CHAPITRE XXVI
IRIDIUM. Ir=i232.
L'iridium fondu est d'un blanc grisâtre : il a presque la couleur et l'éclat de l'acier poli. Sa texture est cristalline, sa dureté très-grande : on ne parvient pas à le travailler au marteau au-dessous du rouge blanc ; sa densité est de 21,15. Il est très-dîfficilemeat fusible au chalumeau à gaz oxygène et hydrogène ; il n'est pas sensiblement volatil.
Il ne s'oxyde pas à l'air ; il est inattaquable par les acides.
On obtient l'iridium très-divisé sous forme de mousse ou d'cponge^ en décomposant par l'hydrogène à une température peu élevée^ ou par la chaleur seule, un oxyde, un chlorure, ou un sel d'iridium. On peut agglomérer fortement le métal en le comprimant au rouge blanc : il est alors en masses un peu spongieuses, prenant de Téclat par le frottement. Sa densité est de 1S,50 à 15,68. 11 ne se laisse travailler qu'avec la plus grande difficulté, même au rouge blanc.
Il n'est pas attaqué par l'acide azotique, par l'acide chlorhydriquc, par l'acide sulfurique; mais il se dissout lentement dans l'eau régale.
Chauffé au rouge au contact de l'air, l'iridium très-divisé s'oxyde avec quelque rapidité. H est complètement et rapidement oxydé lorsqu'on le chauffe au rouge avec les alcalis caustiques^ avec les azotates alcalins. U s'oxyde également lorsqu'on le chauffe jusqu'au rouge avec du bisulfate de potasse ; mais il ne se forme pas de composé soluble dans l'eau.
L'iridium très-divisé est attaqué, à l'aide de la chaleur, par le chlore, par le soufre, par le phosphore.
L'iridium forme avec l'oxygène quatre composés : le proet oxygène, toxyde, IrO ; le sesquioxyde^ IrH}' ; le peroxyde^ IrO* ; V acide indique^ IrO'. Les propriétés de ces diverses combinaisons ne sont pas très-bien étudiées.
Les oxydes sont tous réduits par l'hydrogène à une tempéra-
ture peu élevée ; ils sont réduits également avec facilité par * le charbon et par tous les corps qui ont de l'affinité poui' l'oxygène.
On n'obtient que difficilement un sulfure de composition définie en chaufTant de l'iridium avec du soufre dans un creuset de porcelaine. On produit au contraire avec facilité le sulfure Ir*S' en faisant passer du soufre en vapeur sur de l'iridium très-divisé, chaufPé au rouge dans un tube de porcelaine.
Par voie humide, en faisant arriver de l'hydrogène sulfuré en grand excès dans des dissolutions contenant des oxydes ou des chlorures, on obtient des précipités d'un brun plus ou moins foncé. Ces précipités sont des sulfures dont la composition correspond probablement à celle des oxydes ou des chlorures.
Ils sont notablement solubles dans l'eau, dans l'acide azotique étendu et froid, dans les sulfures alcalins, dans le sulfhydrate d'ammoniaque. Ils s'altèrent rapidement lorsqu'on les fait sécher au contact de l'air. Ces propriétés rendent leur étude trèsdifficile.
Ces sulfures, desséchés sous la cloche de la machine pneumatique, mélangés avec un peu de soufre et chauffés jusqu'au rouge dans un creuset de porcelaine, à l'abri du contact de l'air, donnent comme résidu fixe de la calcination le sulfure Ir'S'.
Ce sulfure est à texture cristalline ; son aspect est analogue à celui de la galène ; il est décomposé par la chaleur, mais seulement au rouge blanc : on n'enlève les dernières traces de soufre à l'iridium, qu'en faisant chauffer le sulfure au chalumeau à gaz oxygène et hydrogène.
Le sulfure obtenu par voie sèche est inattaquable par les acides non oxydants, et même par l'acide azotique étendu : l'acide azotique concentré et l'eau régale l'attaquent aisément. Il ne se dissout pas dans l'eau ; il est presque insoluble dans le sulfhydrate et dans les sulfures alcalins.
Il contient :
Iridiom et soafre.
Iridium S0,34
Soufre i9,66
Plusieurs chimistes admettent l'existence de quatre composés de l'iridium et du chlore, répondant aux formules : IrC/; Ir'C/'; IrC^ ; JrCP. Mais le protochlorure et le trichlorure paraissent
Iridium et chlore.
mi METAUX PROPREBIENT DITS.
être d'une préparation très«délicate nls ne se produisent pas àam le9 opération» analytiques; nous insisterons seulement sur le sesquicblorure, sur le bichlorure, et sur les composés qu'ils forment avec les chlorures alcalins.
Proiçchhfwe^ JrCl, -^ On obtient ce chlorure en décemposant progressivement par la chaleur le sesquioblorare d'iridium, ou bien en faisant arriver un courant très^lent de chlore desséché sur de Firidium métallique très^divisé» chauffé un peu au^iessus du rouge sombre.
Il est d'un brun verd&tre ou d'un vert olive ; insoluble dans l'eau, mais soluble dans Tacide chlorbydrique, La dissolution acide ne contient, après quelques heures^ que du sesquicblorure. Le protochlorure n'a pas encore été combiné avec les chlorures alcalins,
Sesquichlorure^ lr'C/'."**Lesesquichlorure peut être obtenu par l'action du chlore sec sur l'iridium trèa-divisé, chauffé au rouge sombre ; mais co mode de préparation domie difficilement le ses* quichloruro tout à fait pur ; ce composé commence à perdre du chlore à une température très-peu plus élevée que celle à laquelle il se produit, /
On l'obtient encore en traitant par Tacide chlorhydrique le sesquioxyde d'iridium convenablement purifié^ en évaporant à sec la liqueur acide, et en chauffant doucement le résidu de l'évaporation.
Il est d'un brun très-foncé, décomposable par la chaleur ; il commence à perdre du chlore au rouge sombre, mais il n'est entièrement décomposé qu'au rouge vif.
Il est soluble dans l'eau ; la dissolution est d'un brun jaun&tre ; elle paraît noire lorsqu'elle est très-concentrée. Les alcalis fixes ne décomposent que très-incomplétement le chlorure solide ; la liqueur est d'abord colorée au rouge \ eUe devient ensuite vio* lette, et enfin d'un beau bleu. La liqueur bleue, traitée par un acide, laisse déposer de l'oxyde d'iridium bleu.
Le chlorure d'iridium se combine avec les chlorures alcalins, avec le chlorhydrate d'ammoniaque, et avec un grand nombre de chlorures métalliques.
Le chlorure double de potassium et diridium est soluble dans l'eau : la dissolution est d'un vert oUve, avec des reflets pourpres ; on peut l'évaporer It sec sans que le chlorure double soit déconn
pOBé. Par évapcration lente on obtient des cristaux d'un vert foncé, dont la composition est représentée par la formule îr*Cl^ + 3KC/ + 6HO. Dans l'air sec et à la température de 100 degrés, ils perdent leur eau de cristallisation, et se transforment en une poudre verte, entièrement soluble dans l'eau. Les cristaux ne se dissolvent pas dans Talcool à 0,84.
Le chlorure double dlridium et de sodium est analogue au précédent : il est soluble dans Toau, insoluble dans F alcool à 0,84. Sa dissolution dans l'eau donne par évaporation lente des cristaux d'un vert foncé, dont la composition se rapporte à la formule If«C/* + 3NaC/-4-24HO-
Le chlorure double anunoniacal a une composition analogue ; les cristaux ne contiennent que 3 équivalents d'eau. Il est soluble dans l'eau, qu'il colore en vert foncé ; il est presque insoluble dans l'alcool à 0,84.
Le chlorure double d'iridium et d'argent, !>*€/• + 3AyC/, est blano^ très^lonrd, insoluble dans l'eau et dans l'acide azotique étendu.
Bidihrute ^ iridium^ IrC^. — On prépare ce chlorure en traitant par l'acide cblorhydrique T oxyde d'iridium hydraté ; on obtient une dissolution d'un très-beau bleu, qui devient d'uu brun rouge lorsqu'on la fait ohauiFer. On admet que cette dissolution renferme le chlorure IrC^«
Lorsqu'on évapore la dissolution très^lentement et h une température peu élevée, le chlorure n'est pas décomposé ; le résidu brun, traité par l'eau, se dissout en totalité. Si, au contraire, l'évaporaiion est conduite un peu rapidement, et à une température voisine de 100 degrés, il y a dégagement de chlore, le résidu contient une assez forte proportion de sesquichlorure.
Le chlorure d'iridium, IrC^, se combine facilement avec les chlorures alcalins, avec le sel ammoniac, et avec plusieurs chlorures métalliques*
Le chlorure double d^iridium et de potassium IrGP -f-KC/, est eu petits cristaux octaédriques, d'un rouge très^foncé ; il est peu soluble dans l'eau froide, tin peu plus soluble dans l'eau bouillante. La dissolution est rouge lorsqu'elle est un peu concentrée, et jaune lorsqu'elle est étendue. Le chlorure est insoluble dans l'alcool à 0,84.
Tous les corps un peu avides d'oxygène ou de chlore ramîi-
nent promptement le bichlorure d'iridium à Tétat de sesquichlorure. L'ammoniaque et la potasse produisent la même décomposition partielle.
Le chlorure double d'iridium et de sodium, IrC/" + N<rC/ + 6H0, est d*un brun très-foncé, soluble dans l'eau ; la dissolution est d'un brun rouge. Il est peu soluble dans l'alcool.
Le chlorure double d'iridium et d'ammonium, IrC/* -H AjsffC/, est en cristaux octaédriques, d'un rouge très-foncé ; il est peu soluble dans l'eau froide, assez soluble dans l'eau bouillante, insoluble dans l'alcool à 0,84. Il est facilement décomposé par la chaleur : chauffé au rouge , il laisse £omme résidu fixe 44,30 pour 100 d'iridium très-divisé.
Le chlorure double d'iridium et d'argent, IrCP+AgCJy est bleu, insoluble dans l'eau et dans l'acide azotique étendu; il est peu stable, et il devient promptement blanc en se transformant en chlorure double contenant le sesquichlorure Ir*C/'.
Perchlorure, IrCP. — ^L'existence de ce composé n'est pas admise par tous les chimistes. U est noir, déliquescent, très-soluble dans l'eau ; la dissolution est noire. Il parait se combiner avec les chlorures alcalins, et former des chlorures doubles, solubles dans l'eau et même dans l'alcool.
Le chlorure simple et les chlorures doubles sont peu stables ; ils laissent dégager du chlore lorsqu'on les chauffe à 100 degrés.
Une seule combinaison de l'iridium et de l'iode présente quelque intérêt, c'est l'iodure Mo*, qu'on obtient aisément par double décomposition. Il est pulvérulent, noir, insoluble dans l'eau et même dans les acides. U est décomposé par la chaleur, et laisse comme résidu l'iridium métallique très-divisé. Alliages. L'iridium a beaucoup d'affinité pour plusieurs métaux, notamment pour le plomb, le cuivre, Tétain, l'argent, l'or, le platine, l'osmium. Par sa combinaison avec les métaux attaquables par les acides, l'iridium acquiert la propriété de se dissoudre dans l'eau régale ; mais il n'est jamais dissous par l'acide azotique et par l'acide chlorhydrique : il rend au contraire difficilement solubles dans ces acides les métaux avec lesquels il est combiné.
L'alliage de cuivre et d'iridium contenant 80 pour 100 de cuivre est presque blanc, très-dur, malléable, fiisible au rouge blanc. U se dissout entièrement dans l'eau régale ; l'acide azotique ne dissout qu'une partie du cuivre.
Iridium el iode.
L'alliage d'iridiam et de plomb, renfermant 12 pour 100 d'iridium n'est fusible qu'au blanc ; l'acide azotique lui enlève à peu près la totalité du plomb. Lorsqu'on passe l'iridium à la coupelle avec du plomb, à la température la plus élevée qu'on puisse produire sous le moufle, on obtient de l'iridium un peu aggloméré, retenant encore une proportion très-appréciable de plomb. On ne sépare les dernières parties du plomb qu'en coupellant sur de la chaux, au chalumeau à gaz oxygène et hydrogène.
L'alliage d'iridium et d'étain, contenant de S4 à S5 pour 100 d'étain (IrSn') est blanc et très-dur ; on peut l'obtenir en cristaux cubiques très-brillants. U est inattaquable par l'acide chlorhydrique; il se dissout difficilement dans l'eau régale.
Les alliages d'iridium et de platine, obtenus par fusion au chalumeau, sont rigides, très-durs, malléables lorsque la proportion de l'iridium ne dépasse pas 15 pour 100. Us sont à peino attaqués par l'eau régale concentrée.