais au t. I de cet ouvrage.
ME Le Rd en 5 * TIR.
D ER, Ne DRE Re ee Fe Ë « % LE ‘ = F :