SCÈNE XIII SUZANNE, BOUSCARDIN, MAURICE
MAURICE, il entre de gauche, pâle, les yeux hagards, la figure décomposée, il s'appuie au mur.
Ah !... Les sales bêtes !... Les sales bêtes !...
SUZANNE
. Ah! Mon Dieu, regardez, parrain !... Gomme il est pâle î...
BOUSGARDIN.
Hé bien I... Mon cher confrère... que se passe-t-il? Qu'avez-vous ?
MAURICE
Sales bêtes!..
BOUSGARDIN.
Hein?
MAURICE, tremblant.
Les... les sangsues!...
BOUSCARDIN.
Elles sont en place ?
MAURICE
Oui... en place!... (a part.) Et quelle place !...
Gomment, ces petits animaux-là vous impressionnent à ce point ?
MAURICE
C'est plus fort que moi, major !... C'est nerveux !
BOUSCARDIN.
Allons donc, morbleu ! Vous n'avez pas honte,, vous, un homme?
MAURICE
Je ne suis pas poltron cependant, je vous assure ! Mais... les sangsues!... Ah! Pouah!...
SUZANNE
Oh ! Je comprends ça ! ... Moi, ce sont les souris !
BOUSCARDIN.
Moi, les araignées I
60 DOCTBUR !..
MAURICE
Ah ! Je suis en nage 1... (Il met la main dans sa poche, pour prendre son mouchoir et pousse un cri terrible.) Ah!... SUZANNE, sursautant.
Quoi?
BOUSGARDIN, idem.
Qu'est-ce que c'est?
MAURICE, il retire la main de sa poche, et l'on voit une sangsue, qui pend à l'an de ses doigts.
Là!... Là!...
BOUSCARDIN,, riant.
Ne criez pas!... Calmez-vous!... Je vais la prendre!... (il prend la sangsue, qu'il enferme dans une petite boîte, placée sur la cheminée.) EteS-VOUS raSSUl'é? MAURICE.
Oui... merci, major!.. — Ah!.,. Mademoiselle, quelle triste opinion vous aurez de moi !
BOUSCARDIN.
Le fait est que, pour un médecin...
MAURICE, à part.
Ah! Non ! Tant pis! J'en ai assez!... (Haut.) Major?
BOUSCARDIN.
Mon cher confrère ?
MAURICE
Vous avez servi dans la marine... Vous devez être un noble cœur : je me confie à vous!... Je ne suis pas médecin !...
BOUSCARDIN.
Je le sais.
MAURICE
Je suis avocat.
BOUSCARDIN.
Je le sais aussi : ma filleule m'a tout avoué... (D'une
voix terrible.) Vous entendez, monsieur?... Tout!... Tout!... Et j'en ai appris de belles!... Ainsi, vous rainiez?... Vous osez vous permettre?... Et elle aussi, elle vous aime?...
MAURICE
Major, je...
BOUSCARDIN, toujours terrible.
Et vous voulez l'épouser, peut-être?... (Gaiement.) Hé bien!... Mais... en somme, moi, je ne demande pas mieux !...
SUZANNE
Ah!... Parrain!...
Elle lui saute au cou.
MAURICE
Ah !... Major!...
SUZANNE
Gomme vous êtes bon !
MAURICE
Oui, VOUS êtes bon ! (Il met la main dans sa poche et pousse un cri de terreur.) Ah !...
SUZANNE, sursautant.
Quoi?
BOUSCARDIN, idem.
Qu'est-ce qu'il y a encore?
MAURICE
Non, rien... pardon!... C'est mon crayon!... (il le montre.) J'ai cru que c'était...
Il remet son crayon dans sa poche, tire son mouchoir et s'éponge le front.
Pour Dieu ! Ne criez pas comme ça!... C'est énervant !
UZANNE
Alors, vous êtes pour nous, parrain ?... Vous plaiderez notre cause ?
BOUSCARDIN.
Votre cause!... Elle me paraît joliment compromise, votre cause! .. Tu connais ton père?... Un excellent homme, certes, mais d'une susceptibilité, d'un entêtement, d'une violence!...
SUZANNE
Hélas!...
BOUSGARDIN, à Maurice.
Et vous lui avez brûlé les jambes!... Et vous venez de lui coller des sangsues!... Où les avez -vous placées, les sangsues?
MAURICE
Mon Dieu, major, je ne savais pas trop... alors j'en ai mis un peu partout!...
BOUSGARDIN.
Un peu partout?... Hé bien! cher monsieur, je n'ai pas de conseils à vous donner... mais je connais le capitaine 1... A votre place, moi, je prendrais mon chapeau et je filerais lestement!
Courbezon entre de gauche, l'air joyeux» toujours on robe de chambre.
SUZANNE, bas.
Le voici!...
MAURICE, à part.
Il va me couper en deux!...