jft Doctrine Chrétienise
défiance de nous-mêmes : mais ce qui produit en nous cette crainte et cette incertitude , ne vient pas du côté de Dieu , qui est toujours riche en miséricorde , et fidèle à ses promesses ; il vient uniquement de nous-mêmes. Nous sommes , à la vérité , assurés que si nous ne manquons pas de confiance en Dieu , il nous accordera tout ce qu'il nous a promis ; mais nous avons sujet de craindre que nous ne mettions nous-mêmes obstacle aux grâces de Dieu. L'espérance chrétienne est combattue par deux vices opposés ; le désespoir d'un côté , et la présomption de l'autre. On pèche contre l'espérance , lorsque désespérant de son salut , on demeure dans l'impénitence ; et que l'on ne fait aucun effort pour en sortir. Tel a été le péché de Caïn , qui , après avoir tué son frère , dit : » Mon iniquité est trop grande pour en obtenir » le pardon. » Le désespoir est le péché le plus horrible aux yeux de Dieu , parce qu'il l'outrage dans sa bonté , celle de toutes ses perfections qu'il aime le plus à manifester aux hommes , et à laquelle il désire le plus que nous rendions hommage par une confiance sans bornes. En effet , quelque énormes que puissent cire nos crimes , la miséricorde de Dieu est infiniment plus giande : il n'y a point de péché que notre Seigneur n'ait expié par sa inorl , et dont il ne nous ail mérité le pardon. 11 nous crie du haut de sa croix , que tout son sang est pour nous. Si vous avez le malheur de tomber dans quelque péché , mon cher Théophile , ne désespérez jamais delà miséricorde divine : >ous avez un prie tendre et plein de bonté ; il ne demande que le retour de son enfant ; votre repentir
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réveillera toute sa tendresse : mais, d'un autre côté , d* abusez pas de sa patience et de sa bonté, pour L'offenser avec plus de liberté, et pour persévérer dans le désordre. Onpècheencore contre l'espérance lorsque, présumant de la miséricorde do Dieu ou do sos propres forces, on diffère sa conversion; tel est le péché de ceux qui , se formant une fausse idée de la miséricorde de Dieu, croient qu'ils se sauveront sans cesser de l'offenser; ou qui comptant sur une longue vie , se persuadent qu'il suffira de penser à leur salut , quand le temps de la jeunesse sera passé. Ne dites pas : la miséricorde do Dieu est grande : il me pardonnera la multitude do mes péchés. Combien déjeunes gens ont été trompés par cette fausse confiance ! ils ont compté sur un avenir , et il ne devoit point y avoir d'avenir pour eux. Evitez cette illusion , moucher Théophile : ne différez pointa vous donner à Dieu ; vous ne savez quelle sera la durée de votre vie. La mort ne peut-elle pas vous surprendre avant la fin de votre jeunesse? Heureux l'homme qui espère en vous , 6 mon Dieu ! vos promesses s'accompliront infailliblement sur tous ceux qui mettent en vous toute leur confiance. Je l'ai, Seigneur, cette espérance que vous me sauverez par votre grâce. Ce n'est pas sur mes efforts que je me l'onde : non, ce seroit un bien foible appui , c'est sur votre miséricorde , c'est sur les mérites infinis de mon Sauveur que je m'appuie: j'attends tout de vous; et mon salut éternel , et les grâces qui doivent me conduire a cet heureux terme. Nous êlcs infiniment bon ; vous nous avez donné voire Fils; comment pourriez-yoïu nous refuser quelque
chose après cela? S'il me venoit jamais quelqne tentation de désespoir , un coup d'oeil sur la croix me rassureroit; et pourvu que je n'abuse point de votre miséricorde pour demeurer dans le péché , cette espérance me conduira infailliblement au salut. Les dangers auxquels je suis exposé , ne me décourageront pas ; vous saurez bien m'en délivrer. Non , mon Dieu , vous n'abandonnerez jamais celui qui espère en vous ; vous viendrez à son secours , et vous le sauverez , parce qu'il espère en vous. Vous êtes fidèle dans vos promesses , et votre parole ne peut manquer d'être accomplie.
Pratique.
Faire souvent des actes d'espérance.
XXXVIIi; LECTURE.
De la Charité.
Qui timetls Dominum , ditigite illum.
Vous qui craignez le Seigneur , aimez-le. Ecct. 2.
« Yorsaimerez le Seigneur votre Dieu de tout » votre cœur , de toute votre ame , de toutes vos » forces et de tout votre esprit. » C'est le commandement que Moïse avoit fait aux Israélites de la paît de Dieu : Notre-Seigneur l'a renouvelé et confirmé dans l'Evangile. Nous y lisons qu'un docteur de la loi ayant l'ait à Jésus-Christ cette question : Maître , quel est le plus grand des commandemens ? en reçut celte réponse : » \ ous
DÉCA.LOGUB* I79
» aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre » cœur , etc. Voilà le premier et le plus grand » commandement. » Etoit-ildonc nécessaire que Dieu nous commandât de l'aimer ? Dieu n'est-il pas de lui-même souverainement aimable ! Ses perfections infinies , sa bonté pour nous , les Bienfaits dont il nous comble, les avantages que Ton trouve à s'attacher à lui; tout ne nous engage-t-il pas à l'aimer ? Il nous a créés , il nous conserve , il nous nourrit ; le ciel , la terre , toutes les créatures qu'il a formées pour notre usage: tout ne nous crie-l-il pas que nous devons l'ainicr ? Dieu a fait encore beaucoup plus pour nous dans l'ordre du salut ; il nous a donné son propre Fils ; il l'a sacrifié pour nous racheter; il nous a admis au nombre de ses enfans ; chaque jour , à chaque instant , il nous soutient par sa grâce ; il nous destine après cette vie une félicité éternelle dans le séjour delagloire. N'en est-ce donc pas assez pour gagner notre cœur ? C'est tout ce qu'il nous demande pourtant de bienfaits. « Mon fils , nous dit-il , donnez-moi » votre cœur. » Pourriez-vous lui refuser ce qu'il vous demande , mon cher Théophile ? Seriez-vous insensible à cette tendresse de votre Dieu . Ce cœur qu'il vous demande ne lui appartient-il pas ? n'est-ce pas Dieu qui vous l'a donné ? Et pourquoi vous Pa-t-il donné , si ce n'est pour que vous l'aimiez? Quoi donc ! fuutil prouvera un enfant bien né qu'il doit aimer son père ? Ce sentiment n'est-il pas naturel à l'homme ? Le cœur ne s'y porle-t-il pas de luimême? ^ rus :i\rz sans doute éprouvé bien des fois , mon cher Théophile , cet attendrissement que fait naître la présence , le souvenir même
î8o Doctrine Chrétienne.
d'un père; et Dieu n'cst-il pas votre père? Est-il quelqu'un à qui ce nom convienne mieux qu'à lui ? Y en eut-il jamais un meilleur ? Ajoutez à tous ces motifs les douceurs que l'on goûte dans l'exercice de ce saint amour. Ohlquelle joie pure, quelle douce consolation ne répand-il pas dans un cœur qui en est embrasé ! Non , tous les plaisirs que le monde nous offre n'ont rien de comparable à cette paix délicieuse que Di<"u met dans une ame qui l'aime. Attachez-vous donc à Dieu, mon cher Théophile; hâtez-vous de lui donner votre cœur, avant que le péché le rende indigne de lui être offert. Vous. ne pouvez être heureux qu'en l'aimant ; et plus vous l'aimerez , plus vous serez heureux. Oui , Dieu seul peut faire notre bonheur : un homme à qui Dieu manque est malheureux dans le sein même des richesses , de la gloire el des plaisirs; il désire toujours quelque chose , il n'est pas content : mais celui qui aime Dieu , trouve dans, ce saint amour des consolations qui lui tiennent lieu de tout le reste. Ses désirs sont satisfaits , son cœur est tranquille; et rien ne peut troubler le calme de son ame : dans l'indigence même, il est riche;dans l'humiliation, il est grand; dans les souffrances, il est comblé de joie. Si vous en doutez , écoulez l'Apotre qui vous dit : « Je suis rempli de joie au milieu de toutes » mes tribulations. » Lisez dans l'histoire Ecclésiastique avec quel empressement les martyrs couroicnt aux plus cruels tournions el à la mort ; essayez vous-même , el voyez combien le Seigneur est doux pour ceux qui l'aiment. Mais comment devons-nous aimer Dieu. Un amour foible, un amour partagé , un amour stérile guffîroit-i] pour remplir le précepte ? Mon , mon cher Théo-
Dêcalogii. 181
philc: vous devez aimer Dieu de tout votre cœur, de toute rotre aine ,. de toutes vos forces. Dieu vent posséder votre cœur tout entier: il faut préférer Dieu à toutes les créatures , être disposé à perdre tout , plutôt (pie sa grâce; enfin, n'ainierrien que par rapport à lui. C'est donc pécher contre ce commandement <jue démettre son souverain bien dans un autre objet (pie Dieu , comme les ambitieux , dans les honneurs; lesavares, dans les richesses; les voluptueux, dans les plaisirs des sens. L'amour de Dieu doit être agissant : « Si quelqu'un m'aime, dit Notre-Seigneur, » il gardera mes toininandemens. » En effet , l'on cherche à plaire à celui qu'on aime ; et le moyen de lui plaire , c'est de faire sa volonté , et d'accomplir fidèlement tout ce qu'il exige. Il ne suffit donc pas de dire a Dieu qu'on l'aime; non, des paroles ne sulïisent pas, il faut des œuvres. L'amour de Dieu ne peut être oisif: c'est un feu qui agit toujours ; s'il ne produit point d'effet , c'est une preuve qu'il est éteint.
Répandez-la dans mon cœur , ô mon Dieu ! cette divine charité ; allumez-y le feu sacré que vous avez apporté sur la terre : mon cœur a été fait pour vous ; vous l'avez formé , non pour aimer les créatures , mais pour l'attacher à vous ; que puis-je trouver hors de vous , qui mérite mon amour ? Oui , je le sens , mon cœur sera toujours agité , tant qu'il ne se reposera point en vous. Je ne désire , ô mon Dieu , ni les richesses , ni tous les autres biens de ce monde; j ■ ne désire que de vous aimer. Vous seul , Seigneur , vous seul savez si'je vous aime , et combien je vous aime ; ce que je sais , c'est que je Voudrai* vous aimer, c'est que je voudrois vous
aimer beaucoup , c'est que je voudrois vous aimer uniquement , vous aimer toujours. Si mon amour est encore foible , augmentez-le , fortifiezle , rendez-le plus puissant que les attraits séducteurs de la volupté , plus fort que la crainte de la douleur et de la mort même. Que cet amour me fasse accomplir avec fidélité tous vos commandemens , et que , par là , je mérite de vous aimer parfaitement dans l'éternité de Dieu.
Pratique.
Faire souvent des actes d'amour de Dieu.