‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 36 sur 87 · XLV/ LECTURE · texte numérisé non relu

XLV/ LECTURE

Devoirs des Disciples envers leurs Maîtres.

Obedite prœpositis restris , et subjacete eis ; ipsi enim pervigilant , quasi rationcm pro anlmabut vettrit rcddituri , ut cum f-audio hoc j'aciant et non gcmtntes ; hoc enim non expedit tubis.

Obéissez à vos conducteurs , et soyez soumis à leur autorite : car ce sont eux qui veillent pour le bien de vos anus , comme devant en rendre compte , afin qu'ils s'acquittent de ce devoir avec joie , et non en gémissant ; ce qui ne vous seroit point avantageux, llcbr. 10.

-Les maîtres qui sont chargés d'élever les enfans , tiennent auprès d'eux le premier rang , après leurs pères et mères. Leur fonction est d'enseigner à leurs élèves la religion et les sciences humaines , de veiller sur leur conduite, de former leur cœur et leurs sentimens. Ils sont obligés d'avoir pour leurs disciples un cœur de père , et d'en remplir les devoirs. Les disciples doivent donc , de leur côté , les honorer à peu près comme ils honorent leurs parens : ils doivent à leurs maîtres le respect , l'amour , la docilité et la reconnoissance. Leur premier devoir , à l'égard des maîtres , est de les respecter. Votre père , mon cher Théophile, vous a donné la vie; il tient , à votre égard , la place de Dieu ; c'est à ce double titre que vous êtel obligé de le respecter ; mais le maître qui vous forme à la vertu et à la science , n'est-il pas aussi en quelque sorte le père de votre anie et de votre esprit? N'est-il pas pour vous l'in-

ao8 Doctrine Chrétienne.

terprète de Dieu ? Il n'y a proprement qu'un seul maître , qui est la sagesse et la vérité éternelle : c'est cette lumière qui éclaire tout homme qui vient dans ce monde. Le maître qui vous enseigne consulte le premier cette lumière : et son devoir est de vous la montrer. C'est donc Dieu qui vous instruit par son organe. Avec quel respect, avec quelle attention ne devez -vous donc pas l'écouter ! Apprenez un beau trait de l'empereur Théodose. Ce prince entra un jour dans l'appartement de son fils , dans le temps qu'Arsène , précepteur du jeune prince , lui iaisoit la leçon. Arsène étoit debout , et le prince assis : Théodose en témoigna son mécontentement ; il ôta à son fils les ornemens de sa dignité ; il fît asseoir Arsène à sa place , et ordonna au jeune prince de recevoir , debout et tète nue , les leçons de son maître. Voilà ce qu'un grand empereur pensoit des égards qui sont dus aux maîtres. Le second devoir d'un disciple envers ses maîtres est de les aimer. A ous serez bientôt convaincu, mon cher Théophile , de celte obligation , si vous faites attention aux peines que se donnent tous les jours ceux qui vous instruisent. Un maître consacre , pour le bien de ses élèves, son temps , ses veilles , sa santé , je dirois presque sa vie ; il sacrifie pour eux sa liberté , et se réduit à une espèce de servitude; il supporte avec patience le dégoût , l'ennui de répéter sans cesse les mêmes choses. Quels droits n'acquiert-il pas sur votre cœur , tandis qu'il fait pour vous tant de sacrifices , et qu'il vous procure des avantages si estimables ! Les avis qu'il vous donne vous sont nécessaires ,

Décalogue. 209

pour éviter les dangers auxquels les passions vous exposent; c'est un frein salutaire qui vous arrête , el qui vous empêche de tomber dans 1rs précipices ouverts de tous côtés sous vos pas. Les réprimandes qu'il vous l'ait quolquei<<\-~ , ne doivent point affaiblir votre amour , si vous êtes raisonnable. 11 vous reprend; mais

< « st par zèle pour Notre avancement : s'il vous aimoit moins , il ne pr< ndroit pas tant à cœur votre éducation. Ce n'est qu'à regret qu'il use de &évérité , et sa tendresse souffre toujours des reproches qu'il est obligé devous faire. Qui vous reprendra de vos fautes , si ce n'est celui qui est établi votre guide ? Le troisième devoir des disciples , c'est la docilité. Comme le devoir du maître est d'instruire , celui du disciple est de se prêter à l'instruction. Quelque habile que soit le maître , quelques peines qu'il se donne", ses élèves ne profiteront pas de ses leçons et do ses avis , s'ils sont d'un caractère indocile et d'une humeur difficile, que l'on ne sait comment prendre. On voit quelquefois dans le monde des hommes qui ont passé par les exercices ordinaires de l'éducation publique , et n'en ont retiré presque aucun profit ; ils sont incapables des emplois dont ils se trouvent chargés , et ils y commettent une infinité de fautes par leur ignorance. A oulez-vous savoir (I 1 ù vient ce désordre ? interrogez ceux qui les

< ni connus dans leur jeunesse : c'étoient , vous diront-ils , des esprits rebelles, pleins d'euxmêmes et déterminés à ne jamais plier sous 1 autorité; ils n'écoutoientles avis de personne; ils ne pou voient souffrir aucune réprimande ; ils se croy oient tout permis à l'égard de leurs

maîtres , il relevoient leurs moindres défauts ; ils ne leur pardonnoient rien ; ils prenoient un plaisir malin à parler mal d'eux , et à indisposer les autres contre eux. Qu'est-il arrivé.1 ils sont restés i^norans et pleins de défauts , et sont devenus des hommes au moins inutiles et méprisés du public; en un mot, ils sont de mauvais citoyens, parce qu'ils ont été dans leur jeunesse des disciples indociles. Ne les imitez pas , mon cher Théophile ; mais suivez le conseil que le Saint-Esprit vous donne dans l'Ecriture. « Mon fils , aimez à être instruit dans votre » jeunesse , ayez un» Cœur souple et docile aux » leçons de vos maîtres j-et vous acquerrez une » sagesse qui ne vous quittera point jusque » dans la vieillesse. » [Eccl. 6.) N'est-il point dans l'ordre que les enfans se laissent conduire par ceux qui ont nécessairement plus de lumières et d'expérience qu'eux ? Enfin , le quatrième devoir d'un disciple à l'égard de son mîatre , c'est la reconnoissance. Vous ne sentez peut-être pas maintenant l'obligation que vous avez à ceux qui vous instruisent , ni l'importance du service qu'ils vous rendent ; mais un jour vous connoîlrez le prix d'une bonne éducation , et vous comprendrez combien vous leur êtes redevable. Le bienfait de l'éducation ne sauroit s'estimer : on n'en est pas quitte envers ceux de qui on l'a reçu , en leur payant un modique honoraire. Les avantages que l'on en retire durent autant que la vie : la reconnoissance d'un disciple ne doit point avoir d'autres bornes.

C'est vous, ô mon Dieu ! qui êtes notre véritable maître. Ceux qui nous instruisent ne

Décalogue. 211

sont que vos interprètes. C'est de votre part et en votre nom, qu'ils nous parlent; c'est par votre autorité qu'ils nous corrigent de nos défauts; c'est vous qui leur inspirez le zèle dont il? sont animés pour notre avancement. \ous nous ordonnez de les respecter , de les aimer et de leur obéir. Faites-moi la grâce de m'acquitter de togs ces devoirs ; donnez-moi un cœur docile pour profiter de leurs sages leçons. Que je respecte en eux votre autorité : si cet assujettissement a quelque chose de pénible, que je le supporte en vue de vous plaire; que je sente la valeur du service qu'ils me rendent , et que je paye un bienfait si précieux , au moins par le retour d'un sincère attachement , qui facilite mes progrès dans les sciences et dans la vertu , et qui adoucisse l'amertume des fonctions pénibles qu'ils remplissent pour mon avantage.

Pratique.

Etre docile et obéissant à ses maîtres.

Page 1