XXXVII.6 LECTURE
De l'Espérance.
Qui titnetis Dominum , sperate in itlum.
Vous qui craignez le Seigneur , espérez en lui. EccL 2.
-Le second devoir de l'homme envers Dieu c'est d'espérer en lui, c'est à dire , d'attendre avec une ferme confiance , de sa bonté infinie, les biens qu'il nous a promis. Ces biens sont le salut éternel , et les grâces dont nous avons besoin pour y arriver. Qu'ils sont grands ces biens> nien cher Théophile ! qu'ils sont précieux ! Ce n'est rien moins que la possession éternelle de Dieu même. Ce bonheur est infiniment au-des sus de nous et de nos efforts : aussi est-ce par sa pure miséricorde qu'il nous en a fait la promesse. Nous ne sommes pas capables par nousmêmes de mériter un tel bonheur; mais Dieu , qui nous aime , malgré notre misère et notre indignité , nous promet toutes les grâces nécessaires pour y parvenir : il nous a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point , mais qu'il ait la vie éternelle. La vue de nos misères ne doit point nous empêcher d'espérer en Dieu , et d'attendre la possession des biens qu'il nous a promis. Sa toutepuissance , à laquelle rien n'est impossible , sa miséricorde qui est infinie, le don qu'il nous a fait de son Fils , les mérites de sa mort qui sont inépuisables , la vertu de sa grâce , ses promesses, le commandement qu'il nous fait d'es-
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pérer en lui : voilà les fondemens inébranlables de l'espérance chrétienne. Après de telles assurances, nous lui ferions injure de ne pas espérer. Comme Dieu veut être cru quand il parle , il veut aussi qu'on se confie en lui , quand il promet. L'espérance n'est pas moins nécessaire au salut que la foi même. « Espérez » en Dieu , dit le prophète , et faites le bien. » L'Apôtre nous ordonne non-seulement d'être fondés et affermis dans la foi , mais encore d'être inébranlables dans l'espérance que nous donne l'Evangile ; car ajoute-t-il , nous sommes sauvés par l'espérance. « Il veut qu'au mi- » lieu des afflictions même , un Chrétien se * glorifie dans l'espérance des enfans de Dieu , » persuadé que cette espérance ne trompe ja- » mais. » Remarquez , mon cher Théophile, que notre confiance doit être ferme et constante. Non ; l'espérance chrétienne n'est point incertaine et chancelante : c'est une constance ferme , parce qu'elle est appuyée sur un fondement inébranlable. Saint Paul la compare à une ancre ferme et assurée , qui retient un vaisseau au milieu des flots et de la tempête : cette espérance n'est jamais confondue , quand elle est humble , sincère et persévérante. Dieu ne peut manquer à sa promesse. « Le ciel et la terre pas^ » seront , mais ses paroles ne passeront point. » Considérez , dit un auteur sacré, considérez tout ce qu'il y a eu d'hommes parmi les nations ; et sachez que nul n'a espéré au Seigneur , qui n'ait éprouvé les effets de sa bonté. II est vrai que , durant cette vie , l'espérance est toujours mêlée de crainte : Dieu le permet ainsi pour nous tenir dans l'humilité et dans une salutaire
défiance de nous-mêmes : mais ce qui produit en nous celte crainte et celte incertitude , n& Tient pas du côté de Dieu , qui est toujours riche en miséricorde , et fidèle à ses promesses; il vient uniquement de nous-mêmes. Nous sommes , à la vérité, assurés que si nous ne manquons pas de confiance en Dieu , il nous accordera tout ce qu'il nous a promis; mais nous avons sujet de craindre que nous ne mettions nous-mêmes obstacle aux grâces de Dieu. L'espérance chrétienne est combattue par deux vices opposés ; le désespoir d'un côté , et la présomption de l'autre. On pèche contre l'espérance , lorsque désespérant de son salut , on demeure dans l'impénitence ; et que l'on ne fait aucun effort pour en sortir. Tel a été le péché de Caïn , qui -, après avoir tué son frère, dit : « Mon iniquité est trop grande pour en obtenir t> le pardon. » Le désespoir est le péché le plus horrible aux yeux de Dieu , parce qu'il l'outrage dans sa bonté , celle de toutes ses perfections qu'il aime le plus à manifester aux hommes , et à laquelle il désire le plus que nous rendions hommage par une confiance sans bornes. En effet , quelque énormes que puissent être nos crimes, la miséricorde de Dieu est infiniment plus grande : il n'y a point de péché que notre Seigneur n'ait expié par sa mort , et dont il ne nous ait mérité le pardon. H nous crie du haut de sa croix , que tout son sang est pour nous. Si vous avez le malheur de tomber dans quelque péché , mon cher Théophile , ne désespérez jamais de la miséricorde divine : vous avez un père tendre et plein de bonté ; il ne demande que le retour de son enfant ; voire repentir
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réveillera toute sa tendresse : mais , d'un autre côté , n'abusez pas de sa patience et de sa bonté , pour l'offenser avec plus de liberté , et pour persévérer dans le désordre. On pèche encore contre l'espérance lorsque , présumant de la miséricorde de Dieu ou de ses propres forces , on diffère sa conversion ; tel est le péché de ceux qui , se formant une fausse idée de la miséricorde de Dieu, croient qu'ils se sauveront sans cesser de l'offenser; ou qui comptant sur une longue vie , se persuadent qu'il suffira de penser à leur salut , quand le temps de la jeunesse sera passé. Ne dites pas : la miséricorde de Dieu est grande : il me pardonnera la multitude de mes péchés. Combien de jeunes gens ont été trompés par cette fausse confiance ! ils ont compté sur un avenir , et il ne de voit point y avoir d'avenir pour eux. Evitez cette illusion, mou cher Théophile : ne différez point à vous donner à Dieu ; vous ne savez quelle sera la durée de votre vie. La mort ne peut-elle pas vous surprendre avant la lin de votre jeunesse? Heureux l'homme qui espère en vous, ô mon Dieu ! vos promesses s'accompliront infailliblement sur tous ceux qui mettent en vous toute leur confiance. Je l'ai, Seigneur, cette espérance que vous me sauverez par votre grâce. Ce n'est pas sur mes efforts que je me fonde : non , ce seroit un bien foible appui , c'est sur votre miséricorde , c'est sur les mérites infinis de mon Sauveur que je m'appuie : j'attends tout de vous ; et mon salut éternel , et les grâces qui doivent me conduire à cet heureux terme. Vous êtes infiniment bon ; vous nous avez donné votre Fils : comment pourriez-vous nous refuser quelque
%j& Doctrine Chrétienne.
chose après cela ? S'il me venoït jamais quelque tentation de désespoir , un coup d'œil sur la croix me rassureroit; et pourvu que je n'abuse point de votre miséricorde pour demeurer dans le péché , cette espérance me conduira infailliblement au salut. Les dangers auxquels je suis exposé , ne me décourageront pas ; vous saurez bien m'en délivrer. Non , mon Dieu , vous n'abandonnerez jamais celui qui espère en vous; vous viendrez à son secours, et vous le sauverez , parce qu'il espère en vous. Vous êtes fidèle dans vos promesses , et votre parole ne peut manquer d'être accomplie.
Pratique.
Faire souvent des actes d'espérance.
XXXVIIL* LECTURE.
De la Charité.
Qui timetis Dominum , diUgife illum.
Vous qui craignez le Seigneur, ainiez-le. Eccl. 2.
t Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout n votre cœur , de toute votre âme , de toutes vos » forces et de tout votre esprit. » C'est le commandement que Moïse avoit fait aux Israélites de la part de Dieu, Notre-Seigneur l'a renouvelé et confirmé dans l'Evangile, Nous y lisons qu'un docteur de la loi ayant fait à Jésus-Christ cette question : Maître , quel est le plus grand des çommandemens ? en reçut cette réponse : «Vous
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j> aimerez le Seigneur votre Dieu dé tout votre » cœur , etc. Voilà le premier et le plus grand » commandement. Etoit-il donc nécessaire que Dieu nous commandât de l'aimer ? Dieu n'est-il pas de lui-même souverainement aimable ? Ses perfections infinies , sa bonté pour nous , les bienfaits dont il nous comblé, les avantages que Ton trouve à s'attacher à lui; tout rie nous engage-t-il pas à l'aimer ? Il nous a créés , il nous conserve , il nous nourrit; le ciel , la terre , toutes les créatures qu'il a formées pour notre usage : tout ne nous crie-t-il pas que nous devons l'aimer ? Dieu a fait encore beaucoup plus pour nous dans l'ordre du salut ; il nous a donné son propre Fils ; il l'a sacrifié pour nous racheter ; il nous a admis au nombre de ses enfans ; chaque jour , à chaque instant , il nous soutient par sa grâce ; il nous destine après cette vie une félicité éternelle dans le séjour de la gloire. N'en est-ce donc pas assez pour gagner notre cœur? C'est tout ce qu'il nous demande pour tant de bienfaits. «Mon fils, nous dit-il /donnez-moi » votre cœur. » Pourriez-vous lui refuser ce qu'il vous demande , mon cher Théophile ; Seriez-vous insensible à cette tendresse de votre Dieu ? Ce cœur qu'il vous demande ne lui appartient-il pas ? N'est-ce pas Dieu qui vous l'a donné ? Et pourquoi vous l'a-t-il donné, si ce n'est pour que vous l'aimiez ? Quoi donc ! fautil prouver à un enfant bien né qu'il doit aimer son père ? Ce sentiment n'est-il pas naturel à l'homme ? Le cœur ne s'y porte-t-il pas de luimême ? Vous avez sans doute éprouvé bien des fois , mon cher Théophile , cet attendrissement que fait naître la présence, le souvenir même
d'un père ; et Dieu n'est-il pas votre père ? Es! il quelqu'un à qui ce nom convienne mieux qu'i lui ? Y en eut-il jamais un meilleur ? Ajoutez i tous ces motifs les douceurs que l'on goule dans l'exercice de ce saint amour. Oh ! quelle joie pure quelle douce consolation ne répand-il pas dans un cœur qui en est embrasé I Non , tous les plaisirs que le monde nous offre n'on t rien de comparable à cette paix délicieuse que Dieu met dans une âme qui l'aime. Attachez-vous donc à Dieu, mon cher Théophile; hâtez-vous de lui donner votre cœur., avant que le péché le rende indigne de lui être offert. Vous ne pouvez être heureux qu'en l'aimant ; et plus vous l'aimerez , plus vous serez heureux. Oui , Dieu seul peut faire notre bonheur : un homme à qui Dieu manque est malheureux dans le sein même des richesses , de la gloire et des plaisirs; il désire toujours quelque chose, il n'est pas content : mais celui qui aime Dieu, trouve dans ce saint amour des consolations qui lui tiennent lieu de tout le reste. Sefr désirs sont satisfaits , son cœur est tranquille ; et rien ne peut troubler le calme de son âme : dans l'indigence même, il est riche; dans l'humiliation, il est grand; dans les souffrances, il est comblé de joie. Si vous en doutez , écoutez l'Apôtre qui vous dit : « Je suis rempli de joie au milieu de toutes j> mes tribulations. » Lisez dans l'Histoire Ecclésiastique avec quel empressement les martyrs couroientaux plus cruels tourmens et à la mort ; essayez vous-même, et voyez combien le Seigneur est doux pour ceux qui l'aiment. Mais comment devons-nous aimer Dieu. Un amour foible, un amour partagé, un amour stérile suffiroit-il pour remplir le précepte ? Non , mon cher Théo-
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phile î vous devez aimer Dieu de tout votre cœur i de toute votre âme , de toutes vos forces. Dieu veut posséder votre cœur tout entier : il faut préférer Dieu à toutes les créatures , être disposé à perdre tout , plutôt que sa grâce ; enfin , n'aimer rien que par rapporta lui. C'est donc pécher contre ce commandement que de mettre son souverain bien dans un autre objet que Dieu , comme les ambitieux , dans les honneurs ; les avares, dans les richesses ; les voluptueux , dans les plaisirs des sens. L'amour de Dieu doit être agissant : « Si quelqu'un m'aime , dit Notre-Seigneur, » il gardera mes commandemens. » En effet , l'on cherche à plaire à celui qu'on aime ; et le moyen de lui plaire , c'est de faire sa volonté, et d'accomplir fidèlement tout ce qu'il exige. Une suffit donc pas de dire à Dieu qu'on l'aime ; non, des paroles ne suffisent pas , il faut des œuvres. L'amour de Dieu ne peut être oisif: c'est un feu qui agit toujours ; s'il ne produit point d'effet , c'est une preuve qu'il est éteint.
Répandez-la dans mon cœur, ô mon Dieu ! cette divine charité ; allumez-» y le feu sacré que vous avez apporté sur la terre : mon cœur a été fait pour vous ; vous l'avez formé , non pour aimer les créatures , mais pour s'attacher à vous r que puis- je trouver hors de vous , qui mérite mon amour ? Oui , je le sens, mon cœur sera toujours agité , tant qu'il ne se reposera point en vous. Je ne désire , ô mon Dieu , ni les richesses , ni tous les autres biens de ce monde ; je ne désire que de vous aimer. Vous seul , Seigneur , vous seul savez si je vous aime , et combien je vous aime; ce que je sais, c'est que je voudrois vous aimer, c'est que je voudrois vous
aimer beaucoup , c'est que je voudrois vous armer uniquement , vous aimer toujours. Si mon amour est encore foible , augmentez-le , fortifiezle , rendez-le plus puissant que les attraits séducteurs de la volupté, plus fort que la crainte de la douleur et de la mort même. Quecet amour me fasse accomplir avec fidélité tous vos commandemens , et que , par là , je mérite de vous aimer parfaitement dans l'éternité de Dieu.
Pratique.
Faire souvent des actes d'amour de Dieu.