CVI." LECTURE
Septième Demande.
Délivrez-nous du mal.
JNous terminons cette prière pair demander à Dieu qu'il nous délivre du mal ; c'est-à-dire , des misères de celle vie , des ennemis de notre salut et de la damnation éternelle. A combien de maux n'est-on pas sujet dans celte vie ! De combien d'amertumes n'est-elle pas remplie ! Les maladies , la douleur assiègent notre corps ; le trouble , l'inquiétude , le chagrin attaquent notre âme. C'est bien avec raison que l'Eglise appelle cette terre où nous vivons , une vallée de larmes. Nous ne demandons pas d'être entièrement affranchis de toutes ces misères , cer privilège ne convient point à notre état présent* Ce que nous demandons, c'est d'être dé-
Prière. l\ôt
livrés de celles qui seroient pour nous des occasions de péchés , et qui nuiroient à notre salut. 11 n'y a de véritable mal que ce qui mettroit obstacle à notre justification. Si les infirmées, l'indigence, les calamités peuvent être appelées des maux , c'est surtout parce qu'elles jettent l'âme dans le trouble „ qu'elles nous exposent à l'impatience , au murmure , au désespoir, parce que nous n'avons pas assez de vertu pour les supporter sans péché ; mais les maux que l'on souffre patiemment , loin de nous être préjudiciables, servent à nous purifier, et contribuent à notre justification ; ce sont plutôt des biens que des maux ; quelque pénibles qu'ils soient , ils sont dans l'ordre de la providence ; le châtiment du péché est un moyen pour arriver au bonheur éternel. « Il faut, dit l'apôtre, » passer par beaucoup de tribulations et de » souffrances, pour entrer dans le royaume du » ciel. » Il nous est cependant permis de désirer et de demander d'être délivrés de ces maux , pourvu que nous fassions cette prière avec une entière résignation à la volonté de Dieu , et que nous soyons disposés à les souffrir avec soumission , si Dieu les juge nécessaires ou utiles pour notre salut. En priant ainsi , et en persévérant dans la prière , nous trouverons le vrai remède de tous nos maux. Dieu exaucera nos prières , soit en nous en délivrant , soit en nous donnant la force de les supporter , ce qui est bien plus avantageux pour nous. En second lieu , nous demandons d'être délivrés des ennemis de notre salut , et en particulier du démon , qui est notre plus cruel ennemi. Cet esprit de ténèbres , non content d'à-
voir séduit nos premiers pareils , et d'avoir attiré sur leur postérité un déluge de maux , ne cesse de nous faire la guerre , et de nous tendre des pièges pour nous perdre; mais Dieu arrête sa fureur , et lui prescrit des bornes qu'il ne peut franchir. « Notre ennemi , dit » saint Cyprien , ne peut rein contre nous , si i> Dieu ne le permet : c'est donc vers Dieu que » nous devons sans cesse tourner nos regards » et lui adresser nos prières , puisque l'esprit » malin n'a d'autre pouvoir sur nous que celui » que Dieu lui donne. » Enfin , nous demandons à Dieu qu'il nous délivre de la damnation éternelle, qui est le comble de tous les maux, le souverain mal , mal irréparable , mal éternel. C'est dans cet abîme de maux , c'est dans cette fatale éternité qu'il n'y aura plus à demander d'en être délivré; il faudra porter à jamais tout le poids de la colère et de la vengeance divine. C'est là qu'il n'y a plus derédemption à espérer, plus de bonheur à attendre , plus de salut à demander , mais un assemblage de tous les maux à souffrir, et à souffrir pendant l'éternité. Avec quelle ardeur , avec quelle persévérance ne devons-nous pas demander d'être garantis de ce malheur affreux! Devons-nous jamais nous lasser de faire celte prière , tandis que nous pouvons encore en obtenir l'effet ?
Vous me permettez , ômon Dieu ! de vous demander la délivrance des maux temporels , de l'infirmité , de la douleur , et de tous les accidens qui peuvent troubler le repos de ma vie ; mais vous voulez qu'en vous faisant cette demande, je me soumette à tout ce qu'il vous
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plaira d'ordonner pour mon bien : je la fais cette prière , et je la fais avec la restriction que vous y mettez. J'ai mérité de souffrir ; je vous offre mes peines pour l'expiation de mes péchés. Donnez-moi , Seigneur, la patience qui m'est nécessaire ; ayez égard à ma foiblesse , o Père des miséricordes , ô Dieu de toute consolation! faites couler dans mon âme cette divine onction qui diminue le sentiment des peines. Mais , outre les maux du corps , il y a des maux bien plus à craindre , des maux spirituels , des maux éternels : délivrez-moi surtout, ô mon Dieu ! de ces derniers ; délivrez-moi du malin esprit, de l'esprit d'orgueil et d'indocilité , de l'esprit de mensonge, de l'esprit d'impureté et de paresse , qui m'entraîneroit dans le péché , et de là dans la damnation éternelle. Ah ! Seigneur , si pour éviter ce dernier malheur , il est nécessaire que j'éprouve quelqu'autre mal que ce soit , je ne vous demande plus que vous m'épargniez en ce monde. Frappez , je m'abandonne à vous sans réserve ; je suis entre les mains d'un Père qui connoît mes forces et mes besoins; c'en est assez pour que je conserve la paix au milieu même de mes souffrances.
Pratique,
S'adresser à Dieu avec confiance dans toutes ses peines.