XXI.6 LECTURE
Jésus-Cfirist a souffert sous Ponce Pilule 3 a été crucifié,
Pitatus tradldit Jcsum flagellis cœsum , ut cruci/îgerctur,
Pilate ayant fait fouetter Jésus , le livra pour être ciut iiié. Marc, i5.
La sainteté divine qui brilloit en Jésus-Christ , Ja pureté de sa doctrine , l'éclat de ses miracles, au lieu d'adoucir et de gagner les Pharisiens et les principaux d'entre les Juifs , ne firent qu'allumer leur envie , et leur inspirer le cruel dessein de le mettre a mort ; ils corrompirent Judas , l'un de ses disciples , qui leur livra sou Maître pour trente pièces d'argent. Vous avez lu , mou cher Théophile , l'histoire de la pas*
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*îon do Jésus-Christ ; mais il est a propos de vouson rappeler les principales circonstances, pour exciter votre piété. Notre-Seigneur a été chargé d'opprobres , accablé d'injures et de malédictions. On lui a craché au visage; on lui a donné des soufflets; on loi a préféré un indigne voleur : il a été condamné à une cruelle flagellation ,el après avoirétédéchiréde coups, il a été livré aux soldats , qui lui mirent sur la. tête une couronne d'épines , et lui firent mille outrages. Le peuple à qui il n'avoit l'ait que du bien , demanda sa mort a grands cris , quoique, le juge, tout païen qu'il éloit ,1e déclarât innocent. Enfin , il a été attaché à une croix entre, deux scélérats: c'étoit le supplice le plus ignominieux qui lût alors en usage; onn'ycondamnoit que les esclaves , et ceux qui avoient commis les plus grands crimes. Ne croyez pas , mon cher 1 héophile , que ce soit par foiblesse et par impuissance que Jésus-Christ a souffert tant d'indignités et tant de tourmens; sa mort a été très-volontaire et très-libre : il avoit lui-même prédit plusieurs fois le lieu, le temps et le genre de son supplice. Il a été au-devant de ses ennemis , et il s'est livré lui-même entre leursmains. Dans la foiblesse apparente de sa mort , il a fait voir des traits éclatans de sa divinité ; il a montré qu'il étoit le maître absolu de sa vie , et le souverain de toute la nature. Il est mort en jetant un grand cri : à sa mort ,1e soleil s'obscurcit, la terre trembla , d'épaisses ténèbres couvrirent l'Lnivers, le voile du temple se déchira , les tombeaux s'ouvrirent , et les morts ressuscitèrent. Ceux qui étoient présens revinrent à Jérusalem saisis de frayeur, se frappant la poitrine,
et disant hautement : Celui-ci éloit véritablement le Fils de Dieu. Jésus-Christ n'a donc souffert la mort que par le mouvement libre de sa volonté , et par l'excès de son amour pour les hommes. C'est ce qui doit nous toucher davantage , lorsque nous pensons à ses souffrances. Jésus-Christ n'est mort que parce qu'il nous a aimés; il a voulu se charger de nos péchés , et porter la peine que nous méritions : l'innocent s'est mis à la place des coupables , pour recevoir tous les coups qui dévoient tomber sur eux, afin qu'ils fussent épargnés. iNous nous étions égarés , et Dieu l'a chargé de l'iniquité de tous. C'est donc pour tous les hommes que Jésus-Christ est mort , et il n'y en a aucun qui ne puisse dire avec sain t Paul : « Jésus-Christ » m'a aimé, et il s'est livré lui-même pour moi. » Oui , mon cher Théophile, vous devez vous dire à vous-même : Ce sont mes péchés qui ont fait mourirmon Dieu ; il pensoit à moi , il voyoit les fautes que je devois commettre un jour: c'est pour les expier qu'il a souffert. Plus je commets de péchés , plus je contribue à ses souffrances et à sa mort. Sentez-vous quelle horreur vous> devez en avoir ? Comprenez -vous combien vous devez à Jésus-Christ , et quelle reconnoissance il exige de vous? Vous lui devez d'autant plus d'amour , de respect , d'adorations , qu'il a souffert plus d'indignités pour vous sauver. Si vous aviez été sauvé d'un incendie , et tiré du milieu des flammes par la charitécourageuse d'un ami qui se seroit exposé au péril pour vous en délivrer, avec quels transports ne lui marqueriez-vous pas votre reconnoissance ! Ne vous prosterneriez-vous pas aux pieds de eut
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ami généreux ? Ne lui jurericz-vous pas do conserver toute votre vie le souvenir d'un tel bienfait ? \ ons devez beaucoup plus à Jésus- Christ , mon cher Théophile , que vous ne devriez à celui qui vous auroit délivré d un embrasement. Les maux dont vous auriez été garanti par cet ami , ne sont rien en comparaison des tourmens de l'enfer; cet ami ne seroit qu'un homme , Jésus- Christ est votre Dieu , et un Dieu que vous aviez offensé ; cet homme n' auroit fait qu'exposer sa vie , et Jésus-Christ a sacrifié la sienne pour vous sauver. Il a versé son sang pour vous; il l'a versé jusqu'à la dernière goutte; il l'a versé dans les douleurs les plus cruelles ; il l'a versé dans les dernièros ignominies. Par quel amour devez-vous donc répondre à la charité de votre Dieu , à une charité si excessive et si touchante !
A q uel prix m'avez-vous racheté , ô mon Sauveur ! Que mon salut vous a coûté cher ! Je vous vois chargé d'opprobres , couvert de plaies et de sang, couronné d'épines , expirant dans les douleurs les plus cruelles. N'étoit-ce pas assez de vous être fait homme pour nous ! Falloit-il supporter tant d'outrages, et souffrir tant de tourmens? Vous avez voulu nous apprendre ce que c'est que le péché , et nous faire juger de la grandeur du mal , par la force du remède qui nous est appliqué. Comment puis-je le commettre avec tant de facilité ? Je suis donc bien aveugleetbieninsensé quand jem'y abandonne. Quoi ! le péché vous a donné la mort , et j'ose le commettre ! Ah ! Seigneur , cette pensée ne s'effacera plus de mon esprit. Dans toutes mes tentations , je regarderai la croix où vous avez
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été attaché pour l'expier. Je tracerai sur moB cœur ce signe sacré , .pour me fortifier contre les assauts que me livrent mes passions. Par l'excès de vos souffrances , vous avez voulu encore , ô mon Dieu ! me faire connoitre l'excès de votre amour ; cet amour va jusqu'à naître pour nous dans une étable, jusqu'à vivre pour nous dans la pauvreté, jusqu'à mourir pour nous sur une croix. Que pouviez-vous faire de plus pour nous témoigner votre amour ?Pourrois-je être insensible à une bonté si touchante ? Hélas! Seigneur , quoique je fasse , mon amour pour vous sera toujours infiniment cu-dessous de celui que vous m'avez témoigné. Quand je sacrifierois ma vie pour vous , je n'en ferois pas encore assez ; mais vous ne me demandez pas ce sacrifice. Tout ce que vous exigez , c'est que je vive pour vous , parce que vous êtes mort pour moi. Serai-je assez ingrat pour vous refuser cette foible marque de ma reconnoissance ? Non , mon Dieu , ma vie vous appartient; je la consacre à vous aimer et à yous servir.
Pratique.
Se souvenir qu'en péchant , on crucifie de nouveau Jésus-Christ.
Symbol e. io5
XXIÏ/ LECTURE.
Jésus-Christ est mort , a clé enseveli , est descendu aux ai fers.
Christus mortuus est pro peccaiis nostris , et sepullus ttt descendit pritnùm in infériorcs parles terrœ.
,l énu-Christ *>t mort pour nos péchés ; il a été ensevtlf, « t il • -t descendu d'abord dans les lieux bas de la terre, < i . . 1 j. Eph. 4-
x\ ornE-SEiGNEVR, après avoir souffert d'extrêmes douleurs sur la croix, eu il resta attaché pendant trois heures , mourut le jour même où Ton immoloit l'agneau pascal , dont le sacrifice éloit la figure de sa mort. I r. soldat , pour s'assurer de sa mort , lui perça le coté droit avec une lance; et de la blessure il sortit du sang et de l'eau. Vous comprenez aisément, mon cher Théophile , le sens de ces paroles : Jésus-Ch rist est mort: elles signifient que son ame a été séparée de son corps; mais il faut bien remarquer que sa divinité n'a point été séparée ni de l'aine ni du corps : elle est toujours demeurée unie à l'une et à l'autre; en sortequelecorpi.de Notre- Seigneur ,même dans le tombeau , étoit le corps du Fils de Dieu; et son ame dans cet état de séparation , éloit aussi L'ave du Fib de Dieu. Christ en mourant , a cessé d'être ua homme vivant ; mais il n'a jamais cessé un instant d'èlre le Fils de Dieu. C'est le Fils de Dieu qui a été enseveli dans son corps : c'est le Fils de Dieu qui , par son ame , est descendu aux
Eâ
loG DoCTF.IXE ClïRETIENNE.
enfers; et partout il est digne de nos adorations. Vous comprenez aussi aisément ce que signifient ces paroles : Jésus-Christ a été enseveli. Vous avez vu dans l'évangile , que Joseph d'Anmalhie alla trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus-Christ, afin de l'ensevelir honorablement; etqu'enavantohtenu la permission, il détacha le corps de la croix , qu'il l'embauma avec des parfums précieux, et le mit dans un sépulcre neuf, qu'il avoit taillé dans le roc. Il faut bien remarquer que le corps de iNotre- Seigneur, quoique mis dans le tombeau, n'a point été sujet à la corruption; David l'avoit prédit en ces ternies : « \ous ne permettrez » pas que votre Saint éprouve la corruption y> dans le tombeau. » Les paroles qui suivent dans le Symbole , ont besoin d'être expliquées : // est descendu aux enfers. Que doit-on entendre par les enfers? Ce mot est employé dans l'Ecriture sainte , pour désigner difTérens lieux. Le premier, est l'endroit où 1rs démons et les réprouvés souffrent et souffriront éternellement : ce n'est point là que l'ame de Jésus- Christ est descendue. Ce n'est pas non plus le purgatoire, où les âmes des justes, qui ont encore quelque péché à expier , achèvent de se purifier. Mais il y a un troisième lieu où reposoient, avant la venue de Jésus-Christ, les âmes des patriarches et des Saints qui étoient morts depuis le commencement du monde: ces âmes saintes aimoient et glorifioient Dieu dans l'attente du divin libérateur; mais elles n'étoient point admises dans le ciel, parce que l'entrée en avoit été fermée par le péché de nos premiers parens,el qu'il ne devoit leur être ouvert quepar
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la mort cl la résurrection de Jésus-Christ : c'est dans ci- Lieu que Notre-Sèigneur descendit pour en retirer ces aines saintes , et pour les mener avec lui BU triomphe dans le ciel. Faisons maintenant quelques réflexions , mon cher Théophile, sur le mystère de la sépulture de Notre- Seigneur , et tirons-en quelques instructions propres à nourrir notre piété. Ceux qui avoient enseveli son corps , avoient roulé une grosse pierre à l'entrée du sépulcre ; les Juifs ,de leur côté , avoient scellé la pierre; et ils y avoient îni^ une garde de soldats , de peur , disoient-ils, que ses disciples ne vinssent enlever son corps , et ne publiassent ensuite que leur Maître étoit ressuscité comme il Ta voit promis. Ainsi la providence divine disposoit-elle les choses pour rendre la mort et la résurrection de Jésus- Christ plus certaines et plus authentiques , par les précautions mêmes que prirent ses ennemis pour empêcher toute tromperie. Dieu l'ait servir à l'exécution de ses desseins , les obstacles mêmes que les hommes lui opposent. La sépulture étoit nécessaire pour prouver la vérité de sa mort. Si Noire-Seigneur étoit ressuscité aussitôt ou peu de temps après avoir expiré , ses ennemis n'auroient pas manqué de dire qu'il n'étoit pas mort. Si les Juifs n'avoient
Ï»as fait garder avec tant de soin le sépulcre où e corps de Jésus-Christ avoit été déposé , ils auroient pu dire que ses disciples l'avoient enlevé. Mais sa demeure pendant trois jours dans un sépulcre fermé , scellé et bien gardé , prouve qu'il étoit véritablement mort , et elle sert à établir la foi de sa résurrection ; car sa mort étant une fois certaine et indubitable , le \i~
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moignage que les apûtres ont rendu ensuite en faveur de sa résurrection , ce témoignage, disje , confirmé par leurs miracles , ne laissoit plus aucun lieu de douter qu'il ne fût ressuscité : ainsi a été achevé l'œuvre de notre rédemption. Jésus-Christ s'est soumis à la mort , etpar sa mort , il a sanctifié la nôtre , il nous a mérité la grâce de faire de cette peine du péché , un sacrifice volontaire et très-agréable à Dieu. Jésus-Christ s'est soumis à l'humiliation de la sépulture , afin d'ôter à cet état ce qu'il a de triste à la nature , et afin de nous remplir de l'espérance consolante de la résurrection future de notre corps. La vue de notre chef enfermé dans le tombeau , d'où il doit sortir plein de vie, nous assure l'accomplissement de ce que l'apôtre nous promet pour nous-mêmes , en ces termes : « Le corps , comme une semence, s est mis en terre dans un état de corruption , »et il ressuscitera incorruptible; il est mis en » terre tout difforme, et il ressuscitera glo- » rieux ; il est mis en terre comme un corps » tout animal , et il ressuscitera comme un » corps spirituel. »
Vous vous êtes assujetti , ô mon Dieu ! à toutes les peines du péché; et en vous y assujettissant, vous nous en avez adouci l'amertume, et vous nous avez procuré les plus grands biens. Par votre mort , vous nous avez rétaLiis dans le droit de l'immortalité ; votre mort a changé la nature de la nôtre; ce n'étoit qu'une peine due à notre désobéissance ; mais maintenant , unie à la vôtre , elle devient un sacrifice le plus grand et le plus agréable que nous puissions faire à Dieu. La mort n'est plus que le passage
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d'âne vie pénible et remplie de misères , h uns vie bienheureuse ; d'une vie temporelle à une vie éternelle. Si la mort a des douleurs , votre exemple nous fortifie , et nous apprend à baisser la tète avec soumission, et à expirer avec confiance. Si le tombeau nous inspire encore de l'horreur , la pensée que vous y êtes descendu , et que vous en êtes sorti glorieux , nous rassure. S'il nous paroît que nous allons entrer dans un sentier ténébreux , et arriver en un lieu inconnu , nous savons que vous y êtes vousmême entré , que vous y serez notre guide , notre soutien, et notre récompense. Faites, <> mon Dieu ! qu'en mourant , j'aie plus d'amour que de crainte ; et qu'ayant pour vous les sentimens d'un enfant , je puisse vous dire avec confiance : « Mon Père , je remets mon aine entre » vos mains. »
Pratique.
Unir sa mort à celle de Notre-Seigneur.