‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 15 sur 87 · XVI.e LECTURE · texte numérisé non relu

XVI.e LECTURE

Jêsus-Christ a été conçu du Saint-Esprit , est né de la l ierge Marie.

f'ir^o eoncipu-t et pariet filium, et vocabilur nomen ejns Emmanuel.

L De ^ ierge concevra , et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel, haie, 7.

\ eus savez , mon cher Théophile, que Jésus- Christ e<t le Messie: ce Messie avoit déjà , dans les prophètes, des titres et des qualités qui ne conviennent qu'à Dieu : Isaïe l'avoit appelé Dieu; il l'avoit nommé Emmanuel; ce qui signifie Dieu est avec nous, parce qu'il dévoit naître et habiter au milieu de nous. David l'avoit vu sortant éternellement du sein duPèrecéleste; el Grappe d'un si grand spectacle, il appela son Seigneur celui qui devoit naître de lui. C'est donc un Dieu, c'est la seconde personne de la Sainte Trinité , c'est le fils de Dieu qui s'est fait homme. Cette vérité est bien plus clairement manifestée dansl'Evangile; c'est ce que 1 on appelle le mystère de l'incarnation: et je dois maintenant vous exposer ce que la foi nous enseigne sur ce mystère. Le Fils unique de Dieu , le verbe qui est de toute éternité dans le sein et dans la gloire du Père , s'est abaissé jusqu'à prendre un corps et une ame semblables aux nôtres. Ce n'est pas le Père qui s'est fait homme; ce n'est pas non plus le Saint-Esprit; c'est le Fils , c'est la seconde personne de la Suinte Trinité. Son corps a été formé par l'ope-

80 DoCTRIXE ClIRKTIEXNE.

ration miraculeuse du Saint-Esprit , dans le sein et de la propre substance de la Vierge Marie , qui l'a conçu et mis au monde , en demeurant toujours vierge. Il n'y a rien que de divin dans la conception et dans la naissance de Jésus-Christ ; tout y est au-dessus des lois de la nature. Le Saint-Esprit qui a opéré cette merveille, a rendu la Sainte Yierge féconde , sans nuire à sa virginité. La manière dont ce mystère a été accompli, ne peut ni se concevoir par l'esprit humain , ni s'exprimer par des paroles; mais voici ce que l'Evangile nous en apprend. Lorsque le temps arrêté dans les conseils divins fut arrivé , un ange vint annoncer à Marie qu'elle seroit mère, sans cesser d'être vierge , et que ce qui naîlrcit en elle seroit le Fils du Très-Haut , et l'ouvrage du Saint- Esprit. La Sainte Yierge crut à la parole de l'envoyé céleste, et elle y donna son consentement. Dans ce moment, le mystère de l'incarnation s'accomplit; le Saint-Esprit forma en elle le corps de Jésus-Christ; il yunituneame, et en même temps se fit cette union indissoluble de la nature divine avec la nature humaine en la personne du Fils de Dieu. Ainsi le Fils unique de Dieu devint homme sans cesser d'être Dieu. Jésus-Christ fut tout à la fois Dieu et homme parlait ; et la Sainte Yierge devint véritablement et proprement la mère de Dieu , pu isqu'elle conçut un homme-Dieu. Cette Sainte Yierge , après l'avoir porté neuf mois dans son sein , le mit au monde comme elle l'avoit conçu , en demeurant toujours vierge. Yous voyez par ce récit, mon cher Théophile , que Jésus-Christ, comme homme, n'a point eu de père. Dieu n'a

Symbom. 8i

voulu que S. Joseph lût l'époux de Mario qu'afin de cacnerce mystère bous le voile d'un chaste mariage. Mais , comme Dieu , Jésus-Christ a un père qui l'a engendré de toute éternité , et auquel il es! égal. Il y a en Jésus-Christ deux naturel sans confusion ni mélange, la nature divine , par laquelle il est Dieu comme son Père, 1 1 la nature humaine , par laquelle il est homme comme nous; mais il n'y a en lui qu'une soûle personne , qui est la personne du Fils de Dieu. Ce mystère surpasse infiniment la portée de l'esprit humain : nous ne laissons pas de le croire fermement , parce que Dieu, qui est la mérité souveraine, l'a révélé. Vous en trouvez en vous-même une image imparfaite , sans doute , mais qui peut aider votre foi. En effet , votre ame, qui est d'une nature spirituelle et incorruptible , est unie à un corps matériel et corruptible : et l'union de ces deux substances si différentes ne fait qu'un seul homme , qui est tout à la fois esprit et corps , incorruptible et corruptible, intelligent et purement brute; de même la divinité du verbe et la nature de l'homme , unies sans être confondues , forment un seul Jésus-Christ , vrai Dieu et vrai homme , enge&dré du Père dans l'éternité, et né d'une vierge dans le temps , tout puissant comme Dieu , et environné de foiblesses comme homme, car excepté le péché et les suites insépables du péché, telles que sont l'ignorance et la concupiscence, INotre-Seigneurs'estassujeltià toutes nos misères. Il a eu faim , il a eu soif, il a été sujet à la fatigue , au sommeil et à toutes les autres infirmités de notre nature; avec cette seule différence qu'il ne les seuffroit que parce

qu'il le vouloit, au lieu que nous les éprouvons malgré nous. Ne croyez cependant pas , mon cher Théophile , que la nature divine ait été altérée dans l'incarnation. Dieu, sans cesser d'être tout ce qu'il est par lui même , a daigné s'unir à la nature humaine; il n'a rien perdu par cette union ; ses abaissemens et ses souffrances ne tombent que sur l'humanité ; c'est comme homme que Jésus- Christ a souffert; et c'est comme Dieu qu'il a donné un prix infini à ses souffrances.

Je vous adore , ô Verbe incarné ! je crois que vous êtes Dieu et homme tout ensemble ; Dieu engendré du Père avant tous les siècles, homme né , dans le temps , de la substance d'une vierge : comme Dieu, vous êtes égal à votre Père ; comme homme , vous êtes semblable à nous. Quoique Dieu et homme, vous n'êtes qu'un seul Christ; quoique vous ayez deux natures , la nature divine et la nature humaine , il n'y a cependant en vous qu'une seule personne , qui est la personne du Fils de Dieu. Voilà la foi dans laquelle j'ai été baptisé ; je veux y vivre et mourir. Je crois fermement ce mystère ineffable , et infiniment supérieur à ma foible raison. Ah ! Seigneur, je le crois , quoique je ne puisse pas le comprendre : pour être incompréhensible, il n'en est que plus digne de vous. Non, je ne serai point ingrat envers vous , parce que vous m'avez aimé au delà de ce que je puis concevoir: je ne méconnoîtrai pas votre bienfait , parce qu'il est au-dessus de ma foible intelligence. Je ne vois , après tout, dans ce mystère , que l'effet d'une boulé et d'une miséricorde infinies; el

Symbol £• bô

bien loin que ma loi soit ébranlée , à la vue d'une charité immense pour les hommes , je reconnois mon Dieu.

Pratique,

Réciter avec piété V Angélus s pour remercier Dieu du bienfait de l'incarnation.

XVIÏ.C LECTURE.

Suite du Mystère de l'Incarnation.

Mt-cricordia et veritas obiiaveiunt sibi : justifia et pav os eu lut a tunt.

La miséricorde et la vérité se sont rencontrées : la justice et la paix ont lait alliance entre elles. Ps. 84.

V ors devez surtout vous souvenir , mon cher Théophile, que c'est pour nous que le Fils de Dieu s'est fait homme; que c'est pour nous racheter de l'esclavage du péché et des peines de l'enfer ; que c'est pour nous mériter la vie éternelle , à laquelle nous n'avions plus de droit. INous avions offensé Dieu ; cette offense éloit infinie » parce qu'elle attaquoit une majesté infinie; la justice divine demandoit que le péché fût réparé , et que la réparation fut proportionnéea 1 injure. Ln pur homme nepouvoit offrir une satisfaction infinie, parce qu'il est borné par 5 a nature;il n'y avoit qu'un homme-Dieu qui put satisfaire à la justice divine ; il falloit qu'il fût homme, pour être capablede souffrir; d'ailleurs c'eloil la nature humaine qui avoit péché : c'é--

toit donc à la nature humaine à faire la réparation. Il falloit aussi qu'il fut Dieu, afin dedonnei un mérite et un prix infini aux souffrances de l'homme. Par le mystère de l'incarnation , la même personne est Dieu et homme tout ensemble : le\ erbe s'est fait chair pour nous racheter du péché : il s'est revêtu de nos misères ,pour nous en délhrer. Par ce moyen admirable , le péché est puni, et le pécheur est sauvé : ainsi en lui la justice et la miséricorde se concilient ; l'injure faite à Dieu est abondamment réparée; et Dieu est honoré comme il doit l'être. Jésus- Christ s'est rendu notre médiateur; c'est un médiateur parfait , qui tient à Dieu par sa divinité , et à nous par son humanité; qui peut souffrir comme nous , parce qu'il a une nature semblable à la nôtre , et nous réconcilier avec Dieu par ses souffrances , parce qu'il lui est égal; médiateur qui , par sa parfaite sainteté, est infiniment agréable a celui auprès de qui il s'est entremis pour la réconciliation des pécheurs. Une comparaison vous fera encore mieux sentir cette vérité , mon cher Théophile : qu'un roi ail été insulté , outragé par le dernier de ses sujets, ni le coupable, ni aucun autre sujet du roi ne peut faire à la majesté royale une satisfaction égale à l'offense ; tout ce que le coupable pourroit offrir, seroit toujours beaucoup au-dessous de la grièveté de l'injure : mais si le fds du roi même , héritier de sa couronne , et déjà assis sur son trône , touché de compassion pour ce malheureux , descend du trône, quitte ses ornemens royaux , se couvre la tête de cendre et le corps d'un sac , et qu'en cet état, ; prosterné devant son père , il s'offre à subir le

Symbole. 85

supplice du au coupable , pour obtenir sa grâce, vous concevez qu'une si profonde humiliation es! une satisfaction proportionnée à la grandeur

de la personne offensée; que dès là l'injure est pleinement réparée , et que le roi , sans blesser la justice, peut faire miséricorde au criminel. Eh bien , c'est l'image de la grâce que Dieu a accordée à l'homme pécheur ,par l'incarnation de son Fils. Que Dieu est admirable dans toutes ses œuvres , et surtout dans ce grand ouvrage de son amour ! Quel bienfait que celui de nous avoir donné son Fils unique pour nous sauver ! Quelle reconnoissanee ne devons-nous pas à ce Sauveur généreux , qui s'est abaissé jusqu'à se dépouiller de sa gloire ,se revêtir de notre nature , s'assujettir à nos infirmités , paroitre et être en tout semblable à nous ! Apprenez donc , mon cher Théophile , à adorer les humiliations de ce Dieu anéanti; il n'est pas moins adorable dans l'étable de Bethléem , sous les langes dont il se couvre , que dans le ciel et sur le trône où il réside. Ne méprisez point une bassesse et une infirmité qu'il n'a prise que pour vous, et qui fait votre gloire et votre force. S'il n'étoit devenu ce que vous êtes , vous ne seriez jamais devenu l'enfant de Dieu , l'héritier de Dieu. Il n'a sauvé que la nature qu'il a prise ; et il a pris votre nature toute entière , pour vous sauver tout entier, et dans l'aine et dans le corps. C'est pour nous , ô mon Dieu ! que vous vous êtes fait homme; c'est dans le temps que nous étionspécheurs ,que vous vous êtes ainsi anéanti pour l'amour de nous. La satisfaction que vous avez offerte, est proportionnée à la grandeur de notre péché , et l'offense est pleinement réparée.

C'est ainsi que vous avez concilié les droits de votre justice avec les intérêts de votre miséricorde. Nous étions incapables de nous élever jusqu'à la divinité; mais en vous rendant visible , en habitant parmi nous , vous vous êtes abaissé jusqu'à nous , pour nous élever jusqu'à vous. Nous étions morts par le péché; mais , en prenant notre nature , vous nous avez rendu la vie; en vous faisant semblable à nous, vous nous avez faits semblables à vous ; nous sommes devenus les enfans de Dieu , depuis que vous êtes devenu vous-même le fils de l'homme. Je connois , 6 mon Sauveur ! que vous aimez en Dieu , c'est-à-dire, sans mesure et sans borne. Que cet excès d'amour fasse sur mon cœur toute l'impression qu'il doit faire : que je vous aime comme vous m'avez aimé , et que je me donne à vous sans partage et sans réserve.

Pratique.

Avoir un tendre amour pour Jésus-Christ.

Page 1