CI.' LECTURE
Seconde Demande.
Que votre règne arrive.
Par ces paroles, que votre règne arrive , nous De demandons pas que Dieu possède un pouvoir souverain sur loutes les créatures , cette souveraineté lui appartient nécessairement et essentiellement; rien ne peut se soustraire à son empire. C'est de cet empire absolu de Dieu que le prophète parle, lorsqu'il dit : Votre règne, Selgneur 9 est le règne de tous les siècles, et votre empire s'étend à tous les âges : mais il y a un autre règne , un règne de grâce auquel nous devons coopérer, et que Dieu lait dépendre de notre consentement; un règne tout spirituel, où l'âme prévenue et aidée par la grâce obéit volontairement et librement à toutes les inspirations de Dieu , se conforme en toutes choses et sans réserve à son bon plaisir , exécute avec une pleine fidélité tous ses ordres , et n'a point d'autre règle de conduite que sa loi et ses divins commandemens ; un règne où le cœur se donne lui-même à Dieu, afin qu'il le possède tout entier , afin qu'il le gouverne selon son gré , pour qu'il le dégage de toute affection terrestre , de toute attache humaine. Voilà le règne que nous désirons que Dieu établisse en nous dès à présent. Il y a un règne de gloire où Dieu a préparé à ses élus une couronne immortelle , où il se donne à eux pour qu'ils possèdent à ja-
mais , où il répand sur eux tous ses trésors et ses richesses , où il les enivre de l'abondance des biens de sa maison et d'un torrent de délices, où il les fait régner avec lui dans tous les siècles des siècles. Voila le règne qae nous désirons de voir arriver. Ce que nous demandons , c'est donc que Dieu règne dès à présent dans nos cœurs par la grâce, et qu'il nous fasse régner un jour avec lui dans la gloire. En faisant celte demande , vous devez , mon cher Théophile , désirer sincèrement que le règne du péché , que le règne des passions soit détruit en vous , et que votre esprit , votre cœur et votre corps soient soumis à Dieu , qu'il en soit le Maître et Tunique Souverain. Si vous êtes dominé par de mauvaises habitudes , et assujetti à des vices , il faut que vous gémissiez de cette malheureuse servitude , que vous souhaitiez de briser vos chaînés, et de rentrer dans la liberté des en fans de Dieu; il faut ensuite que vous éleviez vos pensées et vos désirs au-dessus de la terre , qui n'est pour vous qu'un lieu d'exil; que vous soupiriez après votre patrie , où plongé dans les délices éternelles , vous régnerez avec Jésus-Christ. Ce doit être là l'objet de nos désirs et de notre espérance , la consolation de nos travaux et de nos peines. La vie de l'homme , si courte danssa durée , est remplie de beaucoup de misères. Comment pouvons-nous être attachés à cette vie misérable ,nous qui sommes destinés à une vie éternelle ? Comment pouvons - nous appréhender la séparation de ce corps mortel et corruptible , qui nous empêche de voir Dieu , de nous réunir à la société des esprits bienheureux! « Pendant que pous habitons dans ce
» corps
Prière. 4^î
» corps de boue , nous sommes éloignés du » Seigneur; nous savons que si celte maison » terrestre vient h se dissoudre , Dieu nous don- » nera une autre maison qui n'est point faite. » de la main des hommes , et qui durera éter- » nellement. » Que peut-il donc nous arriver de plus avantageux que de sortir de cette prison , que de quitter ce monde visible , où nous sommes exposés à tant de dangers, où tout est piège pour nous , où nous courons risque de périr à chaque instant ? Un bon Chrétien a sans cesse devant les yeux la récompense qu'il attend : il se regarde sur la terre comme un voyageur ; il est déjà citoyen du ciel , par la vivacité de sa foi et de son espérance : assis sur les rivages de Babylone , il pleure amèrement au souvenir de la Jérusalem céleste qui est sa véritable patrie ; il lève souvent les yeux vers la montagne sainte , où est le séjour de la paix , où son héritage l'attend , où Jésus-Christ doit le couronner et le rendre éternellement heureux.
Je gémis , ô mon Dieu ! de me voir tous les jours exposé au danger de vous offenser : quand serai-je affranchi de la triste servitude du péché ? quand serai-je délivré de la tyrannie de mes passions ? quand est-ce que vous régnerez parfaitement dans mon cœur ? Malheureux que je suis ! qui me délivrera de ce corps de mort? Rompez , Seigneur, rompez les liens qui m'attachent à la terre. Qu'il vienne cet heureux règne , où l'on vous voit sans nuage ; où l'on vous aime sans partage , où l'on vous possède sans craindre de vous perdre. Je désire de sortir de ce monde , et d'être avec vous; je n'ose cependant vous demander la mort, parce que je
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crains rie ne pas y être préparé. Préparez-moi par votre grâce , et mettez-moi dans l'heureuse disposition de ces âmes parfaites , qui souffrent la vie avec patience , et qui reçoivent la mort avec joie. Hélas ! mon Dieu , ne me fais-je pas illusion à moi-même ? Malgré la vue que la loi me donne du ciel , je sens toujours le poids de la misère humaine qui me relient, qui m'appesantit, qui m'attache à cette vie; mais, Seigneur , ce sont les sentimens d'une nature (bible et aveugle que je désavoue. Qu'elle y répugne ou qu'elle y consente, tous mes vœux s'élèvent vers le ciel. Que votre règne arrive ; que mon âme dégagée des liens de cette chair corruptible qui l'arrête , puisse elle-même bientôt arriver à la terre des vivans , car ce n'est ici que la région des morts : je serois bien ennemi de moi-même , si pour une vie périssable et sujette à tant de misère , je voulois prolonger mon bannissement , et retarder la jouissance de mou unique et suprême bonheur.
Pratique.
Exciter et nourrir dans son cœur le désir du ciel.
PlUJïRE. 455