‹ Doctrine chrétienne en forme de lectures de piétéChapitre 90 sur 94 · CIV.e LECTURE · texte numérisé non relu

CIV.e LECTURE

Cinquième Demande.

Pardonnez - nous nos offenses comme nous pardonnons.

Un Dieu si bon , un Père si tondre , ne devroit trouver dans ses enfans qu'une docilité parfaite à sa sainte loi, et une fidélité constante et inviolable ; mais il s'en faut très-bien que les hommes aient ces sentimens, et tiennent celle conduite à l'égard de Dieu, lis l'offensent tous les jours : la plupart l'abandonnent, violent ses commandemens dans les points les plus essentiels , et l'outragent par les plus grands crimes. Les justes même tombent souvent dans des fautes qui contrôlent le Saint-Esprit : ils ne commettent point , à la vérité de ces crimes qui donnent la mort à l'âme et qui lq séparent de Dieu : mais ils l'ont tous les jours des choses qui lui déplaisent. « Il n'y a point d'hommes » qui ne pèche ; et si nous disons que nous » ne sommes coupables d'aucun péché ; nous » nous trompons nous- mêmes , et la vérité n'est » point en nous : » Ce sont les paroles de l'apôtre saint Jean. Aussi notre divin Sauveur, qui connoissoit la foiblesse de notre nature 9 nous a fait un devoir de demander tous les jours à Dieu le pardon de nos offenses. 11 n'a mis celte demande dans la prière qu'il nous a enseignée, que parce qu'il veut nous pardonner : il ne nous Tauroit pas prescrite \ s'il n'avoit pas

eu la volonté de nous accorder l'effet de celte demande. Mais pour Lien faire cette prière , il faut au moins commencer par se repentir de ses péchés: car c'est un principe dans la religion, que sans la contrition , aucun péché, ni mortel, ni véniel , ne peut être remis. Dieu ne pardonne qu'à ceux qui ont. du regret de l'avoir offensé , et qui sont dans la résolution de n'y plus retomber. Il ne faut cependant pas se dispenser de prier , sous prétexte qu'on se croit éloigné de cette disposition : il faut, au contraire , prier pour la demander à Dieu. En lui disant : Pardonnez-nous nos offenses , nous lui demandons la grâce d'une sincère pénitence, afin d'obtenir par ce moyen le pardon de nos péchés. Quand on est dans cette disposition , l'on est sûr d'être écouté favorablement, et de parvenir à une entière réconciliation avec Dieu. Oui , mon cher Théophile , quelques péchés que vous ayez commis, quelque énormes , quelque multipliés qu'ils soient , si vous en concevez une douleur sincère , vous obtiendrez miséricorde ; c'est Dieu lui même qui vous l'assure : il ne met à sa promesse qu'une seule condition , c'est que vous pardonniez vous-même à ceux qui vous ontoflensé. Seroit-il juste, en eifet , de vouloir que Dieu nous remette nos offenses , tandis que nous ne pardonnons pas à notre prochain les fautes qu'il a commises contre nous P Seroit-il raisonnable de vouloir que Dieu use d'indulgence à notre égard, et qu'il oublie les injures que nous lui avons faites , si nous voulions nous venger de celles que nous avons reçues ? Nous disons tous les jours à Dieu : Pardonnez-nous nos offenses , comme nous pardonnons à ceux

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qui nous ont offensés. Le pardon que nous accordons aux autres , est donc la mesure de celui que nous demandons à Dieu pour nous-mêmes: si nous pardonnons à notre prochain , Dieu nous pardonnera ; si nous ne voulons pas lui pardonner, Dieu ne nous pardonnera pas- non plus. Faire cette demande , et conserver dans son cœur du ressentiment contre ceux qui nous ont offensés, ;ce seroit donc dire à Dieu : ne me pardonnez pas , parce que je ne veux pas pardonner à ceux qui m'ont fait de la peine ; vengez vous de moi , parce que je veux me venger d'eux : ce seroit prononcer l'arrêt de sa condamnation , en demandant pour soi-même le traitement que l'on fait aux autres. A Dieu ne plaise , mon cher Théophile , que vous soyez jamais dans une disposition si criminelle ! vous regarderez , au contraire , comme un avanlage précieux , que Dieu ait attaché votre réconciliation avec lui à une condition qui dépend de vous ; vous vous empresserez de remplir cette condition ; vous pardonnerez à vos frères les fautes qu'ils auront faites contre vous , afin que, selon les promesses de Jésus-Christ , votre Père céleste vous pardonne aussi les vôtres.

J'accepte de grand cœur , ô mon Dieu ! la condition à laquelle vous voulez bien m'accorder la rémission de tous mes péchés ; elle m'est trop avantageuse , pour ne pas la remplir avec empressement; vous avez dit: Pardonnez et l'on vous pardonnera. Ah ! Seigneur, si j'ai été offensé en quelque chose , de quelque part que ce soit , je le pardonne, je le pardonne entièrement , je le pardonne non pas de Louche seulement ni en

apparence , mais sincèrement, mais du fond de mou cœur; telle est, à ce qu'il me paroît , ma disposition intérieure. Loin de moi tout ressentiment 3 tout désir de vengeance : si , malgré moi , il restoit encore dans mon cœur quelque impression capable de l'aigrir, je la désavoue, je veux la combattre , en réprimer tous lessentimens , et en effacer jusqu'aux moindres vestiges. Avec cela , mon Dieu ! vous me permettrez de venir à vous et de vous dire : pardonnez-moi , parce que je pardonne ; et comme je pardonne, vous écouterez votre miséricorde , parce que j'écoule moi-même mon devoir; je fais ce que vous m'avez ordonné , et j'ose me répondre avec une humble confiance , que vous ferez ce que vous m'avez promis. Charitable et indulgent envers mes frères , je trouverai en vous un père plein de bonté, de douceur et d'indulgence.

Pratique*

Ne jamais se venger , mais pardonner.

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