LXXXV/ LECTURE
De la Satisfaction.
Facite fructus dignos <pœnit&ntice%
Faites de dignes fruits de pénitence. Matth. 3.
La satisfaction , qui est la troisième parlie du acrement de Pénitence , est une réparation de 'injure faite à Dieu et au prochain. Satisfaire à )ieu pour nos péchés, c'est faire ou souffrir |uelque chose pour fléchir la colère de Dieu que ious avons offensé , et pour réparer le tort que ious avons causé à notre prochain. La satisfacion , du moins quant à l'acceptation et au déir de l'accomplir , est absolument nécessaire >our que les péchés soient remis par le sacrenent de Pénitence : quand on n'a point la vouante de satisfaire à Dieu , on ne peut obtenir
566 Doctrine Chrétienive.
la rémission de ses péchés. C'est Dieu qui les remet; lui seul est le maître des conditions auxquelles il veut en accorder le pardon. Dans le sacrement de Baptême , il nous dispense de la satisfaction : aussi les ministres de l'Eglise n'imposent-ils aucune pénitence à ceux qu'ils, bap* iisent, quelques péchés qu'ils aient commis auparavant. Il n'en est pas de même du sacrement de Pénitence ; Dieu , par la bouche des prêtres , jienousy remet que la peine éternelle, et il nous oblige à subir une peine temporelle. Nous trouvons la preuve de cette vérité dans plusieurs endroits de l'Ecriture sainte; il suffira de vous en rapporter un exemple. David commet deux grands crimes, l'adultère et l'homicide : aussitôt Dieu lui envoie le prophète Nathan , pour lui faire sentir son iniquité. David s'humilie et confesse qu'il a péché ; le prophète l'assure que Dieu lui a pardonné ; cependant il ajoute : « Par- » ce que vous avez fait blasphémer le saint » nom de Dieu , le glaive des afflictions ne sor- » tira point de votre maison , et le fils qui vous y> est né , mourra. » En effet , la suite de sa vie fut traversée par mille afflictions , selon la prédiction du prophète, pour expier le crime qu'il avoit commis, quoique Dieu le lui eût pardonné. Il reste donc une peine temporelle et souffrir , après que la peine éternelle a été remise par l'absolution. Ceux qui meurent avant d'avoir subi cette peine temporelle , la subissent dans l'autre vie , ils achèvent d'expier leurs péchés dans le purgatoire. En effet, i! convient h la justice de Dieu que ceux qui ont abusé de la première grâce reçue dans le Baptême , qui en ont violé les promesses, soient admis plus diffi- ,
Sàcremens. 367
cîîement à la réconciliation; il convient à la justice de Dieu que ceux qui ont déshonoré les glorieuses qualités d'enfant de Dieu, de membre de Jésus-Christ , de temple du Saint-Esprit, qui ont traité comme une chose profane le sang adorable par lequel ils avoient été sanctifiés, et qui ont fait outrage à l'esprit de grâce , ne trouvent pas la même facilité de pardon que ceux qui n'ont point été baptisés, et dont les péchés , commis en grande partie par ignorance, ne portent pas le même caractère d'ingratitude. D'ailleurs , la miséricorde de Dieu fait trouver au pécheur pénitent un grand bien dans le châtiment même qui le punit; il y trouve un frein à ses passions , un remède contre ses mauvaises habitudes; caria satisfaction que le confesseur impose doit êJre propre non-seulement à expier le péché commis , mais encore à détruire le vice qui Ta fait commettre; comme les humiliations pour l'orgueil, l'aumône pour l'avarice, le jeûne pour l'intempérance , la mortification des sens pour l'impureté; et ces pénitences doivent avoir quelque proportion avec les péchés, c'est-à-dire qu'elles doivent être plus ou moins grandes, selon que les péchés sont plus ou moins énormes , ou qu'ils ont été plus ou moins multipliés. « 11 faut, dit saint Cyprien , que la » péniience égale la faute, et que le remède » ne soit pas moins fort que la maladie. » Les œuvres de pénitence sont principalement celles qui sont imposées par le prêtre , et que l'on peut réduire h la prière , au jeûne et à l'aumône. Par la prière , on entend tous les actes de religion , comme les bonnes lectures , l'assiduité aux offices divins ; le jeûne renferme toutes les
privations, tout ce qui mortifie les sens ; l'aumône comprend tous les secours corporels et spirituels donnés au prochain. Dieu veut bien éqcore accepter en satisfaction toutes les afflictions qui nous arrivent , comme les maladies , les injures, les persécutions; mais pour que toutes ces œuvres soient de quelque prix devant Dieu , il faut les souffrir dans un esprit de pénitence , et les unir aux souffrances et aux satisfactions de Jésus-Christ, dans lequel nous méritons et nous satisfaisons ; c'est Jésus-Christ seul qui donne à nos actions tout ce qu'elles ont de mérite et de valeur ; c'est lui qui les présente à Dieu ; c'est en sa considération qu'elles sont acceptées par son Père. L'on est obligé de satisfaire au prochain quand on lui a fait tort , ou dans sa personne par de mauvais traitemens , ou dans son honneur par des médisances et des calomnies , ou dans ses biens , par des vols ou quelque autre dommage. On ne peut obtenir de Dieu le pardon de ses péchés qu'en se réconciliant avec le prochain , si on l'a maltraité ; en réparant son honneur , si l'on a noirci sa réputation ; en lyi restituant ce qu'on lui a pris , ou réparant le dommage qu'on lui a causé.
J'avois mérité des tourmens éternels , et vous voulez bien , ô mon Dieu ! les changer en quelques peines passagères. Vous pouviez me condamner à un supplice affreux , et vous vous contentez d'une légère satisfaction. Cet adoucissemen t es t le fruit des souffrances que vous avez endurées pour moi. J'accepte , ô mon Dieu! toutes les peines que votre justice m'imposera , pour l'expiation de mes péchés ; je les unis à Ja sa-
Sacremens. 369
sfactîon que vous avez offerte pour moi. Dainez m'appliquer le mérite de votre mort; j'acomplirai fidèlement la pénitence qui me sera «posée ; je supporterai avec patience les maidies et toutes les afflictions que votre provience m'enverra ; je les regarderai comme des ïmoignages de votre amour, persuadé que ous ne me châtiez en celte vie que pour m'éiargner en l'autre ; j'y ajouterai même des pélitences et des mortifications volontaires , pour uppléer à l'insuffisance de celles qui m'auront ité prescrites par le saint tribunal. Quelques égères privations dans mes repas 9 quelques aunônes faites de ce que j'aurai retranché à la senualité , l'exactitude à me lever h l'heure mar- [uée , la fidélité à garder le silence dans le emps et le lieu où il est ordonné ; toutes ces >ratiques qui ne peuvent nuire à ma santé , vous eront très-agréables ; unies à vos souffrances # îlles serviront à expier mes péchés, et à satisaire votre justice.
Offrir chaque jour à Dieu ses peines , et les upporter en esprit de pénitence*
5?0 DOCTF.INE CHRÉTIENNE.
IWUXWAWW