‹ Dix-neuvième siècleChapitre 8 sur 63 · TC A ON ER ER LR ST PES RAR QE · texte numérisé non relu

TC A ON ER ER LR ST PES RAR QE

| QUELQUES GRANDS ÉVÊQUES #17 familière qu’'Alexandrine aurait autrement frémi d'entendre, parce qu’Albert n’est plus là, qui aimait à la chanter. Dieu a ses moments et ses hommes, Un peu plus tard, le P. de Ravignan poussera l'âme convalescente aux plus âpres cimes de l'héroïsme ; sous le coup et lorsque la plaie est encore saignante rien ne vaudrait, sans doute, l'abbé Gerbet, sa main légère, caressaute et comme veloutée. Aussi bien ne la croyons point molle : grâce et mollesse ne vont point nécessairement de pair.

Ne nous figurons pas davantage que la religion, que la piété même, perdent nécessairement en sérieux et en vigueur ce qu'elles peuvent gagner en beauté spéculative ou poétique ; ni qu'on ôte au surnaturel quelque chose de sa divine transcendance, quand on le montre comblant, en même temps qu'il les dépasse, les meilleures aspirations de la nature. Ce jansénisme inconscient ne tiendrait pas devant les deux opuscules que l'abbé Gerbet consacrait, vers ce temps là, aux deux sacrements dont l'usage fait éminemment la pratique religieuse : Eucharistie et pénitence. Les Considérations sur le dogme générateur de la piété catholique (4829), et les Vues sur le dogme catholique de la pénitence (1836) (1), sont les deux perles de son écrin littéraire; mais encore offrent-elles, selon nous, un intérêt bien supérieur.

En rattachant toute la piété à la doctrine de l'Eucharistie, l’auteur n’a fait ni un traité dogmatique ni un livre de dévotion (2); il a fait l'un et l’autre, en quoi il servait très bien et la dévotion et la foi du même coup. En religion comme ailleurs, plus

(1) Le second de ces deux écrits parut d’abord dans l’'Université catholique.

(2) Dogme généraleur. Préface.

qu'ailleurs peut-être, quel sentiment vaut, agit et dure, s’il ne fleurit d'une conception précise et d'une conviction assurée ? Par contre, il y a pour la foi même une force et une gloire à se sentir en parfait et profond accord avec tout ce que l'âme a de plus haut et de meilleur, à expérimenter doucement et l’admirable cohésion des vérités révélées et leur correspondance avec le naturel développement de l'amour (1). Or, l'Eucharistie est bien, ici-bas, le dernier effort, le dernier mot de l'amour de Dieu

pour l’homme; elle n’est pas moins le dernier terme.

où allait très confusément, irès inconsciemment, l'amour de l'homme pour Dieu. Dans la partie systématique de l'Zssai sur l'Indifférence, Lamennais, poussant à outrance le fait de la révélation primitive, s'était donné l'illusion de retrouver sous les paganismes antiques tous nos dogmes déjà pré-

sents et presque formels. Gerbet, plus mesuré,

dégage ce qu'il y a là de vrai, d'utile. Partout il prend sur le fait le désir, l'espérance d'une étroite union entre l’homme et Dieu, d'une « présence humaine de la Divinité.» Voilà qui apparaît implicite dans tous les grands actes des liturgies con-

nues, dans la prière, dans le sacrifice, dans la.

communion, presque partout traditionnelle, c'est-

à-dire dans le fait de participer plus ou moins aux

victimes immolées. Autant de rites moralement universels; autant de phénomènes d'âme, fort incapables de suppléer la révélation chrétienne ou-même de l'introduire, mais recevant d'elle leur pleine lumière, et, du même coup, lui rendant l'hommage

d'une analogie vérifiée, d'un pressentiment qui s'é-

(1) Dogme générateur. Préface.

claire et se relève à l'infini, en se réalisant d'une facon transcendante, incomparable. C'est l’œuvre du Christianisme, de l’Incarnation continuée et comme universalisée dans l’Eucharistie. L'Eucharistie nous illumine, en les comblant, tous ces vagues instincts d'union à Dieu, honneur et tourment de notre nature ; en même temps, elle présage, commence, inaugure, l’union parfaite du ciel.

Rien d'étrange, dès lors, si elle est le centre, l’âme, le tout moral de la vie chrétienne. Vie pratique ou du dehors, et vie mystique ou intérieure : l’'Eucharistie nous anime à l’une en nous établissant dans l’autre. Vie sociale encore : l'Eucharistie est la source intarissable de cette charité catholique où l’on ne donne plus seulement du sien, à l'exemple et pour la gloire du Dieu créateur, mais où l'on se donne soi-même, à l'exemple et pour l'amour du Verbe fait chair et aliment. Ici, revenant à la vie intérieure, à cet universel appétit d'union à Dieu qui lui a servi de point de départ, l’auteur écrit son merveilleux chapitre huitième, que Sainte-Beuve, en 4851, savait encore admirer. Dans le catholicisme, dans l'Eucharistie, pas d'union illusoire, panthéiste, quiétiste, où se perde, soit la majesté divine, soit la personnalité humaine. Les deux natures demeurent elles mêmes, les deux termes extrêmes gardent leur distance infinie; ils viennent cependant à se toucher jusqu'à s'unir. Sans métamorphose ni déchéance, le Verbe a fait personnellement sienne une nature humaine individuelle; sans nous tirer de notre condition native, par sa parole, par sa grâce, par son Eucharistie avant tout, il nous fait déjà participants de la nature divine. Et qui opère cette conjonction, cette ren-

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