LXII.« LECTURE
Quatre-Temps , Vigiles jeûneras > et le Carême entièrement.
L'Église nous commande de jeûner pendant tout le carême , les veilles de certaines fêtes solennelles , et les trois jours de chaque saison , que l'on nomme les Quatre- Temps. Le jeûne consiste à ne prendre qu'un seul repas , et à s'abstenir de certains alimens , comme de la viande , etc. On appelle Carême ou Quadragésirrte, les quarante jours déjeune qui précèdent la fête de Pâques. Le jeûne du carême est de la plus haute antiquité ; et l'institution en vient des apôtres mêmes. Quelle autorité ne donne pas à la loi du jeûne une origine aussi ancienne et aussi respectable ? Quel poids n'y ajoute pas
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cet usage sî solennel , si universel , pratiqué pendant tant de siècles? Le jeûne du carême a été établi pour imiter celui de Notre-Seigneur , et pour nous préparer à célébrer dignement la grande fête de Pâques. Ce jeûne a toujours été d'une observance plus rigoureuse que les autres : dans les autres jeûnes , on prenait son repas après l'heure de noue, c'est-à-dire à trois heures du soir ; au lieu que , dans le carême , on demeurait sans manger et sans boire jusqu'après l'heure de vêpres, c'est-à-dire , jusqu'à six heures du soir* Pendant tout ce temps de pénitence , tous les Chrétiens vi voient dans la retraite et le silence , interrompant le sommeil de la nuit par de longues veilles , pour gémir devant Dieu , et pleurer leurs péchés -, s occupant une bonne partie du jour à la lecture et à la prière , et nourrissant les pauvres de ce qu'ils se retranchoient à eux-mêmes par mortification. Cette ferveur de nos pères s'est soutenue pendant plusieurs siècles ; mais enfin le relâchement s'introduisit ensuite par degrés , l'on avança insensiblement le repas jusqu'à midi , et pour conserver une ombre de l'ancienne discipline, l'oiïice du soir lut aussi avancé en même temps : c'est pour cette raison que , dans le carême , les vêpres se disent avant midi. Alors on crut pouvoir prendre sur le soir un peu de nourriture \ pour supporter plus aisément le jeûne jusqu'au lendemain; et l'Église a toléré cette collation pourvu qu'elle soit légère, et qu'elle ne puisse pas être censée un repas; car il est essentiel pour le jeûne de ne faire qu'un repas. Le jeûne des quatre-temps a été établi pour consacrer par la pénitence toutes les saisons de l'année, pour
attirer la bénédiction de Dieu sur les biens de la terre, et pour te prier de donner à son Église de bons ministres; car c'est alors que ceux qui se destinent aux augustes fonctions de l'autel , reçoivent les ordres sacrés. Enfin, les vigile» sont les jours qui précèdent les principales Côtes. On les appelle ainsi , parce qu'autrefois les fidèles s'assembloient dans les Eglises là veille des grandes solennités , et qu'ils y passoient une parte de la nuit à louer Dieu par le chant des psaumes, et par la lecture des livres saints, comme on fait encore la veille de Noël. On jeûne ces jours-là pour se disposer à bien célébrer ces fêtes , et à en retirer plus de fruit.
La ici du jeûne est imposée à tous les fidèles généralement; il faut, pour en être dispensé , que la foiblesse de l'âge, ou des infirmités, ou des travaux rudes et fatigans mettent hors d'état de jeûner. C'est donc un grand péché de ne point observer les jeûnes prescrits par l'Eglise , quand on n'a point de cause légitime de dispense : les violer sans nécessité , c'est pécher contre Dieu même , qui nous ordonne d'obéir à l'Eglise. On voit cependant un grand nombre de Chrétiens qui , sans aucune raison , manquent à la loi du jeûne ; mais cette loi n'en subsiste pas moins ; et la multitude des prévaricateurs ne sauroit ni l'anéantir* ni l'affaiblir. Il est vrai > mon cher Théophile , que l'Eglise ne vous assujettit à la loi du jeûne qu'à cet âge où la santé affermie , où l'homme formé ne peuvent plus en recevoir de dangereuses atteintes : c'est une condescendance de cette tendre mère , toujours attentive à ce qui intéresse ses enfans ; mais cette indulgence même doit vous rendre plus
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fidèle à observer la loi , lorâqu^efie juge que vous pouvez le faire sans danger ; et quoique l'on ne soit rigoureusement obligé au jeûne qu'à l'âge de vingt- un ans , les jeunes gens n'en doivent pas moins s'exercer a la mortification , à proportion de leurs forces, en retranchant quelque chose de leurs repas ordinaires, en se refusant les petites douceurs dont la privation ne peut intéresser leur santé. Il en est de même de ceux que leurs infirmités ou d'autres raisons exemptent de la rigueur du jeûne; s'ils ne peuvent accomplir la pénitence entière , ils doivent en faire au moins une partie , et s'unir d'esprit et de cœur à la pénitence de l'Eglise ., et suppléer par d'autres bonnes œuvres à ce qu'ils ne peuvent pas faire.
Que nous avons dégénéré du zèle et de la piété de nos pères , ô mon Dieu ! notre pénitence n'est rien maintenant , si on la compare à celle des premiers temps. Les plus grandes austérités suffisoient à peine à leur ferveur , et nous sommes rebutés, découragés par les plus légères privations. Renouvelez parmi nous, Seigneur, l'esprit de pénitence dont ils étoient animés ; nous n'avons pas moins de péchés à expier, ni moins de passions à dompter. Pourquoi donc serionsnous moins pénitens qu'ils ne l'ont été ? Soyons du moins exacts à faire le peu que l'Eglise exige de nous maintenant. Quelque adouci que soit le jeûne , tel qu'on le pratique aujourd'hui , vous voulez bien vous en contenter , ô mon Dieu ! nous l'unissons au vôtre,, pour qu'il en reçoive de la force et de la vertu. Si la foiblesse de Pâ^e me dispense de la loi du jeûne , faites que *je prenne quelque part à la pénitence générale, en
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n'accordant aux besoins de mon corps qne ce qui est absolument nécessaire, et que je supplée à ce que je ne peux pas faire , par une vigilance plus exacte sur moi-même , et par des prières plus assidues, plus ferventes, et surtout par un travail plus constant , et par une docilité plus parfaite*
Pratique.
Avant l'âge de vingt-un ans, pratiquer quelque légère mortification dans les jours de jeûne»
LXIIL* LECTURE.
Vendredi chair ne mangeras *, ni te Samedi mêmement*
L'Eglise , par ce dernier commandement r nous interdit l'usage de la viande le vendredi et le samedi de chaque semaine. Le respect que Vous devez, mon cher Théophile, à i autorité qui vous impose ce devoir , la sagesse des motifs sur lesquels il est fondé , tout vous engage à le remplir fidèlement. C'est FEgîise qui vous le prescrit ; Jésus-Christ Fa établie pour gouverner les hommes dans l'ordre du salut , et iï veut que nous lui obéissions comme à lui-même : c'est d'elle qu'il a dit : « Qui vous écoute, m'écoute ; » et qui vous méprise, me méprise. » Quelle est la fin que l'Eglise se propose en nous ordonnant l'abstinence ? C'est d'entretenir dans ses enfans l'esprit de pénitence que Jésus- Christ n'a cessé de recommander lorsqu'il étoit sur la terre ,
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et qui est comme l'abrégé de sa divine morale : c'est en mortifiant le corps , d'affoiblir les passions , de nous faire expier nos fautes passées , et de nous préserver de nouvelles chutes. Nous sommes pécheurs , et à ce titre , obligés de faire pénitence; nous sommes malades, et nous devons travailler à nous guérir. Nous avons tous des péchés à expier ; c'est par des œuvres de mortification qu'on les expie, et que l'on satisfait à la justice divine : nous avons tous des passions à dompter ; c'est en retranchant tout ce qui peut les flatter , qu'on les surmonte. L'Eglise , qui connoît le besoin que nous avons de ce remède , et l'éloignement que nous sentons à le prendre , vient au secours de noire foiblesse; elle nous en fait un commandement exprès , pour déterminer plus efficacement notre volonté à s'y soumettre ; c'est une bonne mère , qui , voyant la répugnance de sesenfans à prendre une potion amère , mais nécessaire , use par tendresse de toute son autorité pour les y résoudre : mais , outre cette vue générale que l'Eglise nous propose en nous im* posant la loi de l'abstinence , elle en a encore de particulières que vous ne devez pas ignorer. Comme elle a consacré le dimanche à la mémoire de la résurrection du Sauveur > de même elle a consacré le vendredi au souvenir de ses humiliations et de sa croix, toujours dans le même esprit , mais d'une manière bien différente ; car au lieu que le dimanche est pour elle le jour d'une sainte joie , parce que la résurrection de Jésus-Christ, qu'elle y honore, est le principe de notre justification et le fondement de notre espérance ; le vendredi a toujours été pour elle un jour de pénitence et de mortifica-
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tion , parce que ce sont nos péchés qui ont attaché le fils de Dieu à la croix , et qu'il est juste que nous prenions part à ses souffrances, si nous voulons avoir part à la grâce fie la rédemption. C'est pour cette raison que, dans les premiers siècles de l'Eglise , tous les vendredis étoient des jours de jeûne. On jeûnoit aussi le samedi pour honorer la sépulture de Notre-Seigneur , et pour se préparer à la sanctification du dimanche. Dans la suite, on a réduit le jeûne du vendredi et du samedi à une simple abstinence , c'est-à-dire , à s'abstenir de l'usage de la viande ; et l'Eglise en a fait une loi à laquelle tout chrétien doit se soumettre. Les enfans même n'en sont pas exempts , dès qu'ils peuvent l'observer : il n'y a que l'impuissance réelle d'obéir au précepte, qui en dispense devant Dieu. N'écoutez donc pas, mon cher Théophile, ces mauvais Chrétiens qui disent que c'est une chose indifférente devant Dieu , que d'user de tels ou tels alimens. Sans doute ce n'est pas la distinction des alimens qui en elle-même honore Dieu ; mais ce n'est point une chose indifférente devant Dieu d'obéir ou de désobéir à l'autorité qu'il a lui-même établie : ce n'est point une chose indifférente devant Dieu d'entretenir ou d'éteindre Fesprit de pénitence qu'il nous a lui-même si fort recommandé. N'imitez pas ceux qui, sans aucune raison , ou sur les plus légers prétextes , se permettent l'usage de la viande dans les jours où elle est défendue. Plus ce désordre devient commun , plus il faut en gémir comme d'un trèsgrand scandale , et s'affermir pour ne pas se laisser entraîner au torrent de l'exemple. C'est une preuve sensible de l'aflbiblissement de la
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Foi, et de l'indifférence pour le salut dans une multitude de Chrétiens.
Je suis pécheur , ô mon Dieu ! et un pécheur ne peut se sauver sans faire pénitence. Si les mortifications qui doivent satisfaire à votre justice étoient laissées à mon choix , je n'aurois pas le courage de me les imposer h moi-même : l'Eglise , pour soutenir ma foiblesse , me prescrit celles que je dois pratiquer, c'est un motif de plus pour m'y déterminer, et les œuvres qu'elle me commande en ont plus de valeur devant vous ; l'obéissance leur donne un nouveau prix : unies , d'ailleurs , avec celles de tous les fidèles, elles en sont plus propres à vous faire une sainte violence ; je dois m'estimer heureux de trouver, dans cette union, de quoi suppléer à Pimperfection de ma pénitence. J'observerai fidèlement, ô mon Dieu! la loi de votre Eglise; et l'exemple de ceux qui la violent n'ébranlera jamais ma résolution ; je l'observerai moi-même dès à présent, et dans la suite je la ferai respecter par tous ceux qui dépendront de moi. Je gémirai des scandales dont je serai témoin, mais je ne les imiterai jamais.
Pratique.
Gémir de voir la loi de l'Eglise si ouvertement violée.
s8o Doctrine Chrétienne.