‹ Dix-neuvième siècleChapitre 7 sur 63 · EE · texte numérisé non relu

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l'État, le retour de l’abbé Gerbet ne fut ni moins loyal ni moins explicite. La plume qui, en 1830, avait écrit pour l'Avenir un prospectus hardiment séparatiste, allait dresser en 1860, quatre ans avant Pie IX, un catalogue raisonné des principales erreurs modernes, Syllabus véritable, où se retrouve, condamné sous plus d’une forme, ce même séparatisme que l’on préconisait trente ans plus tôt.

La conversion du Mennaisien était donc aussi complète qu'elle avait besoin de l'être. Nul doute qu’elle n'ait coûté à son cœur. Elle le séparait d’un homme longtemps admiré, chéri même et qui, un jour (1827), avait pensé mourir saintement entre ses bras. Mais quant à l'esprit, on ne voit pas que les condamnations pontificales y aient tout d’abord soulevé la tempête. Sainte-Beuve l’a très joliment dit : « Il suffit d'une parole, d’un souffle émané du Vatican, pour dissiper ce qui pouvait sembler nuageux et obscur dans les doctrines de l'abbé Gerbet. Ses douces nuées, à lui, ne renferment pas d'orage, et en s'écartant, elles ont laissé voir un fond de ciel serein, à peine voilé par places, mais pur et délicieux (1). »

De fait, la dispersion de l'école le rendait à son tempérament véritable. En désarmant le polémiste, elle affranchissait le philosophe poète, le Platon chrétien, et c'est bien comme tel avant tout qu'il continuera de vivre et de servir.

Désormais et jusqu’à l'épiscopat (1833-1853), rien de plus doucement heureux que son existence. Tout d’abord l’abbé de Salinis l’accueille à Juilly, sur la recommandation de Lamennais en personne. Re-

(4) Causeries du lundi, t. VI, p. 385.

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commandation superflue peut-être, étant donnée l'amitié du supérieur pour son ancien collègue à Henri IV. Du moins fait-elle honneur à Lamennais parmi les tristesses et les amertumes du grand naufrage; et voilà pourquoi il convenait de la noter, À Juilly même ou près de là, dans la maison des hautes études installée à Thieux, Gerbet paye de sa personne en bien des manières, il enseigne un peu, il écrit surtout. C’est, pour l'œuvre locale, un Précis de l'histoire de la philosophie, manuel de haute valeur et qu'il ne daigne pas même signer. C’est, au dehors, une active collaboration au Mémorial catholique toujours subsistant, au premier Correspondant créé en 1829, à l'Univers inauguré en 1833, mais sur-

tout à l'Universilé catholique, université d'écrivains …

que les anciens disciples de Lamennais imaginent en 1836, pour suppléer, comme ils peuvent, à la liberté de l’enseignement supérieur.

À travers ces recueils Gerbert disperse nombre de morceaux, on pourrait dire, il sème à pleines mains les perles. En même temps, les hautes relations lui viennent avec l'illustration méritée. À Trélon, il est l'hôte des Mérode, il bénit le mariage de Montalembert

(1836). Six semaines plus tôt, il a célébré à Paris,

entre Albert de la Ferrronays agonisant et sa jeune

femme convertie du protestantisme, cette messe

nocturne que nous retrouverons tout à l'heure immortalisée par lui dans une des plus belles pages de la langue moderne. Premier consolateur de la veuve, il apporte à ce douloureux ministère les infinies res-

sources d'une âme délicate et gracieuse à miracle,

usant de tout, appelant à l'aide jusqu'à son aimable talent de poète, par exemple métamorphosant en <antique d'espérance, presque de joie, cette mélodie

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