CHAPITRE XVII
ET AIN. Stt = 735,29.
L'étaia livré au commerce est fréquemment d'uDe pureté presque parfaite. H est blanc; son éclat métallique est trèsbrillant et se ternit lentement au contact de l'air humide. Il a une saveur et une odeur très-caractérisées. Il est ductile, malléable, assez tenace, mou et dépourvu de toute élasticité. Lorsqu'on plie un barreau d'étain, il fait entendre un craquement particulier, désigné sous le nom de cri de Pétain. Sa densité varie do 7,285 à 7,293. L'étain entre en fusion un peu au*dessu8 de 220 degrés ; il n'est pas notablement volatil. Il est insoluble dans l'eau, et no s'altère qu'à la longue dans l'eau aérée : il ne décompose l'eau qu'à une température plus élevée que le rouge sombre.
L'acide azotique très-concentré est presque sans action sur l'étain à froid ; à l'aide de la cbaleur, l'action est extrêmement vive et le métal est entièrement transformé en bioxyde. L'acide un peu étendu agit beaucoup plus facilement, et donne naissance à des produits divers, variables avec le degré de coucentration de l'acide et avec la température.
Lorsqu'on opère à froid avec de l'acide très-étendu d'eau, le métal se dissout lentement ; la liqueur acide contient de l'azotate de protoxyde d'étain et de l'azotate d'ammoniaque.
Avec l'acide un peu concentré, agissant à la température de 40 à 50 degrés, il se produit encore un peu d'azotate d'ammoniaque, mais il no se forme que très-peu d'azotate de protoxyde ; la majeure partie, ou même la totalité de l'étain passe à l'état de bioxyde bydraté, à peine soluble dans un très-grand excès d'acide azotique.
En attaquant l'étain par l'acide azotique étendu, en évaporant jusqu'à siccité, on obtient certainement la totalité de l'étain à l'état de bioxyde, insoluble dans l'eau et dans l'acide azotique.
L'eau régide, même très--étendue d'eau, agit très-énergique-
ment sur l'étain, et le dissout entièrement toutes les fois que la
proportion de l'acide chlorhydrique est un peu forte. La dissolu-- T. rr. 31
tion est stable ; on peut la faire chauffer pendant quelque temps à l'ébullition sans qu'elle se trouble, mais les vapeurs acides entraînent une certaine quantité d'étain.
Cette dissolution se trouble, et laisse déposer de Toxyde d'étain lorsqu'on Tétend de beaucoup d'eau. Cet effet est produit trèsfacilement lorsqu'on a dissous le métal dans l'eau régale contenant beaucoup d'acide azotique ; il faut une quantité d'eau bien plus grande pour faire apparaître le précipité d'oxyde d'étain lorsqu'on a employé de l'eau régale très-chlorhydrique. Dans tous les cas, la dissolution reste claire quand on a mis^ avant l'addition d'eau, une petite quantité d'acide tartrique.
L'acide acétique et plusieurs matières organiques ont, peut-être à un degré moins marqué que l'acide tartrique, la propriété d'em^^ pécher la dissolution régale de l'étain de se troubler quand on l'étend de beaucoup d'eau.
L'acide sulfurique étendu est presque sans action sur l'étain à la température ordinaire : il l'attaque et le dissout lentement à l'aide de la chaleur, avec dégagement d'hydrogène» L'acide sulfurique concentré n'est pas décomposé par l'étain à froid : à la température de 100 degrés, l'action est très-vive \ l'acide et l'eau sont décomposés avec dégagement d'hydrogène , d'acide sulfureux et d'hydrogène sulfuré; ces deux gaz agissent l'un sur l'autre^ et il en résulte un dépôt de soufre. L'étain est dissoas à l'état de protoxydc ou de bioxyde, suivant l'excès d'acide employé, suivant son degré de concentration.
L'acide sulfureux, en présence de l'eau, dissout trèi^entement l'étain.
L'acide chlorhydrique concentré dissout l'étain, même à froid, avec dégagement d'hydrogène. Le même acide, très-étendu d'eau, agit très4entement à la température ordinaire; maÎB^ à l'aide do la chaleur, il dissout assez promptement le métal% La dissolution est très-stable ; on peut l'étendre d'eau et la porter à l'ébullition sans qu'elle se trouble. Lorsqu'on Tabandonne pendant lin certain temps au contact de l'air, elle se trouve contenir une partie de l'étain à l'état de bioxyde; elle se trouble alors par addition d'oaii.
Lorsqu'on fait chauffer à ébullition l'étain très ^divisé dans une dissolution concentrée de potasse ou dô soude, il y a dégagement lent d'hydrogène, et formation de stannate alcalin.
ÊTAIN. 483
L'étain est 'attaqué et partiellement dissous lorsqu'on le fait chauffer à 100 degrés dans des dissolutions concentrées de plusieurs sels neutres, notamment des chlorures alcalins, et même de sel atnmoniac.
L'étain s'oxyde assez rapidement quand on le chauffe au con* ctain tact de l'air; mais il est difficile d'obtenir ainsi sa transformation complète en bioxyde, même en faisant chauffer longtemps sous le moufle le mélange d'oxydes qui est d'abord obtenu.
Les deux composés les plus importants de l'étain et de l'oxy*gfene sont le protoxyde SnO et le bioxyde SnO*. On a démontré l'existence du sesquioxyde Sn'O* ; il existe même dans la nature en cristaux assez bien définis. On produit quelquefois dans les opérations analytiques * le composé Sw'O^, qui répond à l'oxyde magnétique de fer.
Tous ces oxydes sont réduits avec facilité par l'hydrogène ^ par l'oxyde de carbone, par les hydrogènes carbonés, par le charbon. La réduction du protoxyde et du bioxyde combinés avec la sih'cc est très-difficile. Elle ne peut être produite que par le charbon ou par le fer métallique, à une température très-élevée.
Les oxydes d'étain, lorsqu'ils sont isolés, sont réduits plus facilement que l'oxyde de fer, soit parles gaz, soit par le charbon 5 mais dans les scories qui contiennent en même temps do Toxydo d'étain et de l'oxyde de fer, il est impossible de réduire entièrement l'oxyde d'étain par le charbon sans ramener en même temps la totalité du fer à l'état métallique.
L'étain se combine directement avec le soufre à l'aide de la Eiaîn chaleur. On connaît trois sulfures, dont les compositions sont ** soufre. représentées par les formules SnS, Sn*S% SnS*. Le protosulfure et le bisulfure se présentent assez fréquemment dans les analyses, et nous devons insister un peu longuement sur leurs propriétés principales.
Protosulfure. SnS. — Le protosulfure chauffé au rouge, à l'abri du contact do l'air, se présente avec une texture cristalline et l'éclat presque métallique : il est d'un gris foncé, presque noir.
n est fusible au-dessus du rouge sombre, et il est notablement volatil; il perd plusieurs centièmes de son poids par volatilisation lorsqu'on le maintient au ronge vif dans un creuset fermé pcn-
* Eu fiiUant agir la tapeur d'eau sur le sulfure d'étain chauffé au rouge sombre.
dant un temps assez court, pendant dix ou quinze minutes* Il se
volatilise avec beaucoup plus de facilité dans un courant gazeux.
Chauffé au contact de Tair, il s'oxyde avec rapidité ; les produits
sont variables avec les conditions dans lesquelles on effectue le
grillage.
Lorsqu'on fait chauffer le sulfure dans un creuset presque fermé , on obtient du bioxyde d'étain et de Tacide sulfureux. Si, au contraire, le grillage est fait sous le moufle, dadfi une capsule ouverte, le soufre se dégage en partie à l'état d'acide sulfureux ; une partie se transforme en acide sulfurique, qui reste combiné avec le bioxyde d'étain; on ne débarrasse pas l'oxyde de l'acide sulfurique en faisant ensuite chauffer très-fortement et très-longtemps.
Le sulfure d'étain est insoluble dans l'eau ^, il est complètement décomposé par la vapeur d'eau, au rouge sombre, avec formation d'oxyde d'étain : il se dégage de l'hydrogène et de l'hydrogène sulfuré.
L'acide cblorhydrique étendu est, à froid, presque sans action sur le sulfure d'étain ; il le décompose lentement à l'aide de la chaleur, avec dégagement d'hydrogène sulfuré. L'acide cblorhydrique un peu concentré attaque le sulfure, lentement à froid, très-rapidement à la température de 100 degrés.
L'acide azotique étendu n'agit facilement sur le sulfure d'étain qu'à l'aide de la chaleur ; il sépare à l'état libre la majeure partie du soufre, et dissout le métal. L'acide azotique concentré attaque très-énergiquement le sulfure, surtout lorsqu'on fait chauffer à 40 ou SO degrés : l'étain est transformé en bioxyde, qui reste indissous : le soufre passe en partie à l'état d'acide sulfurique.
L'eau régale cblorhydrique dissout rapidement l'étain du sulfure, en séparant à l'état libre la majeure partie du soufre. On ne parvient à transformer tout le soufre en acide sulfurique qu'en faisant agir l'eau régale un peu fortement azotique, préalablement chauffée h 80 degrés environ, sur le sulfure porphyrisé ; dans ce cas, une partie du bioxyde d'étain formé ne se dissout pas dans la liqueur régale.
Par voie sèche le sulfure d'étain se combine aisément avec les sulfures alcalins et avec un grand nombre de suif ui*es métalliques : les composés sont presque tous très-fusibles. Lorsqu'on a fondu le sulfure d'étain avec des monosulfures alcalins en proportion
ÉTA.IN. 485
considérable ) en traitant par Teau la matière refroidie, on dissout la majeure partie, quelquefois même la totalité du sulfure d'étain : la dissolution contient le sulfure SnS combiné avec le sulfure alcalin : on doit donc admettre que le protosulfure peut se comporter comme acide avec les sulfures alcalins par voie hu«* mide aussi bien que par voie sèche.
Les sulfures doubles d'étain et de fer, fondus au rouge vif, acquièrent une fluidité parfaite : en cet état, ils peuvent absorber une proportion assez forte de fer ou d'étain, en perdant seulement un peu de leur fluidité. Le fer métallique, en si grand excès qu'il soit employé, n'en précipite pas d'étain : il se produit une matte homogène qui cesse de dissoudre du fer au moment où elle devient presque solide à la température à laquelle on opère, et qui peut en absorber une nouvelle quantité si on la porte à un degré de chaleur plus élevé.
On obtient fréquemment dans les analyses le protosulfure d'étain par voie humide, en faisant arriver un courant d'hydrogène sulfuré dans une liqueur chlorhydrique contenant l'étain à l'état de protoxyde. Pour obtenir la précipitation complète de l'étain, il faut prendre quelques précautions.
L'hydrogène sulfuré est conduit dans la liqueur fortement acide : on étend progressivement d'eau à mesure que le gaz est en plus grand excès. Lorsque la liqueur étendue, alors faiblement acide, émet une odeur très-forte d'hydrogène sulfuré, on bouche la fiole et on laisse le gaz en excès agir pendant vingt-quatre heures ; on enlève le bouchon, et on attend que l'hydrogène sulfuré libre se soit dégagé presqu'en totalité, à la température ordinaire. A ce moment, tout l'étain est certainement précipité à l'état de protosulfure ; il est accompagné d'une petite quantité de soufre libre, produit par l'action de l'air sur l'hydrogène sulfuré.
Le sulfure est d'un brun très-foncé ; il est peu volumineux, peu gélatineux : on le lave facilement par décantations avec de l'eau pure. Dans ces lavages les liqueurs sont rendues légèrement laiteuses par le soufre libre très-di visé ; mais il est toujours facile de reconnaître le sulfure d'étain nettement rassemblé, et l'aspect laiteux des liqueurs ne retarde pas les décantations.
Ce sulfure est insoluble dans l'eau, inaltérable à l'air à la température ordinaire, et même au-dessus de 100 degrés; il a les
486 MÉTAUX PROPREiMENT DITS.
mêmes propriétés que le sulfure fortement chauffé ; il est seul^ ment plus facilement attaqué par les acides, il est un peu soluble dans Veau saturée d'hydrogène sulfuré.
Le sulfure d'étain, précipité par rhydrogône sulfuré, séché seulement à 100 degrés, est lentement décomposé lorsqu'on le fait chauffer à TébulUtion dans une dissolution concentrée de potasse ou de soude ; il est à peine attaqué par les dissolutions concentrées des carbonates alcalins ; il est insoluble dans l'ammoniaque étendue.
Il se dissout lentement, mais complètement dans le sulfhydrate d'ammoniaque peu sulfuré, et dans les dissolutions des monosulfures de potassium et de sodium : il se dissout bien plus rapidement dans les dissolutions des persulfures alcalins, et dans le sulfhydrate d'ammoniaque fortement coloré. Les liqueurs contiennent alors l'étain on partie à l'état de bisulfure, en partie seulement à l'état de protosulfurc, tous les deux combinés avec les sulfures alcalins. En traitant par l'acide chlorhydrique faible la dissolution du sulfure d'étain dans les monosulfures et dans les persulfures, on obtient des précipités dont la couleur varie du brun très-foncé au jaune très-légèrement brunâtre.
Cette dernière coloration est celle du persulfure ; on peut estimer, d'après la couleur des précipités produits par Tacide chlorhydrique, quelle proportion du protosulfure d'étain a passé à l'état de persulfure par l'action des réactifs sulfurants.
Dans tous les cas, on obtient la précipitation totale des sulfures d'étain en prenant les précautions suivantes : on emploie l'acide chlorhydrique très-étcndu ; on le verse très-progressivement dans la dissolution jusqu'au moment où le sulfure alcalin est entièremont décomposé. On laisse le précipité se rassembler, et l'hydrogène sulfuré se dégager lentement à la température ordinaire : on décante la Uqueur, et on lave le précipité par décantations avec de l'eau froide , jusqu'à ce qu'on ait certainement dissous la totalité des chlorures alcalins.
Vers la fin des lavages les Uqueurs restent longtemps troubles, par suite du soufre très-divisé qui se rassemble avec la plus grande lenteur. Lorsqu'il s'agit de la détermination de l'étain, il est prudent de faire passer sur un filtre toutes les liqueurs décantées.
Le protoflulfiire d'étain contient :
EUJ» 78,55
Soufre , 21,45
Bisulfure. SnS*. -<- Le periulfure peut être préparé par voie sèche ou par voie humide,
Le sulfure obtenu par voie sèche est ordinairement désigné sous le nom dW massif; il est en écailles micacées d'un jaune légèrement bronzé, très--tendres : il adhère asses fortement à tous les corps durs sur lesquels on le frotte.
Il est décomposé par la chaleur, et transformé complètement en protosuif uro au rouge. Il est assez difficile de produire cette transformation sans perdre un peu d'étain, car elle n'a lieu qu'au rouge, c'est-à-dire au degré de chaleur auquel le protosul* fure donne déjà des vapeurs très^appréciables .
L'or mussif est insoluble dans l'eau, dans les acides non oxy« dants très-étendus : il se dissout lentement à froid dans l'acide chlorbydrique un peu concentré : le môme acide l'attaque assez rapidement à l'aide de la chaleur, avec dégagement d'hydrogène sulfuré. L'acide azotique et l'eau régale agissent sur lui comme sur le protosulfure.
Le porsulfure se dissout lentement dans les dissolutions oon^ centrées des alcalis caustiques et des carbonates alcalins : les liqueurs contiennent des sulfosels et des stannates ; traitées progressivement par l'acide cblorhydrique étendu, elles laissent déposer la plus grande partie de l'étain à l'état de sulfure ; mais il reste toujours un peu d'étain en dissolution dans l'acide cblorhydrique.
L'or mussif se dissout un peu plus rapidement dans le sulfhydrate d'ammoniaque et dans les sulfures alcalins : dans ces dissolutions l'étain se trouvant seulement à l'état de sulfosels, il est entièrement précipité à l'état de sulfure lorsqu'on décompose les sulfures alcalins par l'acide cblorhydrique faible.
Par voie sèche, le persulfure d'étain se combine aiséuient avec les sulfures alcalins et avec la plupart des sulfures métalliques, en produisant des sulfostannates qui résistent très'bien à l'action de la chaleur.
Par fusion avec les alcalis caustiques ou avec les carbonates alcalins, le persulfure d'étain est partiellement décomposé : il se produit, de même que par voie humide, des stannates et des sulfostannates : en traitant la matière fondue par l'eau, et en faisant chauffer modérément, on parvient presque toujours à la dissoudre en totalité.
Le persulfure d'étain, intimement mélangé avec du sel ammoniac, chauffé lentement jusqu'au rouge, à l'abri du contact de l'air, est décomposé partiellement ou en totalité suivant la proportion du sel ammoniac : i'étain passe à l'état de chlorure qui se volatilise : la même action a lieu pour le protosulfure d'étain.
On obtient le persulfure d'étain par voie humide de deux manières différentes : en faisant agir l'hydrogène sulfuré sur une dissolution chlorhydrique du bioxyde d'étain : en traitant cette dissolution par l'ammoniaque et par le sulfhydrate, et en décomposant ensuite le sulfure alcalin par l'acide chlorhydrique. Nous indiquerons les précautions qu'il convient de prendre pour obtenir la totalité de I'étain à l'état de persulfure.
Lorsqu'on fait agir l'hydrogène sulfuré sur une dissolution chlorhydrique, la liqueur est fortement acide; on ajoute peu à peu une très-grande quantité d'eau, à mesure que l'hydrogène sulfuré est en excès. On bouche la fiole, et on laisse le gaz agir pendant vingts-quatre heures : on enlève le bouchon, on attend que l'hydrogène sulfuré se soit dégagé presque entièrement ; on décante la liqueur acide : on lave le sulfure avec de l'eau pure, et seulement à froid. Le sulfure se rassemble assez nettement, et le lavage ne présente pas de difficulté spéciale.
On peut encore opérer comme nous l'avons indiqué pour l'antimoine: on ajoute un peu d'acide tartrique à la liqueur chlorhydrique ; on l'étend de beaucoup d'eau avant de faire arriver l'hydrogène sulfuré.
Pour le second mode de production du sulfure d'étain, on étend d'eau la liqueur chlorhydrique, on sature l'acide par l'ammoniaque , on ajoute du sulfhydrate en excès, on agite jusqu'à ce que le précipité produit par l'ammoniaque se soit dissous dans le sulfhydrate ; on bouche la fiole et on laisse en repos pendant quelques heures.
On verse ensuite progressivement de l'acide chlorhydrique étendu, jusqu'à décomposition totale du sulfhydrate. On attend
que l'hydrogène suif are se soit dégagé ; le précipité de sulfure d'étain mélangé de soufre libre est alors nettement rassemblé, on décante la liqueur, on lave le précipité à plusieurs reprises par décantation, avec de l'eau froide.
Dans les premiers lavages la liqueur s'éclaircit assez promptement ; au contraire pour les dernières décantations, lorsque le sel ammoniac, dont le précipité est imprégné, est presque complètement enlevé, le sulfure d'étain se rassemble avec une grande lenteur, le soufre libre reste longtemps en suspension ; il faut faire passer à travers un filtre les liqueurs décantées, autant du moins qu'il est nécessaire de recueillir la totalité du sulfure d'étain.
Ces précautions sont à peu près celles que nous avons déjà signalées pour la précipitation de Fétain à l'état de protosulfure ; les diiFérences sont cependant assez importantes dans l'applica* tion. Lorsqu'il s'agit du persulfure, on n'a pas autant à craindre l'acidité des liqueurs, car le persulfure est moins facilement dissous, à froid, par l'acide chlorhydrique que le protosulfure ; le persulfure est, au contraire, plus soluble dans Teau chargée d'hydrogène sulfuré ; la précipitation n'est complète qu'au moment où la liqueur acide n'a plus qu'une odeur très-faible.
Le persulfure préparé par voie humide est un peu grenu, il est plus volumineux et plus hygrométrique que le protosulfure ; il est difficile de le dessécher complètement à 100 degrés.
Il est d'un jaune légèrement brunâtre tant qu'il est humide, et d'un jaune plus foncé lorsqu'il a été desséché. Les propriétés sont celles du sulfure obtenu par voie sèche ; seulement il est plus aisément décomposé par les acides, et il se dissout plus rapidement dans le sulfhydrate, dans les sulfures alcalins, dans les alcalis caustiques, et dans les carbonates alcalins.
Il peut se combiner par voie humide avec un certain nombre de sulfures métalliques^ et former des sulfostannates insolubles dans l'eau, presque tous solubles dans l'acide chlorhydrique ; le suifhydrate d'ammoniaque, employé en grand excès, les décompose lentement en dissolvant le sulfure d'étain.
Dans les analyses des minerais et des produits d'art , il faut toujours avoir égard à la formation de ces sulfosels.
Ainsi, lorsqu'on traite par l'ammoniaque et par le sulfhydrate une liqueur acide contenant de Tétain et du plomb, le plomb est
eotièrement précipité à l'état de sulfure; mais ce dernier retient une quantité appréciable de sulfure d'étain lorsqu'il n'a pas été lavé longtemps avec du sulfbydrate étendu. Ces lavages prolongés ne suffisent même pas toujours pour enlever ]a totalité du sul* fure d'étain au sulfure de plomb ; il faut quelquefois redissoudre lo sulfure de plomb, et recommencer la précipitation par Vam* moniaque et par le sulfbydrate.
Nous rappellerons que le sulfure do cuivre devient solublo dans le sulfbydrate en présence du sulfure d'étain*
Le persulfure d'étain contient :
EUin 64,68
Soufre 35^52
L'étain et lo clilore ont beaucoup d'affinité l'un pour l'autre; ou et chlore, connaît deux chlorures dont on représente la composition par les formules SnC/, SnC/' ; dans les opérations analytiques, ces chlorures se présentent très-rarement ; on n'a le plus souvent à traiter que les dissolutions chlorhydriqucs, qui renferment le protoxyde ou lo bioxyde d'étain.
Protochlorure anhydre . S/iC/. — Le protochlorure est solide, blanc, doué d'un certain éclat, fusible un peu au-dessus du rouge sombre, très-volatil dès qu'il est en fusion, entièrement distiilable au rouge,
11 est soluble dans l'eau, lorsque ce liquide est employé en faible proportion ; mais il est partiellcmeut décomposé quand on le met en contact avec une grande quantité d'eau. Il n'est pas décomposé, ou du moins on obtient une liqueur claire, lorsqu'on met le protochlorure en contact avec l'eau acidifiée par Tacidc chlorhydrique.
JHssolution chlorhydrique. -* La dissolution dans l'acide est assez stable ; on peut la porter à l'ébuUition et la concentrer par évaporation sans qu'elle devienne trouble. La dissolution chlorhydrique, chaude et concentrée, laisse déposer par refroidissement des aiguilles cristallines qui paraissent contenir du chlorhydrate de protoxyde d'étain. Cette dissolution commence & se troubler lorsqu'on V étend de beaucoup d'eau ; on peut prévenir le trouble par addition d*un peu d'acide tartrique.
La dissolution chlorhydrique absorbe rapidement Toxygène de Tair; après un certain temps d'exposition à Tair elle se comporte comme un mélange de chlorhydrate de protoxyde et de bioxyde d'étain. Lorsqu'elle est fortement acide, elle ne se trouble pas. Lorsqu'elle est peu acide, elle se trouble assez promptement, et laisse déposer une certaine quantité de bioxyde hydraté, très-dif« ficile II laver.
Elle se comporte comme réductif très*énergique aveo les liqueurs acides qui renferment du peroxyde de fer, des oxydes d'or, de mercure, d'antimoine, etc.,. Avec la dissolution do chlorure d'or elle donne des précipités de couleur très*variablo, depuis le vert jusqu'au brun rougeàtre très-vif, contenant l'or à l'état métallique, mélangé avec de l'oxyde d'étain hydraté. On utilise rarement dans les analyses cette faculté réductrice, parce que la présence de l'étain introduit généralement de très-grandes difficultés dans les opérations.
Perchlorure anhydre* SnCP. — Le perchlorure d'étain est liquide, incolore, très-volatil; il donne des vapeurs abondantes h la température ordinaire ; il entre en ébullition à 120 degrés. Les vapeurs, au contact de l'air humide, produisent des fuméei blanches très-abondantes.
U absorbe le gaz ammoniac, et parait former avec ce gaz plusieurs composés différents ; ils sont assez stables, mais leurs compositions n'ont pas encore été bien déterminées. Le perchlorure d'étain se combine avec plusieurs chlorures ; ces composés n'ont pas d'importance au point de vue spécial des analyses.
£n présence de l'eau liquide le perchlorure d'étain parait se décomposer dans toutes les circonstances, eu acide chlorhydrique et en bioxyde d'étain ; lorsque le chlorure et l'eau sont dans des proportions convenables, au plus 4 parties d'eau pour l partie de chlorure, l'acide chlorhydrique se combine avec l'oxyde d'étain. Le chlorhydrate de bioxyde est soluble dans l'eau, et, de plus, ime fois formé, il peut être mis en contact avec une assez grande quantité d'eau sans se décomposer ; il est soluble dans l'alcool.
Si le chlorure d'étain est mis de suite en présence d'une trèsgrande quantité d'eau, il se forme un dépôt de bioxyde d'étain hydraté ; ce dépôt n'a pas lieu lorsque le chlorure est traité par l'eau acidifiée par l'acide chlorhydrique ou par l'acide tartrique.
DissohUion chlorhydrique de bioxyde détain. — Cette dis*
solution n'est stable qu'en présence d'un grand excès diacide chlorhydrique, ou bien quand on lui ajoute un peu d'acide tartrique. Lorsqu'on la fait cbauSer à lUO degrés, ou bien lorsqu'on cherche à la concentrer par évaporation, il y a perte assez considérable d'étain, dont le chlorhydrate est entraîné par les vapeurs acides.
L'acide azotique rend la dissolution chlorh y drique plus instable ; les dissolutions régales de l'étain se troublent plus facilement par addition d'eau que les liqueurs exclusivement chlorhydriques. Euin On a très-peu étudié l'action du phosphore sur J'étain. On a
•* ^^••P*'^''®' préparé un phosphure contenant 15 pour 100 de phosphore; il est blanc comme l'étain, un peu plus dur et moins malléable que le métal pur ; il est très-fusible et cristallise par refroidissement lent. U est attaqué par les acides non oxydants, avec dégagement d'hydrogène et d'hydrogène phosphore. L'eau régale le dissout facilement lorsque la proportion d'acide chlorhydrique est suffisante; la liqueur acide contient le phosphore à l'état d'acide phosphorique.
Traité par l'acide azotique concentré, le phosphure est facileattaque ; l'étain passe à l'état de bioxyde, insoluble dans l'acide; le phosphore est transformé en acide phosphorique, qui se dissout, au moins en grande partie. La liqueur azotique ne contient pas d'étain lorsqu'on l'a fait chauffer à 100 degrés pendant quelques heures ; mais l'oxyde d'étain retient une partie de l'acide phosphorique.
EttiD L'arsenic et l'étain paraissent se combiner en toutes propor-
et traenic. tions, OU, du moins, on n'a pas cherché à préparer des combinaisons définies. Les arséniures sont beaucoup moins blancs que l'étain pur; leur texture est lamellaire ; ils sont cassants et trèsaigres, alors même que la proportion d'arsenic est faible.
L'acide chlorhydrique concentré attaque tous les arséniures d'étain, en dissolvant la totalité du métal ; il se dégage de l'hydrogène et de l'hydrogène arsénié, une partie seulement de l'arsenic reste indissoute.
L'acide azotique concentré oxyde énergiquement l'arsenic et l'étain ; lorsqu'on a fait chauffer pendant plusieurs heures à 100 degrés, la totalité de l'étain est à l'état de bioxyde, indissous par l'acide azotique. Il retient une proportion appréciable d'acide arsénique, qu'on ne parvient pas à lui enlever par des lavages
très - prolongés , faits avec de l'acide azotique étendu ou concentré.
L'étain se combine aisément avec tous les métaux ; plusieurs Alliages, de ses alliages sont employés dans l'industrie ; nous en avons déjà cité quelques-uns dans le chapitre xui.
Etain et métaux alcalins. — L'affinité do l'étain pour le potassium et pour le sodium n'est pas aussi évidente que celle de l'antimoine. En fondant l'oxyde d'étain au creuset brasqué, après l'avoir intimement mélangé avec de la crème détartre, on obtient un culot métallique dont l'aspect et les propriétés sont ceux de l'étain pur, et qui renferme à peine 1 pour 100 de potassium. On n'obtient des alliages qu'en mettant en contact les métaux alcalins et l'étain* à une température un peu élevée.
Etain et tungstène. — Le wolfram se trouve en proportion variable dans la plupart des minerais d'étain ; dans le traitement métallurgique l'acide tungstique est partiellement réduit, l'étain obtenu renferme du tungstène.
On obtient des alliages définis en chauffant au creuset brasqué des mélanges en proportions convenables d'oxyde d'étain et d'acide tungstique. Ces alliages sont blancs , plus durs que l'étain pur; ils sont malléables et ductiles, alors même qu'ils contiennent beaucoup de tungstène ; mais l'étain renfermant du tungstène, même en proportion très-faible, ne peut pas être employé pour l'étamage. Quelques millièmes de tungstène suffisent pour enlever à l'étain une partie de sa valeur commerciale.
L'influence du wolfram sur la valeur des minerais d'étain est telle que dans quelques usines anglaises on cherche à purifier les minerais par une fusion préalable avec du carbonate de soude, et par le lessivage de la matière fondue.
Les alliages d'étain et de tungstène sont plus difficilement attaqués que l'étain pur par l'acide chlorhydrique et par les acides non oxydants.
En faisant agir l'acide chlorhydrique concentré, on parvient à dissoudre la totalité de l'étain ; une partie du tungstène reste indissoute. L'acide azotique attaque rapidement ces alliages, surtout à l'aide de la chaleur ; les deux métaux sont transformés en
bioxyde d'étain et en acide tungstique, tous les deux insolubles dans l'acide azotique. L'eau régale un peu étendue dissout les deux métaux ; en soumettant la liqueur acide à une ébullition un
peu prolongée, Taoide tungstiquo se sépare à peu près en totalité, entraînant une partie de l'oxyde d'étain.
Etain et fer, -^ h* éiain a beaucoup d'affinité pour le fer; la combinaison des deux métaux a lieu au-dessous du rouge sombre; elle paraît se faire en toutes proportions* On n'obtient des composés définis qu*en chauffant au creuset brasqué des poids déterminés des oxydes de fer et d'étain, ou bien en mettant en présence de l'étain fondu des quantités calculées de for métallique. Dans les arts, on n'allie l'étain au fer que pour préparer le fer blanc.
Cette préparation se fait de la manière suivante : On plonge les objets en fer travaillés, parfaitement décapés, dans un bain d'étain fondu : on laisse l'étain agir sur le fer pendant un temps plus ou moins long, suivant qu'il est nécessaire de faire pénétrer plus profondément l'action de Tétain. On recouvre ensuite ces objets d'une couche d'étain pur, en les plongeant pendant quelques instants dans un nouveau bain d'étain. Dans cette préparation, trës-simple d'exposition, mais d'application très-délicate , le fer-blanc présente, de la surface vers le centre, un passage graduel de l'étain pur au fer également pur.
Le fer enlève à l'étain la malléabilité et la ductilité ; l'étain plus ou moins ferreux qui se produit dans la préparation du fer-blanc, par suite de la dissolution partielle du fer dans les bains métalliques, ne peut avoir aucun usage industriel : on cherche à en retirer ime partie de l'étain h peu près pur par liquation.
On fait fondre très-lentement l'étain ferreux ; les premières parties métalliques qui entrent en fusion ne contiennent que trèspeu de fer, tandis que les dernières en retiennent une proportion très-forte. Nous ferons à ce sujet une observation importante. L'étain ferreux en fusion doit être considéré commode l'étain pur contenant en dissolution un composé défini du fer et de l'étain, bien moins fusible que l'étain pur; le même métal solidifié par refroidissement doit donc être un mélange d*étain pur et du composé défini des deux métaux. H semblerait qu'en chauffant cette matière métallique avec des précautions convenables, on pourrait séparer la plus grande partie de l'étain, en laislSant infusible le composé défini des deux métaux.
Dans la liquation, on n'obtient jamais ce résultat : si lentement qu'on élève la température, les premières gouttes d'étain fondu
ËTAIN. 49K
contioniient déjà du fer, et la proportion de ce métal augmente assez rapidement, à mesure qu'on chauffe davantage. Il faut admettre que l'étain libre dissout progressivement l'alliage défini, à mesure que l'étain lui-même entre en fusion.
Les alliages de fer et d'étain sont attaqués par l'acide chlorhy* drique, et par les autres acides non oxydants, à pou près avec la même facilité que Tétain pur ; les liqueurs acides contiennent l'étain et le fer à l'état de protoxydes. L'eau régale dissout aisément ces alliages, la liqueur contient le peroxyde de fier et le bioxyde d'étain.
En faisant agir l'acide azotique concentré, à la température de 100 degrés, sur les alliages de fer et d'étain, on transforme promptement l'étain en bioxyde qui reste indissous, et le fer en azotate de peroxyde. La séparation des deux métaux n'est cependant pas rigoureuse ; l'oxyde d'étain calciné a toujours une teinte un peu rouge&tre, qui accuse la présence d'un peu d'oxyde de fer ; et, en même temps, la liqueur azotique retient quelquefois un peu d'oxyde d'étain.
Eiain et antimoine. -^ L'antimoine et l'étain se combinent avec la plus grande facilité à un degré de chaleur peu élevé, et dans toutes proportions. On n'obtient des alliages définis qu'en mettant en présence de l'étain fondu dès quantités calculées d'antimoine. Les alliages sont presque aussi blancs que l'étain pur ; ils sont plus durs, moins ductiles et moins malléables* Lorsque la proportion d'antimoine dépasse 20 pour 100, les alliages ne peuvent plus être laminés que très-difficilement ; on peut aisément pulvériser les alliages qui contiennent parties égales des deux métaux.
L'acide cblorhydrique étendu les attaque difficilement ^ : l'acîde chlorhydrique concentré les dissout complètement , mais lentement, à l'aide de la chaleur ; l'hydrogène qui se dégage est accompagné d'une proportion très-notable d'hydrogène antimo» nié. Lorsqu'on arrête l'action de l'acide avant que l'alliage soit entièrement dissous, le résidu contient une proportion d'antimoine bien plus forte que celle contenue datos l'alliage ; l'étain
i SvWaniqvelqiitsohiAiwIefl, Il leitU |KntîMe de dissiMiâre eatiërettest TéUin el de laisser rantimoiDe indissoiM, en faisant agir l'acida chlorhydrique étendu sur les alliages des deux métaux. Daus les nombreuses expériences que nous ayons imites, nous n^avons pas réussi à obtenir ce résultat.
se dissout donc dans l'acide chlorhydrique plus facilement que l'antimoine.
L'eau régale chlorhydrique attaque rapidement les alliages, et dissout les deux métaux ; par addition d'eau , la liqueur se trouble : le précipité contient de l'acide antimonique et de l'oxyde d'étain ; il reste en dissolution un peu d'oxyde d'étain lorsqu'on n'a pas ajouté une quantité d'eau trop considérable. L'acide azotique concentré transforme les métaux en acide antimonique et en bioxyde d'étain, tous les deux insolubles dans l'acide azotique.
Etain et zinc. — Les deux métaux se combinent aisément à l'aide de la chaleur ; mais lorsqu'on chauffe au-dessus du rouge vif, une partie du zinc se volatilise. Si en chauffe au creuset brasqué, à la température des essais de fer, le zinc est entièrement volatilisé ; il n'entraîne qu'une faible proportion d'étain.
Les alliages sont moins blancs que l'étain; ils sont ductiles et malléables : leur fusibilité varie dans des limites très - étendues avec la proportion du zinc ; l'alliage, qui contient parties égales des deux métaux , n'entre en fusion qu'au-dessus du rouge sombre, tandis que les alliages qui contiennent peu de zinc sont presque aussi fusibles que l'étain.
L'acide chlorhydrique et l'eau régale dissolvent rapidement les deux métaux ; l'acide azotique sépare à peu près complètement l'étain à l'état de bioxyde insoluble, en dissolvant le zinc ; le bioxyde d'étain Retient un peu d'oxyde de zinc, même après des lavages prolongés faits avec de l'acide azotique étendu.
Etain et phmb. -* L'étain a une très-grande affinité pour le plomb ; les deux métaux peuvent se fondre ensemble en toutes proportions ; la matière métallique obtenue par refroidissement est sensiblement homogène. L'étain plombeux est moins blanc et moins brillant que l'étain pur ; il est moins malléable et beaucoup moins ductile ; il entre en fusion à une température un peu variable avec la proportion du plomb, et peu différente de 220 degrés. Les alliages dans lesquels le plomb domine sont cassants ; ils entrent en fusion bien au-dessous du rouge sombre.
On emploie dans les arts des alliages de composition à peu près constante ; les deux plus importants sont ceux qui servent pour la soudure et pour la fabrication des ustensiles en étain.
La soudure des plombiers contient 33,00 d'étain et 67,00 de
plomb, c'estr-à-dire à peu près l'équivalent de chacun des deux métaux ; sa densité est de 9,55 ; elle fond plus facilement que Té tain.
Les ustensiles en étain contiennent de 80 à 82 pour 100 d'étain^ de 14 à 18 pour 100 de plomb et de 1 à 3 pour 100 de cuivre. Cette composition répond à peu près au maximum do dureté et de ténacité des alliages de plomb et d' étain ; le cuivre augmente un peu la^ureté de l'alliage.
Ces alliages se ternissent lentement à l'air humide ; ils ne s'oxydent qu'avec une ti^ès-grande lenteur dans l'eau aérée ', au moins à la température ordinaire. Chauffés un peu fortement au contact de Ji'air, ces alliages s'oxydent assez rapidement. La potée (Tétaifi^ qui est employée pour le polissage des glaces, provient de l'oxydation de l'alliage qui contient deux parties de plomb pour une partie d'étain (en poids).
Ces alliages sont difficilement attaqués par l'acide chlorhydrique ; ils sont aisément dissous par l'eau régale. L'acide azotique concentré les attaque vivement, surtout à l'aide de la chaleur ; mais il ne dissout qu'une partie du plomb : l'oxyde d'étain qui reste insoluble retient une proportion variable d'oxyde de plomb, même lorsqu'il a été lavé longtemps avec de Teau fortement acidifiée par l'acide azotique.
§ 1. — €oBilliiB«l«0ii« de rétain mree Voxygène.
Nous ne devons considérer ici que le protoxyde et le bioxydc d'étain ; le sesquioxyde ne se présente jamais dans les opérations analytiques ; quant à l'oxyde Sw'O*, qui paraît se produire par l'action de la vapeur d'eau sur les sulfures d'étain, ses propriétés n'ont pas été convenablement étudiées.
FROTOZTDE D'ÉTAIN. SflO.
Le protoxyde anhydre est d'un brun très-foncé, presque noir ; on peut l'obtenir en très-petits cristaux. Il est insoluble dans
1 On a employé pendant longtemps l'étain plombeux pour l'étamage des vases distillatoires^ notamment pour les cuisines distillatoires embarquées à bord des bâtiroenls. L'emploi de eet alliage présente de graves inconvénients; l'eau distillée contient une proportion très-appréciable de plomb. Les appareils qui servent k la distillation de Veau de mer - dolYent toojoars être étainés avec de l'étain parfaitement pur.
Tcau, inaltérable à l'air à la température ordinaire ; il prend feu au contact d'un corps enflammé et brûle comme l'amadou, en se transformant en grande partie en peroxyde. Il est cependant difficile d'obtenir le bioxyde d'étain parfaitement pur par grillage du protoxyde sous le moufle ; on n'obtient la transformation com-> plète qu'en imprégnant d'un peu d'acide azotique la matière grillée, et en chauffant de nouveau sous le moufle. Le protoxyde d'étain, chauffé à l'abri du contact de l'air et des gas réducteurs, entre en fusion au rouge ; il prend une texture cristalline par refroidissement.
Lorsqu'on fait chauffer l'oxyde mélangé intimement avee du sel ammoniac, une grande partie de l'étain est volatilisée à l'état de chlorure : la même réaction a été constatée pour tous les oxydes d'étain. Le protoxyde anhydre est difficilement attaqué par l'acide chlorhydrique et par les autres acides non oxydants très-étendus ; les dissolutions alcalines sont également presque sans action •
On connaît un hydrate de protoxyde, blanc, gélatineux, trëS' avide d'oxygène, soluble dans les acides non oxydants, dans les dissolutions alcalines, dans la crème de tartre, dans le sulfhydrate d'ammoniaque ; il ne se dissout pas dans l'ammoniaque. On n'a pas encore déterminé la proportion d'eau que renferme l'hydrate, car il est impossible de lui enlever complètement l'eau hygrométrique sans lui faire perdre en même temps une partie de son eau d'hydratation. Il se transforme en oxyde anhydre un peu au-dessous de 100 degrés.
On prépare l'hydrate en traitant par Taramoniaque la dissolution chlorhydrique de protochlorure d'étain, et en lavant le précipité avec de Tcau froide et privée d'air. En chauffant cet hydrate ,â l'ébullition, soit dans l'eau pure, soit en présence de l'ammoniaque, on le transforme rapidement en une poudre brune, qui est le protoxyde anhydre. La déshydration peut être produite dans un grand nombre de circonstances siu* lesquelles nous reviendrons bientôt.
Le protoxyde contient :
Elaîn 88,03
Oxygène 1 1 ,97
ioe,oo
SKXB be PROTOZYDE D'ÊTAIN.
Lo protoxyde d'étain est une base très-faible ; on n'est pas encore parvenu à le combiner avec T acide carbonique. On peut le dissoudre dans plusieurs acides. Les dissolutions se troublent quand on les étend d'eau *, on évite cette décomposition en ajoutant de l'acide chlorhydrique en certain excès ou bien un peu d'acide tartrique. L'hydrate de protoxyde est soluble dans racîdc azotique trës^étendu ; cet acide n'agit pas comme oxydant à froid ; la liqueur contient l'étain à l'état de protoxyde ; lorsqu'on la fait chauffer^ ou même lorsqu'on la concentre par évaporation lente, le protoxyde d'étain passe en grande partie à l'état de bioxyde.
Les dissolutions acides du protoxyde d'étain attirent l'oxygène de l'air avec une assez grande rapidité ; elles agissent comme réductifs énergiques, surtout à l'aide de la chaleur, sur un grand nombre de sels métalliques.
Par voie sèche, le protoxyde d'étain se compose comme base assez forte ; les silicates de protoxyde sont très-fusibles ; ils possèdent, lorsqu'ils sont en fusion, une affinité pour l'oxygène analogue à celle de la dissolution chlorhydrique du protoxyde d'étain. Cependant, le protoxyde d'étain, en combinaison avec la silice, est notablement moins oxydable par voie sèche qu'il ne l'est dans les réactions de la voie humide.
L'hydrate peut se dissoudre dans les liqueurs qui renferment des alcalis caustiques ; mais on n'a pas encore préparé de combinaisons définies du protoxyde d'étain avec les alcalis. Ces dissolutions attirent très-rapidement l'oxygène de l'air et se comportent comme réductifs énergiques.
Nous n'étudierons aucun sel de protoxyde d'étain en particulier; nous exposerons seulement les caractères généraux de la dissolution chlorhydrique de protoxyde ou de protochlorure d'étain.
Caractères géréraux. — Une dissolution un peu concentrée de potasse ou do soude produit un précipité blanc, gélatineux, de protoxyde d'étain hydraté, entièrement soluble dans un excès de la dissolution alcaline. En soumettant la liqueur à une ébullition prolongée, on obtient un précipité d'un brun foncé, de protoxyde anhydre ; ce précipité ne se redissout pas par le re-
froidisscincnt de la liqueur alcaline. La précipitation n'est pas complète ; on peut rattribuer à la formation d'un peu de bioxyde d'étain au contact de T air.
Lorsqu'on emploie une dissolution alcaline très-étendue, on obtient encore la dissolution de Thydrate de protoxyde dans un excès de la liqueur alcaline; mais il ne se dépose que très-peu de protoxyde anhydre par l'ébullition prolongée.
Les carbonates neutres alcalins produisent également des précipités blancs de protoxyde d'étain hydraté, insoluble dans un excès des réactifs, très-difficile à laver, devenant noir lorsqu'on le chaulTe à l'ébullition en présence de& liqueurs alcalines ou de l'eau employée pour le lavage.
Le précipité donné par les bicarbonates parait être également du protoxyde d'étain hydraté , et cependant il ne devient que difficilement noir quand on le fait chauffer à l'ébullition.
L'ammoniaque produit un précipité blanc d'hydrate, insoluble dans un excès de réactif, devenant noir à l'ébullition. Au moment de sa précipitation, le protoxyde d'étain est imprégné de sel ammoniac, qu'on ne parvient à lui enlever complètement que par des lavages très-prolongés. L'oxyde rendu anhydre par l'ébullition se lave plus facilement que l'hydi^ate ; il disparaît presque complètement lorsqu'on le chaulFe un peu rapidement au rouge avant de lui avoir enlevé la totalité du sel ammoniac ; Tétain se volatilise alors à l'état de chlorure.
Le carbonate d'ammoniaque se comporte comme l'ammoniaque.
Le cyanure de potassium produit un précipité blanc de cyanure d'étain, mais seulement lorsque la dissolution n'est pas trop fortement acide ; le précipité est insoluble dans un excès de réactif; il ne brunit pas lorsqu'on le fait chauffer à l'ébullition.
Le phosphate de soude, versé dans une dissolution très-faiblement acide, produit un précipité blanc, gélatineux, de phosphate d'étain, soluble dans l'acide chlorhydrique et dans les dissolutions un peu concentrées de potasse et de soude, insoluble dans l'ammoniaque et dans le phosphate de soude en excès. Le précipité reste blanc lorsqu'on le fait chauffer à 100 degrés dans l'eau pure ou dans l'eau contenant du phosphate de soude. Les liqueurs alcalines, dans lesquelles on a dissous le phosphate d'étain, laissent déposer une partie du protoxyde d'étain anhydre
lorsqu'on les fait chaufier pendant plusieurs heures à l'ébullilion.
L'acide oxalique produit un précipité blanc d'ozalate de protoxyde d'étain ; la précipitation est à peu près complète lorsque la liqueur contient très -peu d'acide chlorhydrique libre; dans une liqueur fortement acide, il ne se forme pas de précipité.
L'oxalate de protoxyde d'étain est soluble dans l'acide chlorhydrique et dans les dissolutions de potasse et de soude; ces liqueurs laissent déposer une partie de l'étain à l'état de protoxyde anhydre lorsqu'on les fait chauffer longtemps à l'éhullition.
Le prussiate jaune produit un précipité blanc, gélatineux, se rassemblant avec lenteur, à peu près nettement insoluble dans l'acide chlorhydrique étendu. Le prussiate rouge produit un précipité blanc , soluble dans l'acide chlorhydrique ; ce précipité n'apparait que dans une liqueur très-faiblement acide.
L'hydrogène sulfuré produit un précipité brun de protosulfure d'étain, soluble dans l'acide chlorhydrique concentré et même dans l'acide étendu à l'aide de la chaleur.
On peut obtenir la précipitation complète de l'étain à l'état de sulfure en prenant les précautions que nous avons fait connaître précédemment. Lorsque, après avoir fait arriver d'hydrogène sulfuré en grand excès dans la liqueur acide, on sature par l'ammoniaque l'acide chlorhydrique et l'hydrogène sulfuré, il se forme un précipité noir de protosulfure, soluble dans un grand excès de sulfhydrate.
En versant dans la liqueur chlorhydrique d'abord de l'ammoniaque et ensuite peu à peu du sulfhydrate, on obtient un précipité blanc, qui noircit d'abord au contact du sulfhydrate, et qui finit par se dissoudre entièrement dans un excès de ce réactif.
Le zinc métallique précipite l'étain à l'état métallique, tantôt sous forme de petites lamelles grises, tantôt sous forme d'une poudre, dont la couleur varie du gris clair au noir. La précipitation est rapidement complète ; l'étain se sépare très-nettement do la lame de zinc employée lorsque la liqueur acide, sur laquelle on opère, est concentrée et franchement acide. Dans une liqueur étendue, faiblement acide, on n'arrive que très-difficilement à précipiter la totalité de l'étain.
Une dissolution concentrée de chlonire d'or produit un préci-
502 AlÉTAUX PROPREMENT DITS.
pilé de couleur trèg-variable, contenant de l'or métallique et du bioxyde d'étain hydraté.
Les mfitières organiques n'empAohent pas la précipitation par les carbonates alcalins, par Tammoniaque, par Thydrogëne sulfuré, etc. Elles paraissent seulement s*opposer à la décomposition du chlorure d'étain par Teau.
Chalumeau, — L'oxyde d'étain, chaufiPé sur le charbon et à la flamme intérieure, est réduit très-rapidement; on obtient un bouton métallique qu'il est facile do reconnaître à sa couleur et à sa malléabilité. La réduction a lieu encore, mais avec plus de difficulté, lorsqu'on chauffe les silicates de protoxyde d'étain avec un mélange de soude et de borax.
Chauffé h la flamme extérieure avec le borax et avec le sel de phospore, l'oxyde d*étain se dissout lentement; on obtient des perles bien fondues et incolores, devenant un peu laiteuses lorsque la proportion de l'oxyde d'étain est un peu forte et lorsqu'on fait chauffer longtemps.
A la flamme intérieure avec le borax et avec le sel de phos-< phore, on obtient des perles incolores ; il faut chauffer très-longtemps pour obtenir la réduction partielle de Poxyde d'étain; le bouton métallique se dissout ass^z facilement dans le flux lorsqu'on chauffa ensuite à la flamine extérieure.
BIOBTDB P*ftT4lll. 8ii0*.
Le bioxyde d'étain fortement calciné est blanc, pulvérulent, peu hygrométrique. Lorsqu'on le chauffe progressivement, il prend une couleur jaune de plus en plus foncée, et redevient blanc par refroidissement. Il est insoluble dans l'eçiu, dans les acides étendus, dans les dissolutions alcalines, etc. L'acide oblorhydrique concentré n'en dissout h la longue qu'une faible proportion ; il en est de même de l'acide sulfurique, mais avec cet acide il se produit une combinaison insoluble, et on ne peut pas enlever complètement l'acide sulfurique à l'oxyde d'étain par une forte culcination.
Par fusion avec les alcalis caustiques, l'oxyde d'étain forme de véritables combinaisons salines, des stannates insolubles dans les dissolutions alcalines, up peu solubleq dams l'eau pure, facile-
ÊTAIN. 803
ment solubles^dans Tadde chlorhydrique. L'oxydo d'étain fondu avec les carbonates alcalins produit également des stannates, peu solubles dans Veau, presque insolubles dans les dissolutions des carbonates alcalins, solubles dans Tacide chlorbydrique .
Lorsqu'on fait fondre au creuset de platine l'oxyde d'étain mélangé avec 3 ou 4 parties de bisulfate d'ammoniaque , il se produit un composé d'oxyde d'étain et d'acide sulfurique, insoluble dans Feau, à peine soluble dans l'acide sulfurique et dans l'acide chlorhydrique.
L'oxyde d'étain naturel a les mêmes propriétés.
L'oxyde d^étain forma avec Teau deux hydrates, qui paraissent se rapporter aux formules SnO*+HO, 38^0*+ 8H0. Leurs propriétés sont un peu différentes.
On obtient l'hydrate SnO* -4- HO en traitant l'étain métallique par l'acide azotique concentré et on faisant chauffer pendant longtemps à 100 degrés. L'hydrate est blanc, il reste très-long*temps en suspension dans la liqueur acide ; on ne peut le laver que par décantations. Il faut chaque fois faire chauffer pendant plusieurs heures à 100 degrés et laisser l'hydrate se rassembler. Après cinq ou six décantations, l'hydrate prend une consistance suffisante pour qu'on puisse le recueillir sur un filtre. Il passe partiellement à travers les pores du papier lorsqu'on cherche à filtrer sans prendre les précautions que nous venons d'indiquer.
Cet hydrate est insoluble dans Tacide azotique, dans l'acide chlorhydrique et même dans l'acide sulfurique étendus. L'acide chlorhydrique concentré, agissant pendant plusieurs heures à la température de 80 degrés, n'en dissout qu'une faible partie.
II se produit cependant des composés définis de l'oxyde d'étain avec les acides; mais ces composés sont insolubles dans les acides concentrés. Le composé formé par l'oxyde d'étain avec l'acide azotique est insoluble dans l'eau, et il perd en grande partie l'acide azotique par des lavages un peu prolongés : il en est de même du composé de l'étain et de l'acide sulfurique. Quant à la combinaison de l'oxyde d'étain avec l'acide chlorhydrique, elle est entièrement soluble dans l'eau pure : nous indiquerons bientôt les caractères de cette dissolution.
L'hydrate est soluble dans les dissolutions alcalines un peu étendues ; il se dissout dans les carbonates alcalins, dans le sulfhydrate d'ammoniaque, dans les sulfures alcalins : ces dernières liqueurs
renferment Tétain à l'état do sulfosels, tandis que les premières renferment des stannates solubles dans Teau, dans les dissolutions étendues des alcalis caustiques et des carbonates alcalins, et trèspeu solubles, au contraire, danslesmêmes dissolutions concentrées.
L'oxyde d'étain hydraté perd son eau de combinaison bien audessous du rouge ; il devient alors incapable de se combiner avec les acides et avec les alcalis.
L'hydrate 2SnO*-|- 3H0 s'obtient en dissolvant le perchlorure dans une petite quantité d'eau, et en saturant l'acide par l'ammoniaque. Il est blanc, assez volumineux et gélatineux; il passe à travers les pores du papier lorsqu'on cherche à le recueillir sur un filtre peu de temps après sa production. On doit le laver longtemps par décantations, et à froid, pour lui enlever la totalité de l'acide chlorhydrique dont il est imprégné.
Desséché sous la cloche de la machine pneumatique, il se contracte beaucoup , et devient pulvérulent. 11 est insoluble dans l'eau ; il se dissout assez facilement dans la plupart des acides, notamment dans l'acide chlorhydrique et dans l'acide sulfurique étendus : il peut même se dissoudre dans l'acide azotique, mais cette dissolution est peu stable. Il se dissout rapidement dans les dissolutions des alcalis caustiques et des carbonates alcalins : les liqueurs contiennent des stannates, qui sont peu solubles dans les dissolutions alcalines concentrées. Il se dissout rapidement dans le sulfhydrate d'ammoniaque et d«ins les sulfures alcalins, en formant des sulfo-stannates.
Chauffé à une température très-peu élevée, entre 80 et 60 degrés, cet hydrate perd une partie de son eau, et se transforme très-probablement en hydrate SnO* -f- HO ; cependant il est encore plus facilement soluble que ce composé dans Tacide chlorhydrique et même dans l'acide sulfurique : il faut le chauffer pendant plusieurs heures à 100 degrés pour lui faire acquérir les propriétés de l'hydrate à un équivalent d'eau.
Les deux hydrates se combinent directement avec plusieurs oxydes métalliques hydratés : les composés sont insolubles dans l'eau, et solubles dans l'acide chlorhydrique. Le bioxyde d'étain contient :
EUin 78,67
Oxygène 21,35