‹ Doctrine chrétienne en forme de lectures de piétéChapitre 12 sur 94 · XVI.* LECTURE · texte numérisé non relu

XVI.* LECTURE

Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie.

Ecce Virgo concipiet et pariet filium* et vocabitur nomen ejus Emmanuel.

Une Vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. Isaïe^ 7.

Vous savez, mon cher Théophile, que Jésus- Christ est le Messie ; ce Messie avoit déjà , dans les prophètes , des titres et des qualités qui ne conviennent qu'à Dieu : Isaïe Pavoit appelé Dieu; il Pavoit nommé Emmanuel; ce qui signifie Dieu est avec nous 3 parce qu'il devoit naître et habiter au milieu de nous. David l'avoit vu sortant éternellement du sein du père céleste ; et frappé d'un si grand spectacle , il appela son Seigneur celui qui devoit naître de lui. C'est donc un Dieu , c'est la seconde personne de la Sainte Trinité , c'est le Fils de Dieu qui s'est fait homme. Cette vérité est bien plus clairement manifestée dans l'Evangile ; c'est ce que l'on appelle le mystère de l9 incarnation : et je dois maintenant vous exposer ce que la foi nous enseigne sur ce mystère. Le Fils unique de Dieu , le Verbe qui est de toute éternité dans le sein et dans la gloire du Père , s'est abaissé jusqu'à prendre un corps et une âme semblables aux nôtres. Ce n'est pas le Père qui s'est fait homme ; ce n'est pas non plus le Saint-Esprit; c'est le Fils, c'est la seconde personne de la Sainte

8o Doctrine Chrétienne*'

Trinité. Son corps a été formé par l'opération miraculeuse du Saint-Esprit , dans le sein et do la propre substance* de la Vierge Marie , qui l'a conçu et mis au monde , en demeurant toujours vierge. Il n'y a rien que de divin dans la conception et dans la naissance de Jésus-Christ ; tout y est au-dessus des Içîs de la nature. Le Saint- Esprit qui a opéré Cette; merveille , a rendu la Sainte Vierge féconde , sans nuire à sa virginité. La manière dont ce mystère a été accompli , ne peut ni se concevoir par l'esprit humain , ni s'exprimer par des paroles; mais voici ce que l'Évangile nous en apprend. Lorsque le temps arrêté dans les conseils divins fut arrivé , un ange vint annoncera Marie qu'elle seroit mère , sans cesser d'être vierge , et que ce qui naîtroit en elle , seroit le FiFs du Très-Haut , et l'ouvrage du Saint-Esprit. La Sainte Vierge crut à la parole de l'envoyé céleste , et elle y donna son consentement. Dans ce moment , le mystère de l'incarnation s'accomplit ; le Saint-Esprit forma en elle le corps de Jésus-Christ; il y unit une âme , et en même temps se fit cette union indissoluble de la nature divine avec la nature humaine , en la personne du Fils de Dieu. Ainsi le Fils unique de Dieu devint homme sans cesser d'être Dieu. Jésus-Christ fut tout à la fois Dieu et homme parfait ; et la Sainte Vierge devint véritablement et proprement la mère de Dieu , puisqu'elle conçut un homme-Dieu. Cette Sainte Vierge, après l'avoir porté neuf mois dans son sein , le mit au monde comme elle l'avoit conçu , en demeurant toujours vierge. Vous voyez parce récit , mon cher Théophile , que Jésus-Christ , comme homme >

Symbole* 8î

ti*a point eu de père. Dieu n'a voulu que saint Joseph fût l'époux de Marie qu'afin de cacher ce mystère sous le voile d'un chaste mariage. Mais , comme Dieu , Jésus-Christ a un père qui l'a engendré de toute éternité , et auquel il est égal. Il y a en Jésus- Christ deux natures sans confusion ni mélange , la nature divine , par laquelle il est Dieu comme son Père , et la nature humaine , par laquelle il est homme comme nous ; mais il n'y a en lui qu'une seule personne , qui est la personne du Fils de Dieu. Ce mystère surpasse infiniment la portée de l'esprit humain : nous ne laissons pas de le croire fermement , parce que Dieu , qui est la vérité souveraine , l'a révélé. Vous en trouvez en vous même une image impaTfaite , sans dou te , mais qui peut aider votre foi. En effet, votre âme , qui est d'une nature spirituelle et incorruptible , est unie à un corps matériel et corruptible; et l'union de ces deux substances si différentes ne fait qu'un seul homme , qui est tout à la fois esprit et corps , incorruptible et corruptible , intelligent et purement brute : de même , la divinité du Verbe et la nature de l'homme, unies sans être confondues , forment un ^eul Jésus-Christ , vrai Dieu et vrai homme , engendré du Père dans l'éternité , et né d'une vierge dans le temps, tout-puissant comme Dieu , et environné du foiblesses comme homme ; car y excepté le péché et les suites inséparables du péché , telles que sont l'ignorance et la concupiscence , Notre-Seigneur s'est assujetti à toutes nos misères. Il a eu faim , il a eu soif, il a été sujet à la fatigue , au sommeil , et à toutes les autres infirmités de notre nature ; avec cette

seule différence qu'il ne les souffroit que parce qu'il le voulqit, au lieu que nous les éprouvons malgré nous. Ne croyez cependant pas , mon cher Théophile , que la nature divine ait été altérée dans l'incarnation. Dieu , sans cesser d'être tout ce qu'il est par lui même , a daigné s'unir à la nature humaine ; il n'a rien perdu par cette union ; ses abaissemens et ses souffrances ne tombent que sur l'humanité ; c'est comme homme que Jésus- Christ a souffert, et c'est comme Dieu qu'il a donné un prix infini à ses souffrances.

Je vous adore , ô Verbe incarné 1 je crois que vous êtes Dieu et homme tout ensemble ; Dieu engendré du Père avant tous les siècles , homme lié , dans le temps , de la substance d'une Vierge : comme Dieu, vous êtes égal à votre Père; comme homme , vous êtes semblable à nous. Quoique Dieu et homme , vous n'êtes qu'un seul Christ; quoique vous ayez deux natures s la nature divine et la nature humaine , il n'y a cependant en vous qu'une seule personne , qui est la personne du Fils de Dieu. Voilà la foi dans laquelle j'ai été baptisé; je veux y vivre et mourir. Je crois fermement ce mystère ineffable, etinfinijnent supérieur à ma foible raison. Ah ! Seigneur , je le crois, quoique je ne puisse pas le comprendre : pour être incompréhensible , il n'en est que plus digne de vous. Non , je ne serai point ingrat envers vous , parce que vous m'avez aimé au delà de ce que je puis concevoir : je ne méconnoîtrai pas votre bienfait , parce qu'il est au-dessus de ma foible intelligence. «le ne vois , après tout , dans ce mystère , que l'effet d'une bonté et d'une miséricorde infinies ; et

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bien loin que ma foi soit ébranlée , à \g vue d'une charité immense pour les hommes , je reconnois mon Dieu.

Pratique.

Reciter avec piété V Angélus, pour remercier Dieu du bienfait de l'incarnation,

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XVILe LECTURE.

Suite du Mystère de l'Incarnation.

Misericordia et veritas obviaverunt sibi : justitia et fax oscuiatœ surit»

La miséricorde et la vérité se sont rencontrées : la justice et la paix ont fait alliance entre elles. Ps: 84:

Vous devez surtout vous souvenir , mon cher Théophile , que c'est pour nous que le Fils de Dieu s'est fait homme ; que c'est pour nous racheter de l'esclavage du péché et des peines de l'enfer ; que c'est pour nous mériter la vie éternelle , à laquelle nous n'avions plus de droit. Nous avions offensé Dieu ; cette offense étoit infinie , parce qu'elle attaquoit une majesté infinie ; la justice divine demandoit que le péché fûtréparé,etque la réparation fût proportionnée à l'injure. Un pur homme ne pouvoit offrir une satisfaction infinie , parce qu'il est borné par sa nature ; il n'y avoit qu'un homme-Dieu qui put satisfaire à la justice divine: il falloit qu'il fût homme , pour être capable de souffrir; d'ailleurs c'étoitla nature humaine qui avoit péché : c'é-

84 Doctbine Chrétienne.

toit donc à la nature humaine à faire îa réparation. Il falloit aussi qu'il fût Dieu , afin de donner un mérite et un prix infinis aux souffrances de8 l'homme. Par le mystère de l'incarnation , la même personne est Dieu et homme tout ensemble: le Verbe s'est fait chah? pour nous racheter du péché : il s'est revêtu de nos misères , pour nous en délivrer. Par ce moyen admirable , le péché est puni , et le pécheur est sauvé: ainsi en lui la justice et la miséricorde se concilient; l'injure faite à Dieu est abondamment réparée ; et Dieu est honoré comme il doit l'être. Jésus- Christ s'est rendu notre médiateur ; c'est un médiateur parfait, qui tient à Dieu par sa divinité , et à nous par son humanité ; qui peut souffrir comme nous , parce qu'il a une nature semblable à la nôtre , et nous réconcilier avec Dieu par ses souffrances, parce qu'il lui est égal ; médiateur qui, par sa parfaite sainteté % est infiniment agréable à celui auprès de qui il s'est entremis pour la réconciliation des pécheurs. Une comparaison vous fera encore mieux sentir cette vérité, mon cher Théophile: qu'un roi ait été insulté, outragé par le dernier de ses sujets , ni le coupable, ni aucun autre sujet du roi ne peut faire à la majesté royale une satisfaction égale à l'offense; tout ce que le coupable pourroit offrir , serort toujours beaucoup.au-dessous delà grièveté de l'injure : mais M le fils du roi même , héritier de sa couronne , et déjà assis sur son trône , touché de compassion pour ce malheureux, descend du trône, quitte ses ornemens royaux , se couvre la tête de cendre et le corps d'un sac , et qu'en cet état * prosterné devant son père, il s'offre à subir le

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supplice dû au coupable , pour obtenir sa grâce ; vous concevez qu'une si profonde humiliation est une satisfaction proportionnée à la grandeur de la personne offensée ; que dès là l'injure est pleinement réparée , et que le roi , sans blesser la justice , peut faire miséricorde au criminel» Eh bien , c'est l'image de la grâce que Dieu a accordée à l'homme pécheur , par l'incarnation de son Fils. Que Dieu est admirable dans toutes ses œuvres , et surtout dans ce grand ouvrage de son amour ! Quel bienfait que celui de nous avoir donné son Fils unique pour nous sauver ! Quelle reconnoissance ne devons-nous pas à ce Sauveur généreux, qui s'est abaissé jusqu'à se dépouiller de sa gloire , se revêtir de notre nature , s'assujettir à nos infirmités, paroître et être en tout semblable à nous ! Apprenez donc , mon cher Théophile , à adorer les humiliations de ce Dieu anéanti ; il n'est pas moins adorable dans l'étable de Bethléem , soiis les langes dont il se couvre , que dans le ciel et sur le trône où il réside. Ne méprisez point une bassesse et une infirmité qu'il n'a prise que pour vous , et qui fait votre gloire et votre force. S'il n'étoit devenu ce que vous êtes , vous ne seriez jamais devenu l'enfant de Dieu , l'héritier de Dieu. Il n'a sauvé que la nature qu'il a prise ; et il a pris votre nature toute entière , pour vous sauver tout entier , et dans Pâme et dans le corps. C'est pour nous , ô mon Dieu ! que vous vous êtes fait homme; c'est dans le temps que nous étions pécheurs, que vous vous êtes ainsi anéanti pour l'amour de nous. La satisfaction que vous avez offerte, est proportionnée à la grandeur de notre péché , et l'offense est pleinement réparée.

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C'est ainsi que vous avez concilié les droits rie votre justice avec les intérêts de votre miséricorde. Nous étions incapables de nous élever jusqu'à la divinité; mais en vous rendant visible , en habitant parmi nous , vous vous êtes abaissé jusqu'à nous , pour nous élever jusqu'à vous. Nous étions morts par le péché ; mais ,en prenant notre nature , vous nous avez rendu la vie ; en vous faisant semblable à frous , vous nous avez faits semblables à vous ; nous sommes devenus les enfans de Dieu, depuis que vous êtes devenu vous-même le fils de l'homme. Je connois , ô mon Sauveur ! que vous aimez en Dieu , c'est-à-dire , sans mesure et sans borne. Que cet excès d'amour fasse sur mon cœur toute l'impression qu'il doit faire : que je vous aime comme vous m'avez aimé ; et que je me donne à vous sans partage et sans réserve.

Pratique.

Avoir un tendre amour pour Jésus-Christ.

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