X.< LECTURE
Dieu a créé le ciel et la terre.
In principio creavit Deus cœlum et terrain.
Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Genèse i.
Le Monde que vous voyez ; mon cher Théophile , n'a pas toujours été; il y a six mille ans , l'Univers étoit encore dans le néant. La preuve en est sensible ; il porte des caractères manifestes de nouveauté. En remontant vers cette époque , on voit que tout commence , les arts , les sciences , les peuples , les empires. Nul monument , nul fait , nulle histoire ne nous dit que le Monde existoit auparavant. Le livre qui rapporte h cette date la création du Monde , est le plus ancien de tous les livres; c'est en même temps le plus authentique et le plus digne de foi. Le premier mot de ce livre est que Dieu créa au commencement le ciel et la terre , c'est-àdire , qu'il fit de rien toutes choses. Dieu existoit par lui-même , et rien n'existoit que lui. Au moment qu'il a voulu , le ciel et la terre sont sortis du néant ; il les a créés par sa simple parole et par sa pure volonté , sans autre motif que sa gloire. « Dieu a parlé , dit l'Ecriture , et tout » a été fait; il a commandé, et l'Univers a été » créé. » La voix de Dieu , c'est sa volonté toute-puissante. Transportez-vous en esprit, mon cher Théophile , au moment de la naissance dii Monde ; de quel étonnement n'auriez-vous pas été frappé , en voyant , à chaque parole du Tout- Puissant ,
Symbole. 49
Puissant , paroître une foule de créatures si belles et si parfaites ! Vous savez que Dieu employa six jours à ce grand ouvrage : il auroit pu le faire en uninstant; mais il a voulu nous apprendre qu'il est souverainement libre , et qu'il n'agit point par une impétuosité nécessaire , mais sans contrainte et comme il lui plaît. La terre étoit d'abord informe , nue et stérile. Les eaux en couvroient la surface; Dieu n'a, pas voulu la créer avec la parure qui l'embellit depuis , afin qu'elle ne parût pas riche et féconde de son propre fonds. Le premier jour , Dieu créa la lumière. Où étoit-elle auparavant? Comment a-t-elle pu sortir du sein même des ténèbres? Dieu dit: « Que la lumière soit , et la lumière fut. » Parole simple , mais pleine de majesté. A ce ton , je reconnois le Tout Puissant: il appelle la lumière, et la lumière parolt; il la tire du sein des ténèbres , etil pourroit l'y replonger. Le second jour il créa le firmament , c'est à-dire , cette voûte immense que nous appelons le ciel. « Que le » firmament soit fait, dit Je Seigneur, et qu'il » sépare les eaux supérieures d'avec celles qui » sont au dessous , et cela se fit ainsi. » Le firmament étoit alors sans éclat; le soleil et les astres qui le rendent maintenant si brillant , n'étoient pas encore , ce n'étoit qu<3 comme un pavillon immense , mais sans ornemens. Le troisième jour, Dieu rassembla en un seul lieu les eaux qui couvroient la terre , et il lui fit produire les plantes et les arbres. A son ordre , une surface aride et stérile devint tout d'un coup un paysage diversifié de riches prairies , d'agréables vallons, de collines et de montagnes couronnées 4e forêts , semé de fleurs et de fruits de toute
5o Doctrine Chrétienne.
espèce ; et ce qui est plus merveilleux encore 9 c'est que chaque plante reçut en même temps la vertu de se reproduire par la graine qu'elle renferme. Le quatrième jour , Dieu créa le soleil , la lune et les étoiles. Que de merveilles ce jour vit éclore ! Levez les yeux au ciel , mon cher Théophile , regardez cet astre brillant qui efface tous les autres ; voyez avec quelle pompe il commence sa course ,. de quelles couleurs il enrichit la nature , de quelle magnificence il est revêtu lui-même , en s'élevant sur l'horizon. Il est l'ouvrage du Très-haut: que le Seigneur qui l'a fait est grand ! Considérez la lune , dont la lumière est plus foible , parce qu'elle est destinée à luire pendant le temps du repos , et à tempérer les ombres de la nuit par une douce clarté. Comptez , si vqus le pouvez , le nombre des étoiles. Seriez-vous insensible à un si beau spectacle ? C'est pour nous que Dieu a rendu le firmament si éclatant et si majestueux ; il a voulu nous montrer sa magnificence , et le fonds inépuisable de lumière qui est en lui. Le cinquième jour Dieu créa les poissons et les oiseaux ; il dit : « Que les eaux produisent des animaux » vivans qui nagent dans l'eau , et des oiseaux » qui volent sur la terre. » Cetie parole a rempli la mer d'habitans , et peuplé l'air d'un nombre infini d'oiseaux. Le sixième jour, Dieu fit sortir de la terre les animaux qui l'habitent. Il dit: « Que lu terre produise des animaux vi- » vans, chacun selon son espèce. » Par là il mit entre eux une prodigieuse variété dans les espèces , et une diversité admirable dans leur fip-ure et dans leurs inclinations. 11 donna aux uns la force , aux autres l'industrie , et à tous
Symbole. 5i
les qualités nécessaires pour remplir leur destination. Enfin , toutes les autres créatures étant formées, Dieu voulut leur donner un maître. Avant de créer l'homme , il sembla se recueillir en lui-même. « Faisons l'homme , dit-il., à notre image et à notre ressemblance, » Il forma son corps du limon delà terre; il lui fit la taille droits et élevée. Cette figure annonce déjà le maître des animaux, qui tous sont courbés vers la terre. Dieu anima ensuite ce corps d'un souffle divin, c'est-à-dire , qu'il y mit une âme spirituelle, intelligente , libre et immortelle. Tel est le titre de la grandeur de l'homme , il n'est pas seulement un corps , il a une âme capable de penser et d'aimer, une âme qui, de sa nature, est incorruptible : c'est par là que l'homme est fait à l'image de Dieu. Il falloit au premier homme une compagne ; elle fut tirée de l'homme même. Dieu lui accorda la fécondité par une bénédiction particulière. Ainsi fut institué le mariage. Tous les hommes sont nés de ces premiers<parens , afin qu'ils soient à jamais une seule et même famille.
Que votre puissance est admirable , ô mon Dieu ! que vos ouvrages sont merveilleux ! Vous n'avez prononcé qu'une parole , et toutes choses sont sorties du néant. Vous étiez avant tous les siècles ; et vos. ouvrages n'ont rien ajouté à votre grandeur; mais ils font connoître aux hommes votre gloire , votre puissance et votre sagesse. Tout vous obéit , parce que tout dépend de vous. Avec quelle facilité avez-vous étendu le ciel comme un magnifique pavillon ! de combien d'astres l'avez-vous orné ! quelle profusion de lumière y avez-vous répandue ! quelle lumière
admirable êtes-vous donc vous-même , ô mon Dieu , puisque vous êtes la source de tant d'autres ! Quelle est votre beauté , puisqu'un foible écoulement que vous en laissez tomber sur les créatures , nous ravit et nous enchante ! Vous tenez la terre suspendue sans autre appui que votre volonté. Pour la rendre habitable , vous avez rassemblé les eaux comme dans un vase ; et vous leur avez prescrit des bornes qu'elles* n'osent passer. C'est votre défense qui tient la mer dans le respect , et qui l'empêche d'inonder la terre. Vous avez rendu la terre féconde , et vous la remplissez de biens. C'est pour nous \ ô mon Dieu ! que vous répandez sur elle tant de richesses. Vous ouvrez votre main, et vous comblez les hommes de bénédictions. Que toutes vos œuvres vous bénissent , et surtout V homme pour qui vous avez tout fait. Que les Rois et les peuples , que les Princes et les sujets , que les vieillards et les enfans louent à 1 envi votre nom. Que tout ce qui est dans le ciel /sur la terre , dans la mer et dans l'air vous bénisse ; que toutes les créatures célèbrent à jamais votre puissance et votre bonté.
Pratique.
Admirer la puissance de Dieu.
Symbole* 55
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XLe LECTURE.
Chute de l'homme, péché originel.
Per unum hominem peccatum intravit in mundum... in quo omnes peccaverunt.
Le péché est entré dans le monde par un seul homme... en qui tous ont péché. Rom. 5,
L'homme, au sortir des mains de son Créateur , étoit juste , saint , heureux et orné de dons excellens : son esprit étoit éclairé d'une lumière divine , qui lui montrait tout ce qu'il devoit connoître. 11 n'avoit besoin , pour s'instruire , ni de livres , ni de maîtres. Sa volonté étoit droite et sans aucun penchant vers le mal. Rien ne troubloit la tranquillité de son âme ; il ne souffroitdans son corps ni douleur , ni incommodité , et il ne devoit point mourir. Que cet état étoit heureux , mon cher Théophile ! Il auroit été le nôtre , si Adam eût persévéré dans la justice ; notre bonheur étoit attaché à sa fidélité. Pourquoi en sommes-nous déchus ? L'homme , créé libre et capable d'obéissance , la devoit à son Créateur. Pour lui faire sentir qu'il a voit un maître , et pour éprouver sa soumission , Dieu lui fit un commandement trèsfacile à observer; il lui défendit de toucher à un fruit particulier , en lui accordant l'usage de tous les autres. Ce commandement fut accompagné de la plus terrible menace , qui est la peine de mort. Malgré les bienfaits de Dieu et
ses menaces , la femme se laissa séduire par Ye%~ prit tentateur ; et , après avoir, mangé du fruit défendu , elle en présenta h Adam , et l'entraîna dans sa désobéissance. Tel fut le péché de nos premiers parens; péché ineffable par sa grandeur , péché qui a été la source de tous Ie& autres. A ce moment tout fur changé pour eux, ils perdirent tous les avantages que Dieu leur avoïf accordés en les créant. D'épaisses ténèbres sç répandirent dans leur esprit ; leur volonté se dérégla; les passions obscurcirent les lumières de la raison; leurs penchans se corrompirent, et les portèrent vers le mal. En perdant la justice , et en se séparant de Dieu , ils devinrent sujets à la damnation éternelle. Leur corps fut assujetti à la douleur , aux maladies , à la mort. Ces suites affreuses du péché d'Adam ont passé à toute sa postérité , parce que son péché même a passé dans tous les hommes qui sont nés de lui. En désobéissant à Dieu , il s'est perdu luimême , et avec lui tout le genre humain dont il est le père. Nous sommes les héritiers de sa faute et de sa disgrâce , comme nous l'aurions été de son innocence et de son bonheur. Tous ont péché dans le premier homme, tous ont désobéi en lui. Son péché étant ainsi devenu le nôtre , fait que nous sommes tous coupables , même avant que de naître : vérité incompréhensible , mais dont la foi ne nous permet pas de douter. C'est le dogme fondamental de la religion chrétienne ; c'est à ce dogme qu'elle se rapporte toute entière , puisque ce péché , qui est la source de tous nos maux , est aussi la première cause du besoin que nous avions d'un médiateur et d'un Sauveur qui nous réconciliât avec Dieu »
Symbole, 55
qui expiât nos péchés , et qui nous rachetât de la servitude : c'est un des dogmes qui sont le plus clairement contenus dans la Sainte Ecriture. Le saint roi David dit lui-même qu'il a été formé dans l'iniquité , et que sa mère Ta conçu dans le péché. L'apôtre saint Paul dit que lé péché est entré dans le monde par un seul homme , et la mort par le péché ; et qu'ainsi tous les hommes, ont été assujettis à la mort, parce que tou$<>n£ ° péché dans un seul. Nous naissons tous coupables et enfans de colère ; c'est pour cela qu'on appelle ce péché le péché originel. Nous n'avons pas besoin d'autres preuves après des oracles si formels. Dieu a parlé , cela suffit ; quoique nous ne comprenions pas ce mystère , nous sommes obligés de le croire sur la parole de Dieu. Je n'ajoule qu'une réflexion : les philosophes païens eux-mêmes sont parvenus , par le secours de la raison seule, non à connoître cette vérité , mais h soupçonner que l'homme naissoit coupable de quelque crime. La vue des misères auxquelles il est assujetti dès le berceau , les avoit conduits jusque là. En eftet , sur la foi du péché originel , Thomme est lui-même un mystère encore plus incompréhensible ; car comment expliquer toutes les contrariétés qui se trouvent en lui ? Tant de grandeur et tant de bassesse tout à la fois , tant de lumières et tant de ténèbres , un penchant si vif pour le bonheur , et une si profonde misère. 11 approuve le bien et ne le fait pas ; il condamne le mal , et il le commet. 11 n'y a que la foi du péché originel qui puisse expliquer ces difficultés , et concilier ces contradictions. Ce qu'il y a dans l'homme de bonté et de lumière , vient de Dieu et de la première inslitu-
tion de la nature; ce sont de beaux restes d'un grand édifice tombé en ruines; l'ignorance el les vices viennent du péché , qui a gâté l'ouvrage de Dieu , et défiguré son image jusqu'à la rendre méconnoissable. Ne cherchons pas à pénétrer ce mystère; adorons les jugemens de Dieu, qui regarde tous les hommes comme un seul homme dans celui dont il veut les taire sortir tous. Nous voyons quelque image de cette justice rigoureuse dans l'exemple d'un roi qui punit un sujet rebelle , en le dégradant lui et toute sa postérité ; mais les comparaisons tirées des choses humaines sont toujours imparfaites; les règles de la justice des hommes ne sont qu'une ombre de celles de la justice divine; elles peuvent aider notre foi , mais elles ne peuvent nous découvrir le fond de ce mystère impénétrable. La justice aussi-bien que la miséricorde de Dieu , ne veulent pas être mesurées sur celles des hommes; elles ont toutes deux des effets bien plus étendus et bien plus intimes.
De quel bonheur sommes-nous déchus , ô mon Dieu, et dans quel abîme de maux avonsnous été précipités ! Vous aviez créé l'homme pour le rendre éternellement heureux , lui et toute sa postérité. Il étoit juste et saint , quand il est sorti de vos mains; il ne tenoit qu'à lui de conserver ces précieux avantages , et de les faire passer à ses enfans ; il ne falloit pour cela que vous demeurer fidèle. S'il eût persévéré dans la justice, il auroit communiqué le même bonheur à tous ses descendans. Nous serions tous nés justes comme lui , et assurés d'une félicité étemelle. Hélas ! en vous désobéissant , il a tout perdu. La mort du corps „ à laquelle
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il a été condamné , n'est qu'une foîble image de la mort de l'âme , qui est une suite de son péché. Vous êtes , ô mon Dieu ! la vie de notre ame , et le péché en est la mort ; il la sépare de vous , et dès là elle tombe dans le plus grand des malheurs , qui est d'être éternellement bannie de votre présence. Ce malheur épouvantable est retombé sur toute sa postérité , parce qu'elle a péché en lui. Nous naissons tous enfans de colère , condamnés à la mort , et à toutes sortes de misères spirituelles et corporelles , assujettis aux révoltes de la concupiscence , et exclus du ciel pour toujours , si , par une miséricorde infinie , vous n'aviez préparé un remède à nos maux, et si vous ne nous aviez fourni un moyen de réconciliation. J'adore , ô mon Dieu ! j'adore en tremblant la sévérité de votre justice. Faites que , par ce châtiment terrible , je comprenne combien le péché est affreux à vos yeux , et combien les suites en sont funestes à l'homme. Faites que je le craigne plus que la mort, et qu'aidé du secours de votre grâce , je n'abuse jamais de la liberté que le péché n'a point détruite.
Pratique.
Regarder le péché comme le plus grand mal.
5S Doctrine Chrétienne.
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XIL« LECTURE.
Promesse d'un Sauveur.
Qum refromissio ad paires nostros facta est >■ hanc Deui adimflevit.
Dieu a accompli la promesse qu'il avoit faite à nos pères, Acô. *3.
Li'homhe ëtoît perdu sans ressource, si Dieu n'avoit eu pitié de lui : il avoit offensé une majesté infinie , et par conséquent i! étoit incapable de réparer son péché , puisqu'il ne pouvoit offrir une satisfaction égale à l'offense. Mais rassurez-vous , mon cher Théophile , Dieu l'a prévenu par une miséricorde dont les efftls sont aussi incompréhensibles que ceux de sa justice. La promesse consolante d'un Sauveur a suivi de fort près le péché , et Dieu, avant même de prononcer à Adam l'arrêt de sa condamnation , lui a montré , sous l'image de Fa malédiction lancée conlre le serpent, le salut qu'il lui préparoit à lui et à sa postérité : car il maudît le serpent, c'est-à-dire, le démon qui s'en étoit servi pour tromper la femme ; et il déclara que de la femme naîtroit un jour celui qui lui briseroit fa tête , c'est-à-dire qui détruiroit la puissance du démon. Ainsi le comprirent nospremiers pareils , et leurs descendans après eux. Cette promesse ne fut exécutée qu'au bout de quatre mille ans. Dieu se réservoit de la développer pendant ce long intervalle, et de la réitérer avec plus de
Symbole* 09
clarté et plus d'étendue. En effet , la promesse que Dieu avoit faite à Adam , fut confirmée dans la suite par celle qu'il fit à Abraham , destiné à être la tige et le père d'un peuple singulièrement consacré au culte de Dieu. « Sortez , lui dit le » Seigneur , sortez de votre patrie ? et venez » dans le pays que je vous montrerai : je ferai » naître de vous un peuple nombreux , et toutes » les nations de la terre seront bénies en celui » qui naîtra de vous. » Ces dernières paroles ngnifioient que de la postérité d'Abraham devoit liailre le Sauveur du monde; elles montroient en quel sens on devoit entendre la première promesse , et comment celui qui devoit naître de la femme,, écraseroit un jour la tête du serpent. Toutes les nations se précipitoient dans l'idolâtrie , et la terre étoit couverte de crimes. Dieu promet à Abraham qu'en lui et dans le Sauveur qui naîtra de lui ? toutes ces nations aveugles qui ont oublié leur Créateur, soront affranchies de l'esclavage du démon , et rappelées à la connoissance de Dieu , où se trouve la véritable bénédiction. Vous verrez dans la suite des prédictions , que c'est là le sens de ces paroles. La promesse fut renouvelée dans les mêmes termes à Isaac et à Jacob : ce dernier, éclairé d'une lumière divine , prédit plus clairement la venue du libérateur promis dès le commencement du monde , et il en désigna le temps. Etant au lit de la mort , et annonçant , par l'esprit de Dieu , à ses douze enfans assemblés , ce qui devoit arriver à leur postérité dans la suite des siècles , il adressa à Juda , le quatrième de ses fils, ces paroles remarquables : « Juda , tes frères te » combleront de louanges : les enfans de ton
6o Doctrine Chrétienne.
» père se prosterneront devant toi; le sceptre » ne sortira point de Juda , et il y aura toujours » un chef de sa race , jusqu'à ce que vienne celui » qui doit être envoyé , et qui sera l'attente et le » désiré des nations. » Remarquez , mon cher Théophile, que la promesse faite d'abord à Àda ni, puisa Abraham , se développe et s'éclaîrcil. L'objet de la promesse est ici appelé l'envoyé de Diea par excellence. Il doit être attendu par les nations qui seront bénies en lui. On commence à connoître quele Sauveur naîtra de la famille de Juda. Le temps de son arrivée est marqué ; c'est lorsque le sceptre, c'est-à-dire, la prééminence et la principale autorité sera ôtée à la maison de Juda. Je vous montrerai bientôt , mon cher Théophile , cette prédiction accomplie à la lettre. Continuons le développement des promesses d'un Sauveur. Trois cents ans après la mort de Jacob , Dieu voulant délivrer son peuple du joug des Egyptiens qui l'opprimoient , suscita un homme extraordinaire , qu'il remplit de son esprit et de sa puissance. Moïse, après avoir donné une loi à ce peuple, et l'avoir conduit à travers mille prodiges , jusqu'à l'entrée du pays qu'il devoit posséder ; Moïse , dis-je , se sentant près de mourir , assembla ce peuple , et lui confirma de la part de Dieu , la venue de ce Messie qui devoit sortir de Juda. « Le Seigneur , leur dit-il , » vous suscitera , du milieu de votre nation ? et » du nombre de vos frères , un prophète sern- * blable à moi; écoutez-le. » Ainsi Dieu tenoîtil son peuple dans l'attente du Sauveur promis à leurs pères. Ce prophète semblable à Moïse , comme lui le libérateur de ses frères, auteur Comme lui d'une nouvelle loi , médiateur comme
Symbole. 6ï
lui d'une nouvelle alliance , devant qui Moïse lui-même doit se taire , et qui doit seul être écoulé quand il commencera à parler, c'est le Sauveur du Monde , dont la doctrine devoit ua jour éclairer l'Univers, et dont Dieu lui-même devoit dire : « Celui-ci est mon fils bien-aimé , » écoutez-le. » Jusqu'à lui il ne devoit point paroître dans tout Israël un prophète semblable à Moïse , à qui Dieu parlât face à face , et qui donnât une loi à son peuple.
Quelle étoit profonde , ô mon Dieu , cette plaie que le péché avoit faite à l'homme ! Mais quelque grands que soient nos maux , vous pouvez les guérir ; il n'y a point de maladie incurable pour un médecin tout-puissant. Si les effets de votre justice sont incompréhensibles , ceux de votre miséricorde ne le sont pas moins. Vous exigez , à la vérité , une réparation égale à l'offense , mais vous vous chargez de nous fournir la victime. Vous exigez le paiement d'une dette immense; mais vous nous mettez vous-même entre les mains le prix qui doit nous acquitter envers vous. Vous avez consolé l'homme pécheur par l'espérance d'un Sauveur qui viendroit le délivrer de ses misères 9 et le réconcilier avec vous. Ce vainqueur du démon , que vous aviez promis à Adam , vous l'avez annoncé ensuite à Abraham , comme celui qui répandroit la bénédiction sur tous les peuples de la terre ; vous l'avez encore montré à Jacob , comme votre envoyé par excellence , comme l'objet des désirs et de l'attente des nations. Vous avez alors marqué l'époque de sa venue ; vous avez entretenu et fortifié cette précieuse espérance , en le désignant à Moïse sous de
nouveaux traits; vo * le lui avez montré comme le prophète par excellence , comme le libérateur de ses frères , le médiateur d'une nouvelle alliance , et vous nous avez ordonné de Fécoûter. Nous sommes , ô mon Dieu , dociles h sa voix , nous faisons profession de suivre sa doctrine. Nous sommes donc les enfans de la promesse , puisque nous croyons en lui. Vous avez dit à Abraham que vous seriez son Dieu et le Dieu de sa postérité. Vous comptez parmi ses enfans tous ceux qui imitent sa foi. Nous sommes donc votre peuple ; c'est sur nous que s'est répandue la bénédiction qui devoit faire le bonheur des nations. Nous ne cesserons jamais de célébrer votre miséricorde , qui a préparé à nos maux un remède si puissant et si admirable.
Pratique.
Croire fermement aux promesses de Dieu.