XXVIII.8 LECTURE
Je crois la sainte Eglise. Formation de l'Eglise? chrétienne.
Ecclesia œdificabatur ambulans in timoré Domini 9 e# consolât ione Spiritûs Sancti reptebatur.
L'Eglise s'établissoit, marchant dans la crainte du Sei~ gneur, et elle était remplie de la consolation du Saint- Esprit. Act „ 9.
Ijes apôtres , après avoir reçu le Saint-Esprit,, sortirent de la maison où ils s'étoient tequs renfermés ,* et ils annoncèrent la résurrection de Jésus-Christ au milieu delà ville de Jérusalem , qu'ils étonnèrent par les miracles qu'ils opé~ roient. Trois mille Juifs se convertirent à la première prédication de saint Pierre , et cinq mille à la seconde. Le nombre des Fidèles augmenioii tous les jours, et ceshommes , régénérés
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jpar le baptême , et renouvelés par le Saint-Esprit, donnoient au monde le spectacle de la vertu la plus pure et la plus parfaite. Les apôtres prêchèrent ensuite la parole de Dieu avec le même succès dans toute la Judée , la Galilée et la Samarie; de là ils passèrent dans la Syrie et dans les provinces de l'Asie mineure , dans la Macédoine et dans la Grèce , annonçant partout l'Evangile , c'est-à-dire la bonne nouvelle de la rédemption des hommes par Jésus-Christ. Saint Pierre porta la foi à Rome , alors la capitale du Monde. De cette multitude de peuples , si différens de génie et de mœurs , s'est formé en trèspeu de temps un peuple nouveau , un corps et une société d'hommes unis tous ensemble par la profession d'une même foi , par la participation des mêmes sacremens , par la communication des mêmes biens spirituels , ayant tous un même chef invisible, qui est Jésus-Christ , et un même chef visible qui est le Pape , ou l'évêque de Rome. Ce corps , et cette société s'appelle l'Eglise chrétienne. Elle s'établit sans aucuns jmoyeiîs humains , et malgré les plus grands obstacles. Les Juifs résistaient opiniâtrement à l'Evangile , et persécutaient avec fureur les disciples de Jésus-Christ. D'un autre côté , les Païens s'opposèrent de toutes leurs forces à son établissement. Tout ce qu'il y avoit de grand et de puissant parmi eux , se déclara d'abord ennemi de cette religion ; mais malgré la fureur des Juifs et l'opposition des empereurs , malgré la corruption générale des peuples , attachés depuis longtemps à une religion toute sensuelle , les apôtres établirent l'Eglise de Jésus-Christ dans toutes les contrées de l'Univers , et scellèrent de
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leur sang la vérité de leur témoignage. Ceux qu'ils choisirent pour leur succéder dans le ministère apostolique , imitèrent leur zèle , et transmirent pareillement à leurs successeurs le dépôt de la foi , qui est ainsi parvenue , d'âge en âge , dans toute sa pureté jusqu'à nous.
Faites avec moi , mon cher Théophile , quelques réflexions sur cet établissement de la religion , qui est évidemment l'ouvrage de Dieu. Représentez-vous douze hommes de la lie du peuple , sans biens , sans science , sans appui , à qui leur maître ne promet dans ce monde que des persécutions , des tourmens et la mort : voilà ce qu'étoient les apôtres. Peut-on s'imaginer que douze hommes de ce caractère , s'ils n'eussent été animés de l'esprit de Dieu , aient osé entreprendre de changer la face de l'Univers , découverte tous les peuples , Grecs et Romains , Juifs et Païens ; et cela , en leur proposant à tous également les mystères les plus difficiles à croire , et les règles les plus difficiles à pratiquer ? Cependant ces douze hommes , ainsi dénués de tout secours humain, n'ayant d'autres armes que la parole , ni d'autres défenses qu'une patience à toute épreuve , non-seulement ont osé former un dessein si extraordinaire , mais il» l'ont exécuté , ils ont prêché une doctrine qui captive l'esprit , et qui gêne le cœur ; ils l'ont prêchée au milieu de l'empire romain , dans les plus grandes villes, dans les villes les plus riches, les plus savantes, les plus voluptueuses , à Antioche , à Alexandrie, à Ephèse , à Corinthe , à Athènes , à Rome enfin. Tout s'est soulevé contre cette nouvelle doctrine; tout a été mis en œuvre pour étouffer le christianisme dans son berceau 9
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et pour en arrêter les progrès : perle de biens , exil , prisons , supplices ; et cependant le christianisme , la chose du monde la plus difficile à persuader, s'est établi partout par la seule voie de la persuasion , malgré tout ce qu'ont pu lui opposer les puissances , la sagesse humaine , les passions , l'intérêt , la politique , et la violence la plus outrée. Vous conviendrez avec moi , mon cher Théophile , qu'il n'y a là rien de naturel , et qu'on ne peut s'empêcher d'y reconnoîre le doigt de Dieu. Car enfin , ou les apôtres ont fait des miracles pour convaincre les peuples de la vérité de ce qu'ils leur annonçoient, ou ils les ont convaincus sans miracles: s'ils ont fait des miracles, c'étoil donc Dieu lui-même qui présidoit à cette œuvre; s'ils ont persuadé le monde sans miracles , la preuve n'en est que plus forte : il n'y a qu'une vertu divine qui puisse opérer cette persuasion dans tous les esprits , malgré tous les obstacles qui s'y opposoient. Une telle persuasion , produite sans miracles , seroit ellemême le plus grand miracle que l'on puisse concevoir.
Vous aviez prédit, Seigneur, qu'après que vous auriez été élevé de terre , c'est-à-dire , après que vous auriez été attaché à la croix , vous attireriez tout à vous. Nous voyons cette prédiction exactement accomplie. La conversion de l'Univers n'a pu être que l'ouvrage de votre toute-puissance , et nous ne pouvons le voir sans être frappés d'admiration : il est évident, ô mon Dieu! que l'exécution d'un tel dessein éloit impossible à toute la sagesse et à toute l'a puissance humaine : les moyens que vous avez employés y élolcut de vrais obstacles*
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Vous avez choisi des hommes obscurs , pauvres, foibles et ignorans , pour montrer que vous n'avez pas besoin du secours humain , ni des puissances de la terre; vous avez choisi les moins sages selon le monde , pour confondre les sages ; vous avez choisi les foibles selon le monde , pour confondre les puissans ; vous avez choisi les plus vils et les plus méprisables selon le monde , et ce qui n'étoit rien , pour détruire ce qu'il y avoit de plus grand , afin que nul homme ne sç glorifie devant vous. C'est donc vous qui avez tout fait ; vous avez voulu paroître seul dans l'établissement de la religion chrétienne , afin que l'on ne pût s'empêcher de reconnoître que cette religion est vraiment divine. Oui , Seigneur , c'est là votre ouvrage : à vous seul appartient la gloire d'un succès si merveilleux, et qui porte visiblement le caractère de votre puissance infinie. Je vous bénis de ce qu'il vous a plu de rendre la foi si facile et si raisonnable, qu'il faut faire violence aux sentimens naturels de son esprit , pour résister aux preuves qui la démontrent»
Pratique.
Admirer la puissance de Dieu dans la con>~ version de l'Univers»
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XXIXe LECTURE.
Suite de l'établissement de l'Eglise chrétienne* Constance des Martyrs.
Ibant gaudentcs quoniam digni habiti sunt *pro
toomine Jesu contumeliàm pafi.
Ils étoient remplis de joie de ce qu'ils avoient été jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus. A cl. 5.
L a persécution contre l'Eglise de Jésus-Christ ne finit pas avec la vie des apôtres ; toutes les puissances continuèrent , pendant trois cents ans, de lui faire la guerre. Oh compte, pendant cet intervalle de temps , dix persécutions suscitées par les édits des empereurs ; et il y a eu une multitude innombrable de Chrétiens de toute condition, de tout sexe et de tout âge , qui ont souffert les tourmens et la mort pour rendre témoignage à Jésus-Christ. Vous ne pourrez entendre sans frémir , mon cher Théophile , les cruautés que l'on exerça contre eux , les divers supplices que l'on inventa pour les tourmenter : on les étendoit sur un chevalet , avec des cordes attachées aux pieds et aux mains ; on les suspendoit par les mains , après leur avoir attaché des poids aux pieds , et , en cet état , on les battoit de verges et de fouets garnis de pointes de fer ; on les déchiroit avec des peignes de fer, jusqu'à découvrir les côtes et les entrailles. Quand ils n'expiroient pas dans ces tourmens , pour rendre leurs plaies plus sensible* , on y jetoit du sel et du vinaigre , et on les rouvrpit , lors-
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qu'elles commençoient à se fermer : puis on renvoyoit les martyrs dans la prison , pour les éprouver plus long-temps , et pour les tourmenter à diverses reprises. Les prisons mêmes étoient une autre espèce de supplice : c'étaient les cachots les plus infects et les plus noirs : on leur mettoit les fers aux pîeds et aux mains ; on leur attachoit au cou de grandes pièces de bois , ou des entraves aux jambes , pour les tenir élevées ou écartées , pendant qu'ils étoient couchés sur le dos. Quelquefois on semoit leurs cachots de petits morceaux de verre cassé , et on les y mettoit tout nus et tout déchirés de coups; souvent on laissoit pourir leurs plaies, et on les faisoit mourir de faim ; quelquefois on les nourrissoit et on pansoit leurs plaies; mais c'étoit afin de les toum\jnter de nouveau. On défendoit ordinairement de les laisser parler à personne , parce qu'on savoit qu'en cet état ils convertissoient beaucoup d'infidèles , même les geôliers et les soldats qui les gardoient. Le supplice qui terminoit toutes ces tortures étoit d'avoir la tête tranchée , ou d'être brûlé vif, ou d'être précipité dans la mer , et du haut des rochers , ou d'être dévoré par les bêtes. Les martyrs demeuroient fermes et inébranlables au milieu des plus longues et des plus vives douleurs ; les tourmens même paroissoient augmenter leur courage. Ce n'étoient pas seulement des hommes qui montroient une constance si admirable , c'étaient des femmes délicates, de foibles enfans; tant étoit puissante la grâce de Jésus - Christ , qui les fortifioit intérieurement ! Ouvrez l'histoire ecclésiastique , mon cher Théophile , vous y verrez
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des exemples de courage , qui sont non-seulement au-dessus des forces humaines , mais encore au-dessus de toute admiration. On ne peut lire sans étonnement ce qu'ont souffert les martyrs de Lyon et de Vienne , sous l'empereur Marc Àurèle ; ce que rapporte l'historien Eusèbe des martyrs de la Palestine , et Sozomène , des martyrs de Perse ; ce qu'on trouve dans les actes originaux des martyrs d'Afrique , entre lesquels deux illustres femmes , sainte Perpétue et sainte Félicité , se distinguèrent malgré la foiblesse de leur sexe. Tous ces généreux athlètes ont souffert, avec une patience invincible, des tourmens dont le récit seul fait frémir : quelques-uns mêmes les souffroient avec joie ; ils alloient d'eux-mêmes au supplice; ils çraignoient qu'on ne les épargnât. Vous entendrez volontiers , mon cher Théophile , la lettre que saint Ignace , évêque d'Antioche , écrivit aux chrétiens de Rome , dans le temps qu'on le conduisoit en cette ville pour y être exposé aux bêtes féroces ; il les conjure de ne pas employer leur crédit pour le délivrer du supplice. « Je crains , leur dit-il , » que votre charité ne me nuise ; je vous en » conjure , ne m'aimez pas à contre-temps, » souffrez que je sois la pâture des bêtes , qui » me feront jouir de Dieu. Je suis le fro- » ment de Dieu , et je serai moulu par les » dents des bêtes pour devenir un pain tout
» pur de Jésus-Christ Je souhaite de les
» trouver bien prêles ; je les flatterai , afin » qu'elles me dévorent promptement, et qu'il » ne m'arrive pas , comme à quelques-uns , » qu'elles n'ont osé toucher. Si elles ne
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» vouloîent pas , je les forcerai. Pardonnez- » moi , je sais ce qui m'est utile ; maintenant » je commence à être disciple de Jésus-Christ. » Aucune créature visible ni invisible ne » m'empêchera d'arriver à Jésus-Christ. Que » le feu , la croix , les bêtes , la séparation de » mes os , la division de mes membres , la » destruction de tout mon corps , que tous » les tourmens fondent sur moi , pourvu seule- » ment que je jouisse de Jésus-Christ. » Vous voyez , mon cher Théophile , avec quelle ardeur ce saint martyr désire de souffrir et mourir pour Jésus-Christ. Vous savez que saint Laurent, étendu sur un brasier allumé, disoit à ses bourreaux de tourner son corps de l'autre côté , parce que le feu n'avoit plus de prise sur celui qui étoit déjà brûlé. Quel langage , au milieu des douleurs les plus cuisanses ! D'où venoit à ces héros du christianisme , ce courage invincible qui leur faisoit braver les tourmens et la mort ? Qui est-ce qui leur donnoit cette force supérieure à tout ce que la cruauté des tyrans pouvoit inventer ? N'en doutez pas, cette force et ce courage ne pouvoient venir que de Dieu. Vous sentez vousmême qu'une telle constance n'est point naturelle à l'homme. Il falloit qu'une vertu divine soutînt leur foiblesse naturelle. La religion , que les martyrs ont cimentée de leur sang , est donc une religion divine ? Oui , sans doute. Jamais elle n'auroit pu subsister , si une main Joute-puissante ne l'eût soutenue contre des attaques si violentes et si multipliées ; maïs Dieu la fit triompher de la fureur de ses ennemis ; tous leurs efforts , qui auroient dû causer sa
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ruine, n'ont servi qu'à l'affermir; plus les persécutions étoient cruelles , plus la foi faisoit de progrès. Le sang des martyrs étoit comme une semence féconde qui enfantait de nouveaux Chrétiens ; et le Monde entier , après avoir persécuté avec fureur les disciples de Jésus-Christ, s'est enfin rangé de leur côté, et a embrassé la foi.
Vous avez permis , ô mon Dieu ! de si longues et de si cruelles persécutions contre votre Eglise naissante , pour mieux faire éclater la force de votre bras ; vous avez permis que le Monde entier se soulevât contr'elle , et qu'elle n'opposât que la patience à la fureur de ses ennemis. Vous avez dit à vos disciples qu'ils dévoient être comme des agneaux au milieu des loups. Cette leçon si difficile à pratiquer, est devenue leur règle. On a vu une légion entière mettre bas les armes, et se laisser égorger sans taire la moindre résistance. C'est en montrant la douceur des brebis qu'ils ont converti les loups. La cruauté des tyrans a été obligée de céder à la patience invincible des martyrs. Vous seuls , ô mon Dieu ! pouviez enseigner un pareil moyen , vous seul pouviez le faire réussir ; c'étoit vous qui combattiez dans ces généreux athlètes ; c'étoit vous qui les animiez ; c'étoit vous qui leur inspiriez , non-seulement la patience dans les douleurs les plus cruelles , mais le désir même de souffrir. Fortifié par votre grâce puissante , le sexe le plus foible , l'âge le plus tendre méprisoit la mort , et lassoit la cruauté des bourreaux. Les Païens eux-mêmes , témoins de la constance des martyrs , reconnoissoient qu'elle ne pouvoit venir que de vous ; et , forcés d'admirer una
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ïeligion qui élève l'homnie au-dessus des plus terribles épreuves , ils se déclaroient Chrétiens, Faites , ô mon Dieu ! que j'imite la foi des martyrs, sinon en mourant pour elle, du moins en souffrant les railleries des libertins, et la haine des impies.
Pratique.
Demander à Dieu quelque participation à la foi et au courage des martyrs.