‹ Doctrine chrétienne en forme de lectures de piétéChapitre 66 sur 94 · LXXIX.« LECTURE · texte numérisé non relu

LXXIX.« LECTURE

Sur le Respect humain.

Qui me erubuerit et meos sermones, hune Filins homi* tois erwbescet j cùm venerit in majestate sud, et PalriSj et sanctwi*um angelorum.

Si quelqu'un rougit de moi et de mes paroles , le Fils de l'homme rougira aussi de lui , quand il viendra dans sa gloire , et dans celle de son Père et de ses saints Anges. Luc, 9. 26.

O^ appelle respect humain cette foiblesse , cette timidité qui empêche de pratiquer le bien ; et qui fait commettre le mal , de peur de déplaire aux hommes déréglés. Un jeune homme, par exemple, n'ose fréquenter les sacremens , paroître recueilli dans la prière , appliqué au travail , docile à l'égard de ses maîtres , parce qu'il craint d'être en butte à la censure de ses condisciples , qui tiennent une conduite différente. Il voit qu'en remplissant ses devoirs , il deviendra l'objet de leurs railleries ; au lieu qu'en les négligeant, il obtiendra leur suffrage , leur approbation ; c'en est assez pour le déterminer à faire comme les autres. Ah ! mon cher Théophile , que cette conduite est injurieuse à Dieu ! qu'elle a de funestes suites ! qu'elle est déraisonnable ! un peu d'attention sur les motifs que je vais vous exposer , suffira pour vous en convaincre. i.° Quel outrage ne fait- on pas à Dieu, quand on craint moins de perdre son amitié que celle des hommes ! et de quels hommes ? d'hommes pervers , qui ne méritent que le mépris et

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l'indignation. Quoi ! d'un côté ; Dieu vous ordonne d'entretenir la piété dans votre cœur , par le fréquent usage des moyens que lui-même a établis pour nous sanctifier ; Dieu vous commande l'attention dans vos prières , l'application à l'étude , le respect et la soumission à ceux qu'il a chargés de votre éducation; Dieu vous promet sa grâce , sa tendresse , un bonheur éternel, si vous êtes fidèles à ces obligations qu'il vous impose : d'un autre côté , il en est parmi ceux avec lesquels vous vivez , qui cherchent à vous inspirer l'éloignement des pratiques de la religion , le goût de la dissipation , l'amour de l'indépendance et l'esprit de révolte. Ces jeunes insensés vous engagent à suivre leurs mauvais exemples; c 'esta ce prix qu'ils vous offrent leur amitié : il faut choisir. Ah ! mon cher Théophile , prendrez-vous le parti de désobéir à Dieu plutôt que de déplaire à des méchans ? Craindrez-vous plus d'encourir leur disgrâce que celle de votre Dieu ? Quel crime , de donner la préférence à la créature sur le Créateur ! quelle folie de mettre votre confiance dans les hommes ! Si Dieu est pour vous , qu'avez-vous à craindre de leur part? Si Dieu est contre vous , quel secours peuvent-ils vous donner ? Quand vous périrez , vous sauveront-ils ? Quand Dieu vous condamnera , pourront- ils vous défendre ? En second lieu , le respect humain est très-funeste dans ses suites ; c'est l'écueil ordinaire où viennent échouer les plus sages résolutions; c'est là ce qui empêche le plus souvent les pécheurs de se convertir , et les justes de persévérer dans la piété. Combien de jeunes gens touchés de Dieu, changeaient de conduite , si le respect humain

ne les arrêtait ! Combien d'antres , qui ont commencé à mener une vie régulière , s'y soutiendroient constamment , s'ils ne craignoient les yains discours des médians I Ce jeune homme , par exemple , était né avec un caractère heureux ; une éducation chrétienne avoit encore fortifié son goût pour la piété : s'il suivoitson penchant , il seroit vertueux ; mais les fades railleries des libertins l'intimident, il n'a pas le courage de paroître ce qu'il est ; et , par une complaisance criminelle , il abandonne la Tertu qu'il aime , et il se livre au vice qu'il déteste. Et alors, h quels désordres ne se porte-t-il pas! I! n'y a point d'excès dont on ne soit capable , quand on se laisse dominer par le respect humain ; on tombe dans les différens vice de tous ceux dont on redoute la censure ; on se rend l'esclave de toutes leurs passions , et on leur sacrifie ses lumières , sa conscience et son salut» Enfin , rien n'est plus contraire a la raison que le respect humain. De quoi rougissez-vous , mon cher Théophile? Est-ce de quelque défaut que l'on a remarqué en vous ? Est-ce de quelque faute qui vous a échappé ? Non , c'est d'avoir obéi à l'autorité qui a droit de vous commander; c'est d'avoir passé dans le recueillement le temps de la prière ; dans le silence et dans l'attention , celui qui est destiné au travail. Quoi , vous rougissez de votre fidélité à remplir vos devoirs ! mais n'est-ce pas là , au contraire , ce qui fait votre gloire ? Depuis quand 3 je vous prie , de-

Î)uis quand la vertu mérite-t-elle la confusion et a honte ? Quel renversemcntsd'idées ! quelle opposition avec toutes les lumières de la raison , avec tous les principes du sentiment natu*

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rel ! C'est le vice , mon cher Théophile , c'est le vice qui doit rougir , et non pas la vertu ; c'est au crime qu'appartient la honte , et non pas à l'innocence. Laissez, laissez rougir l'homme vicieux ; pour vous , montrez une noble fierté , une sainte hardiesse , quand vous avez fait ce que vous deviez faire. Quels sont donc , après tout, ces censeurs de la vertu , ces hommes $ qui vous craignezsi fortde déplaire , dont vous recherchez le suffrage ? Il faut vous les montrer tels qu'ils sont; il faut exposer à vos yeux ce qui ^se passe au fond de leur cœur. Ce sont des hommes livrés à des passions brutales , qui gémissent sous ce joug honteux ; un trouble secret les accompagne partout , et empoisonne tous les momens de leur vie : continuellement déchirés par des remords cruels , tourmentés par les reproches de leur conscience , ils voudroient étouffer cette voix importune ; et c'est pour se rassurer par leur nombre , qu'ils s'efforcent de multiplier les complices de leurs désordres. Mais tandis qu'ils s'élèvent au dehors contre la piété , ils ne peuvent s'empêcher de la respecter dans leur cœur , et d'en regretter la perte ; tandis qu'ils persécutent le juste , au fond ils l'estiment, ils envient son sort. Avouez-le , jeunes libertins , vous qui détournez vos condisciples des pratiques de la vie chrétienne , vous qui affectez à leur égard des airs de mépris , qui ne leur parlez qu'avec aigreur, qui fuyez leur société, avouez-le, si vous êtes de bonne foi : vous voudriez bien ressembler à ceux que vous insultez, et vous ne cherchez à les rendre ridicules que parce que vous n'avez pas le courage de les imiter, Et vous , âmes foibles et ticnides , qu'un

'ïiiot de raillerie ébranle , renverse , rassureztous ; méprisez les vains discours de ces hommes corrompus ; que vous importe que l'on vous approuve ou que l'on vous blâme ? Si Dieu est dans vos intérêts , qui pourra vous nuire ? Rassurez-vous, Dieu saura bien vous défendre. Si vous avez quelque chose à souffrir pour son nom , il saura bien vous consoler et vous dédommager, Souvenez-vous de cette parole de Notre-Seigneur : « Vous serez heureux lorsque » les hcmmes vous chargeront de malédictions , .)) qu'ils vous persécuteront, qu'ils diront faus- » sèment toute sorte de mal contre vous , à cause y> de moi : réjouissez-vous alors , et faites écla- » ter votre joie , parce qu'une grande récomj> pense vous est réservée dans les cieux. »

lîélas ! Seigneur, si au jour du jugement vous refusez de reconnoître pour vos enfans ceux qui , par respect humain , n'auront osé pratiquer vch tre sainte loi , que ferai-je , moi qui ai si souvent cette indigne foiblesse à me reprocher ? Je l'avoue , ô mon Dieu ! mille fois , pour ne pas déplaire aux hommes , je vous ai déplu ; j'ai flégligé le bien que j'approuvois , et j'ai fait le mal que je haïssois ; j'ai osé paroître impie , et j'ai rougi de paroître Chrétien. Ah ! Seigneur , je vous demande pardon de cette lâcheté ; je veux sincèrement l'éviter désormais , et m'en corriger ; je ne rougirai plus de votre Evangile ; je veux me déclarer hautement pour la vertu , et pratiquer le bien sans crainte. Je me me,ts peu en peine de ce que les hommes diront de moi ; qu'ils en pensent tout ce qu'ils voudront; qu'ils se moquent de ma conduite , pourvu qu'elle vous plaise f ô mon Dieu ! je suis content. Re-

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cevez mes regrets , agréez mes résolutions , soutenez mon courage. Je renonce au monde pour me jeter daus vos bras ; si j'ai tout à craindre de ma foiblesse , j'ai tout à espérer d« votre bonté.

Pratique.

S'affermir contre le respect humain.

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