LXIX.e LECTURE
De la Gourmandise.
Noli esse avidus in omni epulatione.... Sanilas est anima et corporis sobrius potus.
Ne lOTez point avide dans vos repas.... La tempérance est la santé de 1 anie et du corps. Eccl. 5i. 07.
.La gourmandise est un amour déréglé pour le boire et le manger. 11 n'est pas défendu de sentir du plaisir en mangeant et en buvant; c'est par une sage prévoyance , que Dieu a assaisonné d'un sentiment agréable l'usage des alimens qui sont nécessaires pour conserver notre santé et noire vie ; mais on abuse de ce bienfait, quand
5oo Doctkims Chrétienne.
on ne cherche que le plaisir seul. 11 faut manger et boire pour vivre , et non pour flatter la sensualité : on ne doit se proposer clans celte action , que de satisfaire le besoin , afin d'être en état de remplir ses devoirs et de servir Dieu , suivant cette parole de l'apôtre : « Soit que vous » mangiez , soit que vous buviez , faites tout » pour l'amour de Dieu : » Pour observer cette leçon de saint Paul, il faut , dans les repas , ne point songer à contenter le corps ; mais à suivre l'ordre de Dieu , qui veut que nous conservions notre vie; n'y chercher que la satisfaction des sens , c'est gourmandise , c'est faire un Dieu de son ventre , selon l'expression du même apôtre , c'est un vice indigne de l'homme ; il appesantit l'aine, il abrutit l'esprit , i) ruine la santé et abrège la vie. « La gourmandise tue plus » d'hommes que l'épée , a dit un ancien. » La gourmandise produit l'intempérance , parce qu'elle porte à manger et à boire avec excès , et quelquefois jusqu'à perdre la raison. Cet excès est horrible ; il dégrade l'homme , l'avilit, et le met même au-dessous de la bête. Aussi les honnêtes gens ne sont-ils pas sujets à ce vice grossier ; il suffit d'avoir de l'éducation et des sentimens , pour l'éviter avec soin. Elle produit la sensualité , qui consiste à rechercher des mets exquis et délicats , ou à prendre des choses que l'on sait être nuisibles à la santé , parce qu'elles flattent le goût , ou enfin à manger avec avidité des viandes communes. Quel désordre en effet , qud renversement , que de faire servir a détruire la santé, ce qui éloit destiné à l'entretenir ! Quelle henie pour un homme raisonnable , de se laisser dominer par la sensualité , au lieu d'en réprimer
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les mouvemens ! Ne soyez donc jamais avide dans les repas , mon cher Théophile , et ne vous jetez pas sur toutes les viandes ; car l'excès des \iaudes cause bien des maux , ajoute le même auteur sacré. La gourmandise produit encore le mépris des lois de l'Eglise. Quand on est livré à ce vice , on n'est guère disposé à pratiquer les jeûnes et les abstinences que l'Eglise ordonne : on ne sait ce que c'est que de se mortifier ; les lois qui prescrivent certaines privations , paroissent un joug insupportable; on cherche des prétextes pour s'en dispenser , et l'on en vient non-seulement à violer le précepte du jeûne , mais encore à user sans scrupule des viandes défendues. Enfin la gourmandise produit la dissension. C'est du sein de l'intempérance que naissent les querelles , les emportemens et les violences : nous en avons dans l Ecriture un tableau frappant , que le Saint- Esprit a tracé lui-même. Voici les propres termes dont il s'est servi : « A qui dira-t-on malheur ? pour qui seront les querelles ? pour qui les précipices et les chutes ? pour qui les blessures , si ce n'est pour ceux qui passent le temps à boire , qui mettent leur plaisir à vider les coupes ? » ( Prov. 2 3. ) Ayez une vive horreur d'un vice si indigne d'un homme , et encore plus d'un Chrétien , mon cher Théophile; pratiquez dans tous vos repas la sobriété ehrétienne , cette vertu qui nous règle dans le boire et dans le manger , selon la nécessité ; cette vertu qui rend le corps plus robuste , et qui prolonge la vie : veillez beaucoup sur vousmême , pour ne point passer les bornes du besoin dans une action qui d'elle-même tend à
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contenter la nature. Un Chrétien regarde la nourriture comme un remède : il n'écoute ni l'avidité ni la sensualité ; il évite la délicatesse et la recherche de ce qui flatte les sens; en un mot , il pense à imiter Jésus-Christ , qui a bien voulu s'assujettir à cette action humiliante , pour nous y servir de modèle ; il a toujours présent à l'esprit cet avis salutaire qu'il nous a donné : « Veillez avec attention sur vous- mêmes , de peur que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès des viandes et du vin , et que le joui* du Seigneur ne vienne vous surprendre toutà-coup. » Le moyen le plus propre à nous rappeler les règles de la sobriété, et nous donner la force de les suivie , c'est de faire avec piété la prière qui se dit avant et après le repas. N'y manquez jamais , mon cher Théophile ; par là vous attirerez la bénédiction de Dieu sur vous , et vous obtiendrez la grâce de ne point l'offenser.
C'est à votre bonté paternelle , ô mon Dieu l que nous sommes redevables de toutes les chose* nécessaires à la vie : vous ne nous les accordez que pour entretenir et réparer nos forces. Si vous attachez du plaisir à l'usage des alimens , ce n'est qu'une sage condescendance , c'est afin que nous n'ayons pas de répugnance à prendre la nourriture qui nous est nécessaire; mais en user pour le seul plaisir , passer les bornes de la nécessité , c'est tourner votre bienfait contre vous-même , c'est employer à vous offenser ce qui ne devroit qu'exciter notre reconnoissance. Ne permettez pas , 6 mon Dieu ! que je me rende jamais coupable de cet abus; failcsmoi la giàce d'user chrétiennement des alimens
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que votre providence nous fournit , de n'en jamais prendre avec excès, de n'y point chercher à contenter mon goût, mais uniquement le besoin de la nature. Pour obtenir cette grâce , je serai fidèle à sanctifier tous mes repas par la prière. Quoique cette sainte pratique soit aujourd'hui fort négligée , je n'y manquerai jamais , je ne rougirai point d'être Chrétien , et le mauvais exemple ne sera point capable de m'arrêter.
Pratique.
Ne jamais manquer a dire le Benedicito et 1rs Grâces.