XLVI/ LECTURE
Du cinquième Commandement.
Non occides. Exod. 20. Non reddentes matum promalo , net muledivtum pro malcdicto.
^ 'jus ne commettrez point d'homicide.... Vous ne rendrez point le mal pour le mal , ni outrage pour outrage. /. / etr. 3.
J )ieu défend , par ce commandement , d'ôter , d'autorité privée , la vie à son prochain , et
de se l'ôter à soi-même. Cetle défense ne regarde point le prince, ni ceix qui exercent l'autorité publique , pour maintenir le bon ordre parmi les citoyens. Ils ont le droit de punir de mort les malfaiteurs qui troublent cet ordre. « Ce n'est point en vain , dit saint » Paul , que le prince porte Fépée ; car il est » le ministre de Dieu pour exercer sa ven- » geance , en punissant celui qui fait le mal. » Les gens de guerre peuvent aussi , dans un combat , tuer un ennemi public , pour obéir au prince et défendre la patrie : mais un particulier ne peut, sans un crime énorme , donner la mort à un autre homme \ pour satisfaire sa haine ou sa vengeance. C'est un attentat sur le souverain pouvoir de Dieu , qui seul est le maître absolu de la vie des hommes, a qui seul il appartient de la leur ôler , comme lui seul peut la leur donner. C'est la plus grande injustice que l'on puisse commettre contre un homme , à qui l'on ravit ce qu'il a de plus cher et de plus précieux au monde. On est coupable d'homicide , non-seulement quand on l'exécute par soi-même , mais encore quand l'ony contribue ,soit en commandant cecrime , soit en le conseillant , soit en aidant celui qui le commet. La loi de Dieu ne se borne pas à défendre l'homicide ; elle défend encore la colère, le mépris du prochain , les injures, les violences. C'est Jésus-Christ lui-même qui donne cette étendue au précepte : voici ses propres paroles : «Vous avez appris qu'il a été » dit aux anciens : vous ne tuerez point ; qui- » conque tuera , méritera d'être condamné » par le jugement. (On appeloit ainsi un tri-
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» bun;»l qui connoissoit dos causes criminelles , » et qui a voit le pouvoir de condamner à mort. )
» Mais je \ous dis que quiconque se mettra » en colère contre son frère , méritera d'être » condamné par le jugement : celui qui dira » à son frère Raca, terme de inépris, méri- » tara d'être condamné par le conseil; et celui » qui lui dira : vous êtes un insensé, méritera i d'être condamné au feu de l'enfer. » Vous voyez , mon cher Théophile , que , sans se souiller par un meurtre, on est coupable aux veux de Dieu, et que l'on mérite d'être condamné à son redoutable tribunal , quand on se laisse aller à des mouvemens de colère et de haine contre son prochain : vous voyez que cette condamnation devient plus sévère quand à la haine on ajoute le mépris, et que ce mépris se produit au dehors par des termes insultans ; enfin , quand on se permet des discours capables de le déshonorer. Jésus-Christ veut que nous étouffions dans notre cœur tout mouvement de colère et tout désir de vengeance; il nous en interdit absolument tous les effets , comme les paroles injurieuses , les mauvais traitement, parce que tout, jusqu'au moindre mouvement de colère et de haine , est , par soi-même , une semence de l'homicide, et peut y conduire , s'il n'est réprimé : c'est pour cela que saint Jean déclare que tout homme qui hait son frère est homicide. Que devezvous donc penser de ceux qui proposent ou qui acceptent un duel , sinon qu'ils sont très-coupables aux yeux de Dieu? Quelle fureur de tremper ses mains dans le san£ de son frère pour la plus légère insulte , pour un mot , pour
une petite raillerie; et de sacrifier à un faux honneur son salut éternel , et celui de son prochain! Les Grecs et les Romains, tout païens qu'ils étoient , n'ont jamais connu cet usage barbare. Ils étoient passionnés pour la gloire; mais ils connoissoient mieux que nous la véritablegloire : ils la faisoient consistera répandre son sang pour la patrie , et à tirer l'épée contre les ennemis de l'état, et non pas contre ses concitoyens. Le duel est donc un crime aussi contraire à l'humanité qu'au christianisme , aussi opposé à la raison qu'à la religion. Ce n'est pas un moindre crime de s'ôter la vie à soi-même. La vie est un dépôt que Dieu nous a confié , et qu'il nous ordonne de conserver jusqu'à ce qu'il nous le redemande. En disposer sans son ordre , et malgré sa défense , c'est usurper les droits de celui qui est seul arbitre de la vie. Ce crime est d'autant plus horrible , qu'il est sans remède , puisque l'on n'a plus le temps d'en faire pénitence , et que l'on se précipite sans retour dans la damnation éternelle. Quelle folie d'éviter un chagrin passager , en se jetant tête baissée dans les supplices affreux de l'enfer , qui dureront pendant toute l'éternité !
A quels excès une passion violente ne peutelle pas nous porter ! O mon Dieu ! ne permettez pas que je donne jamais entrée dans mon cœur à la colère , à la haine ; elles aveuglent la raison , elles étouffent tous les sentimens de la nature ; si j'en éprouve les mouvemens , faitesmoi la grâce de les réprimer dès ma première jeunesse :• donnez-moi cet esprit de douceur et de patience que vous recommandez si fort dans
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l'Evangile, et dont vous êtes vous-même un modèle si parfait. Vous avez souilert avant moi, <'t plus que je ne souffrirai jamais: exposé aux insultes et aux outrages de vos ennemis , roua n'ai ez point ouvert la bouche , vous ne vous êtes point vengé, vous n'avez point répondu des injures à ceux qui vous en disoient: vous avez supporté avec patience les mauvais traitemens que l'on vous a faits. Faut-il que je suive si mal les exemples que vous m'avez donnés ? Faut-il que je sois si sensible à un léger mépris , à une parole échappée , tandis que je vous vois garder le silence au milieu des plus sanglans outrages , et expirer sur une croix , en priant même pour ceux qui vous y avoient attaché ? Seigneur , soutenez ma foiblesse , et donnez-moi la force de vous imiter.
PraU
que.
Se taire dès que l'on sent son cœur ému par la colère.