XLI.e LECTURE
Du Jurement.
Non assumes notnen Domini Del tui in vanum.
Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur l'otre Dieu. Exod. 28.
-Dieu nous défend de jurer contre la vérité ou sans nécessité. Jurer, c'est prendre Dieu à té-
Décalogce. 191
moin de ce que l'on assure ou de ce que l'on promet. Quelquefoisle juremenlest accompagné d'imprécations, quand on se souhaite à soi-même ou à d autres, quelque mal, quelque châtiment, si ce que l'on dit n'est pas vrai. 11 y a un véritable serment , lorsque, pour assurer une chose, eu prend à témoin quelque créature, comme le Bief, la terre, parce que toutes les créatures appartiennent à Dieu : ainsi jurer par les créaturcs, c'est jurer par le Seigneur, dont elles sont les ouvrages. « Ne jurez point, nous dit » Jésus-Christ , ni par le ciel, parce que c'est » le trône de Dieu ; ni par la terre , parce que » c'est son marche-pied; ni par Jérusalem, » parce que c'est la ville du grand Roi. » Ce n'est pas que le serment soit toujours défendu: il y a des circonstances où il est important de faire croire ce que l'on dit, et d'en établir la certitude; par exemple, quand on est cité devant le juge. Alors on s'adresse à Dieu, qui est la vérité même; et l'on proteste, par son saint nom , de la vérité de ce que l'on affirme : l'invocation de ce nom redoutable imprime aux paroles de l'homme un caractère d'autorité qui fixe tous les doutes. Alors non-seulement le serment est permis , mais c'est même un acte de religion et un hommage que l'on rendà la souveraine et éternelle vérité. « Les hommes , dit l'apôtre » S. Paul, jurent par celui qui est plus qu'eux; » et le serment est la plus grande assurance » qu'ils puissent donner , pour terminer leurs » différends , et pour dissiper toutes les dé- » fiances. ■ Mais , remarquez-le bien , mon cher Théophile , le serment , pour être permis , doit avoir trois conditions , que l'Ecrit ure a marquées
if)5 Doctrine Ciiretiennf..
en ces termes: «Vous jurerez avec vérité, avec » discrétion et avec justice. » La première condition, c'est la vérité : c'est-à-dire, qu'il faut non-seulement que la chose soit vraie , mais encore que l'on en ait une connoissance certaine; et s'il s'agit d'une promesse, il faut être dans la sincère résolution de l'exécuter. Aflirmer avec serment une chose fausse , ou promettre ce qu'on n'a pas dessein de faire , c'est un parjure , c'est une profanation sacrilège du saint nom de Dieu , c'est appeler la souveraine vérité en témoignage du mensonge, c'est la rendre complice et comme garante de la fraude et de la tromperie. Quel crime horrible ! peut-on faire à Dieu un outrage plus sensible? La seconde condition d'un serment légitime est la discrétion : c'est-à-dire , qu'il ne soit employé que pour des sujets importans , et lorsqu'il y a une véritable nécessité. Ainsi, jurer pour des choses vaines et frivoles, jurer par un emportement de colère , jurer à tous propos , comme pour assaisonner ses discours; c'est déshonorer le saint nom de Dieu. Ce nom redoutable est-il donc fait pour être le langage de la légèreté el de 1 indiscrétion , l'expression du dépit et de la vengeance , l'agrément impie de nos conversations? Quel usage, bon Dieu! d'un nom si saint que nous ne devons prononcer qu'avec un profond respect: d'un nom si terrible , que nous ne devons proférer qu'avec une crainte religieuse! Profitez , mon cher Théophile , de cet avis que le Saint-Esprit vous donne dans l'Ecriture : « Que votre bouche ne s'accoutume point au » jurement : celui qui jure souvent, sera rempli » d'iniquité; et le châtiment ne sortira point
D£ca.logue. Hj3
» de sa maison. » Enfin , la troisième condition , <"<>t la justice , c'est-à-dire qu'il n'est jamais permis <!<• jurer que l'on fera quelque eliose de mauvais. S'engager par serment à faire une chose injuste , c'est vouloir l'aire servir Dieu , qui est la sainteté même , h l'iniquité de l'homme; ces! le rendre témoin d'une résolution qu'il condamne et qu'il défend ; c'est profaner indignement son nom. Quand on a eu le malheur de faire un tel serment , on ne doit pas l'exécuter ; ce seroit un nouveau péché. Il faut alors rétracter sa promesse , et demander pardon à Dieu, non pas d'avoir manqué d'accomplir son serment , mais, d'avoir fait un serment injuste. Ainsi Hérode , qui avoit promis à la fille d Ilérodias de lui accorder tout ce qu'elle lui demanderoit , loin d'être obligé par son serinent , à lui donner la tète de saint Jean-Baptiste qu'elle lui demanda , a commis un grand crime en exécutant son serment. Ln serment devient nul , quand on ne peut l'accomplir sans oftenser Dieu. Pardon , ô mon Dieu , pardon de ce que j'ai prononcé tant de fois votre saint nom par légèreté , sans respect et sans aucun sentiment de religion. Jusqu'à présent , je n'ai pas connu la grandeur du mal que je faisois , en violant ce précepte : aujourd'hui que je suis instruit , je déteste ce péché , et je veux m'en corriger. Je vais , dès ce moment, travailler sérieusement à déraciner cette mauvaise habitude. Je veillerai sur ma langue , pour ne jamais prononcer votre nom en vain; si , par inattention , il m'échappe de le proférer sans respect , je vous en témoignerai sur-le-champ mon repentir , et je renouvellerai ma résolution de ne plus tomber dans
cette faute. Augmentez en moi ! ô mon Dieu I l'horreur de tout ce qui déshonore votre saint nom ; mettez une garde de circonspection à ma bouche , afin qu'il ne m'arrive jamais de le profaner. Que ne puis-je réparer , par mes hommages et mon respect , tous les outrages que l'on fait à votre nom adorable ! Faites que vous honorant , et dans vous-même et dans vos créatures , je sois si attentif sur toutes mes paroles , qu'il n'y en ait aucune qui ne vous glorifie.
Pratique.
*e bien gj de jurer.
Prendre bien garde de contracter l'habitude
XLIÏ.e LECTURE.
De la sanctification du Dimanche.
ïlcmento ut diem sabbati sanctifiées... Sex cnim diebut ft, it Dominus cœlum et terrain... et requievit die septimo : idcircô bçnedixit Dominus diei sabbati , et sanclifïcavit iflum.
Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabhat ; car le S-igneur a l'ait en six jours le ciel et la terre , et il s'est reposé le septième jour : c'est pourquoi Dieu a béui le jour du sabbat , et il l'a sanctifié. Exod. 20.
1 ous les jours appartiennent au Seigneur , et il n'y en a aucun que nous ne devions rapporter à sa gloire ; mais comme les besoins de la vie nous empêchent de vaquer continuellement à des exercices de religion , Dieu s'est réservé un jour de chaque semaine , qu'il nous ordonne uVeniployer à l'adorer et à le servir. Ce précepte
Dêcalogce. 195
r-t ntissi «ancien que le monde. Dieu , aussitôt ■près avoir créé "Univers, a consacré ce jour, afin que les hommes célébrassent la mémoire de
la création et du repos mystérieux où il est entré , après avoir commencé ce grand ouvrage. Cette raison est rapportée dans l'Ecriture. «Le
> Seigneur s'est reposé le septième jour, c'est- » à-dire , qu'il a cessé de produire de nouvelles » créatures ; c'est pourquoi" le Seigneur a béni
> le jour du sabbat, et il l'a sanctifié. » Ce jour du repos de Dieu étoit , dans l'ancienne loi , le septième jour ; et on l'appeloit sabbat , qui signifie repos. Il étoit destiné à honorer le Dieu tout-puissant , par qui toutes choses ont été laites ; mais dans la nouvelle loi , c'est le premier jour de la semaine , qu'on appelle dimanche , ou le jour du Seigneur. Il a été substitué au samedi , dès le temps des apôtres et par autorité divine , en mémoire de la résurrection de Jésus-Christ , parce que c'est le jour auquel iNotre-Seigneur , après les travaux de sa vie mortelle , estentré dans son repos éternel. Ce jour est destiné à honorer le Dieu vainqueur de la mort , par qui nous avons été rachetés.
Pour sanctifier le jour du Seigneur , il faut , premièrement , s'abstenir en ce saint jour de fcoute oeuvre servile , c'est-à-dire, de tout travail qui nous détourneroit du service de Dieu , et qui seroit incompatible avec l'application qu'il demande. « Vous travaillerez pendant six jours , » dit le Seigneur; mais le septième jour est le » repos du Seigneur votre Dieu; vous ne travail- » lerez point en ce jour , ni vous , ni votre fils , » ni votre serviteur, ni l'étranger qui seraparmi » vous et dans l'enceinte de vos murs. » Dans
ï(j6 Doctrine Chrétienne.
la loi judaïque , ce précepte éloil observé à la rigueur : on étoit obligé de préparer , dès la veille , la nourriture du lendemain ; et un homme fut condamné à mort pour avoir ramassé un peu de bois le jour du sabbat. La loi de l'Evangile est moins rigoureuse ; elle permet les travaux que demande la nécessité ou la charité , mais elle interdit tout autre travail. C'est donc un srand mal de s'occuner en ce saint jour de Ira vaux mercenaires , sans une nécessité indispensable. C'en seroit un plus grand encore de s'y livrer à une dissipation profane , de se permettre des divertissemens criminels , comme sont les bals , les spectacles ; ce ne seroit pas sanctifier , ce seroit profaner le dimanche. Quoi ! des actions qui sont défendues en tout temps , ne le sont-elles pas davantage dans le jour consacré au Seigneur ? De toutes les œuvres serviles , en est-il de plus contraires à la sanctification de ce jour , que les œuvres du péché , qui nous rendent les esclaves du démon ? Le péché, qui est toujours un grand mal , même quand on le commet dans un jour ordinaire , ïie paroit-il pas avoir un nouveau degré d'énormité , lorsqu'il est commis le dimanche ? Lue telle conduite n'annonce-t-ellc pas un plus grand oubli de Dieu , un mépris plus marqué de *a loi sainte ? Ce n'est point assez de .s'abstenir des œuvres serviles ou criminelles , il faut , secondement , employer le dimanche au service de Dieu , en s'appliquant à des œuvres de piété et de religion ; c'est là l'essentiel et la lin du précepte : si Dieu nous commande d'interrompre les travaux ordinaires , c'est afin que rien no nous détourne de l'application à. son service,
Décai.ogie. 107
Dieu scroit-il donc honoré par un repos d'oisiveté '.' sanctifieroit-on ce jour on le passant au jeu, à la table, ou en visites? Non, sans doute: < « qaj sanctifie véritablement le jour que le Seigneur 8*est réservé , c'est l'assistance aux offices divins , aux instructions publiques; ce sont de, saintes lectures , et généralement toutes les bonnes œuvres qui ont pour objet le culte de Dieu , notre sanctification et le soulagement du prochain. 11 est vrai , mon cher Théophile , que Dieu ne vous défend pas un délassement honnête et modéré. Ce délassement vous est nécessaire , et vous pouvez vous l'accorder : mais ce ne doit jamais être au préjudice de la piété ; et le temps de vous récréer ne doit pas être pi-is sur celui qui est destiné à la prière. , au chant des louantes de Dieu , et à votre instruction. Ne croyez donc pas qu'après avoirentendu la messe vous n'êtes plus obligé à rien : sanctifier une journée , ce n'est pas en donner à Dieu une aussi légère partie. L'Eglise nous prescrit , à la vérité , l'assistance à la messe comme la principale des œuvres qui doivent sanctifier ce jour ; mais elle ne s'en tient pas à celte seule action : cette suite de prières et d'instructions qu'elle y ajoute à différentes heures , vous l'ait assez connoitre son intention à cet égard.
A ous nous commandez , ô mon Dieu ! d'honorer le jour où vous êtes entré dans votre repos éternel. ^ ous voulez qu'en ce saint jour nous abandonnions nos travaux ordinaires , pour nous occuper uniquement des exercices de piété et de religion ; que nous n'ayons d'autre soin que celui de vous adorer et de chanter vos louanges. Peut-il y avoir une occupation plus
douce pour vos enfans que celle de vous glorifier , 6 mon Dieu ! ce sera notre occupation éternelle dans le ciel , où vous nous appelez : le repos que vous nous prescrivez en ce jour , est l'image de ce repos qui ne sera jamais troublé , jamais interrompu. Nous y entrerons un jour, si nous sommes fidèles à observer votre sainte loi. Cette espérance fait toute ma consolation ; elle est comme un avant-goût de la félicité éternelle qui m'est réservée. Faites que je soupire sans cesse après cet heureux repos ; détachez mon cœur de la terre; élevez mes pensées et mes affections vers le ciel , où je me reposerai dans votre sein ; où , débarrassé pour toujours des peines et des misères de cette vie , je ne serai plus occupé qu'à vous aimer , et à vous louer pendant toute l'éternité.
Pratique.
Être assidu aux offices de l'Eglise , tous les dimanches.