‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 34 sur 87 · XLIII/ LECTURE · texte numérisé non relu

XLIII/ LECTURE

De l'amour du prochain.

Qui ditigit proximum , tegem implevlt... plenitudo leg!» est dilectio.

Celui qui aime le prochain a accompli la loi car

l'amour est l'accomplissement de la loi. Rom. i3.

JLes trois premiers commandemens règlent nos devoirs envers Dieu ; et les sept autres marquent ce que nous devons à nos semblables , aux autres

DiCALOGUE. 199

hommes. Ils sont tous renfermés dans ce précepte : « Vous aimerez votre prochain comme » vous-même. » ( Matlli. 22. ) Aimer son prochain comme soi-même , c'est lui désirer et lui procurer le même Lien qu'à soi. II n'y a rien que Jésus-Christ nous ail recommandé plus fortementque l'amour du prochain. «Lccomman- » dément que je vous fais , nous dit-il , c'est de » vous aimer les uns les autres. » Il veut que ce soit la marque à laquelle on reconnoisse ses disciples. Quiconque n'aime pas son prochain , n'est donc plus disciple de Jésus-Christ ; il a renoncé à son Evangile et à ses promesses. Aussi , dans les beaux jours du christianisme naissant , \\\ <>n régner parmi les fidèles l'union la plus intime et la charité la plus tendre ; on eut dit qu'ils n'avoient tous qu'un cœur et qu'une ame. Les païens eux-mêmes ne pouvoient voir sans étonnement une union si admirable. « Voyez , » disoient-ils , comme ils s'aiment les uns les » autres. » Hélas ! que les temps sont changés ! Aimable charité , qui faites le caractère propre de la religion clirétienne, qu'êtes-vous devenue? Cependant , mon cher Théophile , sans cette charité , il n'y a point de paradis à attendre pour nous. Quand on n'aime pas son prochain , on n'aime pas Dieu ; c'est ce que dit saint Jean , cet apôtre de Notre-Seigneur , qui connoissoit si bien la doctrine de son divin Maître. Voici ses propres paroles : « Si quelqu'un dit : j'aime » Dieu , et qu'il n'aime pas son frère , c'est un » menteur. Comment celui qui n'aime pas son » frère qu'il voit , peut-il aimer Dieu qu'il ne » voit pas ?» Ce saint apôtre n'a cessé , jusqu'au dernier soupir , d'inculquer cette doc-

lrine. On rapporte que , dans son extrême vieillesse , il répétoit souvent ces mots : «Mes chers » cnfans , aimez-vous les uns les autres : » et comme on lui demandoit pourquoi il disoit toujours la même chose, il répondit: «C'est le com- » mandement du Seigneur ; et s'il est fidèle- » ment accompli , il suffît. » Saint Paul réduit aussi toute la loi à ce seul précepte. En effet , quand on aime véritablement le prochain , on est bien éloigné de faire à son égard rien de ce qui est défendu par les autres commandemens , en ne lui dit point d'injures , on ne commet point de violences contre lui , on ne lui fait point de tort , on ne le trempe point ; on lui rend même toutes sortes de bons offices. Ne croyez pas , mon cher Théophile , que par ce mot de prochain , l'on entende seulement ceux civec qui nous avons quelque liaison de parenté ou d'amitié : « Si vous n'aimez , dit Notre-Sei- » gneur , que ceux qui vous aiment , que faites- » vous en cela de plus que les païens ? » Il faut entendre tous les hommes , parce qu'ils ont tous le même créateur et la même origine ; parce qu'ils ne composent tous qu'une même famille , dont Dieu est le père ; parce qu'ils ont tous été créés pour la même fin , qui est la félicité éternelle ; et qu'ils ont tous été rachetés au même prix , c'est-à-dire , par le sang de Jésus- Christ , qui est mort pour tous les hommes. Cet amour doit s'étendre à nos ennemis mêmes ; le précepte de Jésus-Christ est formel : a El moi je » vous dis : aimez vos ennemis , faites du bien » à ceux qui vous haïssent , priez pour ceux » qui vous persécutent et qui vous calomnient ; » rendez le bien pour le mal , afin que vous res-

j> gembliez à votre Père céleste , qui fait luire a son soleil sur les bons et sur les médians. » Ne dites pas , mon cher Théophile , que c'est assez de ne point vouloir du mal à ceux qui nous haïssent ; mais que de les aimer , de les prévenir . de leur rendre service , cela est impossible. .Non cela n'est pas impossible , avec la grâce; et Dieu la donne, cette grâce , à ceux qui la lui demandent. Dieu vous le commande , et il ne commande rien d'impossible ; mais il ■veut (lue nous fassions tout ceque nous pouvons, avec les forces qu'il a mises en nous , et que nous demandions ce que nous ne pouvons pas encore : et il nous aide à le faire. Jèsus-Cbrist nous a donné l'exemple de celte charité gêné-' mise ; il a prié pour ses bourreaux. Des hommes lbibles comme nous , ont fait , avec son secours , ce qui vous paroît impossible. Joseph a sauvé la vie à ses frères , qui avoient voulu la lui ôter ; David a conservé celle de Saiil , dans le temps même que Saiileherchoità le faire mourir; saint Etienne a prié pour ceux qui le lapidoient. A uns êtes amour , ô mon Dieu ! et vous nous avez appris que nous ne serons vos disciples , qu'autant que nous aurons d'amour pour nos frères. Vous nous avez enseigné cette divine charité par vos leçons et par vos exemples. Donnez-moi la grâce de les aimer elirétiennement, de les aimer comme moi-même ; que je leur fasse tout le bien qui est en mon pouvoir , et que je leur souhaite sincèrement celui que je ne peux pas leur faire ; que je les aime , non par des vues humaines , mais par des motifs que la religion suggère, et que rien ne puisse jamais éUindreouaÙ'oibliren moi celte charité. Qu'elle

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s'étende à tous les hommes , à mes ennemis mêmes , à ceux qui me haïssent , qui me font de la peine. Oui , mon Dieu , si j ai quelque chose à souffrir de la part des hommes , je me souviendrai que vous êtes mort pour nous, dans le temps que nous étions vos ennemis , et que vous avez prié pour ceux qui vous faisoient mourir. Je renonce à cet esprit de vengeance , qui me porteroit à leur rendre le mal pour le mal ; j'éviterai avec soin de les aigrir ; et pour les gagner à vous , ô mon Dieu , je tâcherai d'entrer dans leur cœur par tous les services que je pourrai leur rendre.

Pratique.

Faire du Lien à tout le monde autant qu'on le peut.

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