PIERROT, COLOMBINE
C’est Colombine la couturière; elle rapporte le vêtement
qu’Isabelle lui avait donné à réparer. Elle pose son panier sur la table et tend la veste à Pierrot.
Embarras de celui-ci que le soufflet gêne. Enfin, il prend l’habit et offre le soufflet à Colombine qui éclate de rire.
-r- C’est donc vous qui faites la cuisine, Monsieur Pierrot..; Et votre feiiime ?... > uoa çïmïoinrjüi ;
' i ‘ PXOUOT90i> è ■ ' - • ; -
— Partie, partie poûr toujôurs î ' * -
Pierrot se laisse, tomber sur sa chaise la tête entre ses mains et il se prend à sangloter.
— Qu’est ceci... vous pleurez?... la fenêtre bouchée... un réchaud... Malheureux vous alliez casser votre pipe...
Pierrot hoche la tête. :'U/ ; ■ ,
— Et cela parce que votre femme vous a lâché. Mais mon ami, une de perdue, dix de retrouvées.
Ce discours paraît assez bon à Pierrot.
Un sourire de Colombine fait envôler le dernier papillon noir.
— Après tout, elle a raison, foin de la tristesse!
Il éteint le réchaud en versant dessus le contenu de la bouteille de phénol.
— Fi ! l'horreur, s’écrie Colombine, quelle épouvantable odeur !
— TieUs vous n’aimez pas le phénol. Ce n’est pas comme l’autre... Chère enfant que je vous embrasse. — Et les in-folio, aimez-vous les in-folio? - r*
— Je ne sais pas lire. '
— Vous ne savez pas !. Adorable I Ce n’est pas comme l’autre. Chère enfant que je vous embrasse.
En se dégageant, Colombine arrive au chevalet et aperçoit le tableau. Admiration. Extase.
— Oh ! que c’est joli et C’est vous qui avez fait ça I
— C'est moi, ; ,
•— Si vous étiez gentil, vous me} montreriez comment vous
faites. H j ; ? / / \/-.v
Pierrot s’assied, devant le tableau et va popr y ajouter quelques dernieres touches, quand aou4aih, à regarder 'Colombine, il se sent pris d’un profoM mépris pour ses couleurs ordinaires. Il les jette et,. d?un coup (Finspirationfil .emprunte aux yeux de la j eune. fille leur azur^fii^e^ lèvres leur carmin, à ses joues leur rose incarnat: c’est une palette vivante.
Souriante et p enchëë vèrs lu ï,“ CoTom bine le laisse agir si
ÈééTÔ&ESSE
engageante qù^: Pierrot se dispose à devenir très entre¬
ra 'Wj : ?•
* füy Q-^hsi..0l ^ ::.u ; ;.L:;
prenant quand, tout à coup, il tombe sur la chaise, de nouveau en proie à une faiblesse. : uq ü;t t u s . onkte
La jeune fille se précipite: « Mon Dieu, Monsieur Pierrot, que vous arrive-t-il? » a&i .'V - • * f
Rien, dit Pierrot, restomac... . Si seulement j’avais déjeuné!
Déjeuné ! mais Colombine revient précisément avec son panier de faire son marché. A deux on en déballe le contenu : un poulet, du viu, c’est l’amusante contre-partie de l’inventaire du panier de la Doctoresse.
Puis, avec un seul verre et une seule assiette, Pierrot déjeune enfin ayant Colombine sur ses genoux. A force de manger, le convive a la pépie.
— Je boirais bien un peu .
Et Colombine va chercher la bouteille de Vieux Suresnes 1802, mais refuse d’y goûter en compagnie, car au second verre son bonnet sauterait de lui-même par-dessus les moulins.
L’expérience est du goût de Pierrot qui la force à boire, et tombe à ses genoux.
La pendule sonne deux heures. Ceci met un ferme à leur amoureux badinage. Colombine doit s’en aller;
— Si nous partions ensemble, propose Pierrot.
— Accepté, répond Colombine.
Pierrot va alors prendre son chapeau ht écrit sur une toile blanche qu’il fixe à la porte en guise d’écriteau :
CHAMBRE K îMjÆ ‘
POUR CA U S"É V D EÈ- di VORCE ON CÉDERAIT LE MOBILIÉÛ ' ’ ’ ?
Cependant Colombine veuf empprter un’ souvenir du m usée scientifique de celle qui fut Madame Pierrot. Parmi toutes ces
fioles, il s’en doit bien trouver quelqu’une renfermant une subtile odeur, un parfum élégant dont elle aspergera soie mpnietoofe 'lïïi&Ttv'K .uqKI noK >.• : ehqi-.-êTs o-:
Pierrot qui connaît sa femme, essaie en vain, tout en faisant ses préparati fs de départ, de dissuader Colombine. La curieuse poursuit ses investigations, ouvrant tous les flacons et én flairant de contenu. Grimaces. Enfin, elle s’empare d’une petite bouteille bleue, pose le nez à l’orifice et tombe raide.
stupéfaction de Pierrot qui, dans le premier mouvement et sans réfléchir, met le nez sur la fiole et tombe à son tour, gardant entre ses doigts crispés le flacon débouché.